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NABIL BENABDELLAH À L’ÉDUCATION NATIONALE : LE PPS À L’ÉPREUVE DE L’AMAZIGHITÉ

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

La participation du Parti du progrès et du socialisme (PPS) au gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri, dont la composition a été annoncée le 16 octobre 2026, ouvre un nouveau chapitre dans le parcours gouvernemental de cette formation politique. La nomination de son secrétaire général, Mohamed Nabil Benabdellah, à la tête du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification constitue, à cet égard, un choix qui mérite une attention particulière.

Au-delà de la distribution des portefeuilles ministériels entre les composantes de la nouvelle majorité, une question de fond se pose : quelle politique éducative le nouveau ministre entend-il mettre en œuvre pour que l’amazighe, langue officielle du Royaume au même titre que l’arabe, bénéficie enfin d’une place effective, durable et équitable dans le système scolaire marocain ?

La question est d’autant plus légitime que Nabil Benabdellah a effectué des études supérieures à l’Institut national des langues et civilisations orientales, l’INALCO, à Paris. Cette institution, héritière d’une longue tradition d’enseignement et de recherche consacrée aux langues et aux civilisations du monde, offre un point de comparaison intéressant pour réfléchir à la place que le Maroc réserve à son propre patrimoine linguistique et culturel.

Le nouveau ministre saura-t-il faire de cette expérience un atout au service d’une politique éducative qui ne se contente pas de reconnaître la diversité culturelle du Maroc, mais lui donne toute sa place dans la formation des générations futures ?

Une langue officielle qui attend encore la pleine concrétisation de ses droits.

La Constitution de 2011 a consacré une évolution majeure en reconnaissant l’amazighe comme langue officielle de l’État et patrimoine commun à tous les Marocains sans exception.

L’article 5 de la Constitution ne se limite pas à une déclaration symbolique. Il renvoie à une loi organique chargée de définir les modalités de son intégration dans l’enseignement et dans les différents domaines de la vie publique.

La loi organique n° 26-16, adoptée en 2019, est venue préciser les étapes de cette mise en œuvre.

Pourtant, plusieurs années après cette reconnaissance constitutionnelle, la généralisation de l’enseignement de l’amazighe demeure un chantier inachevé. Les progrès enregistrés ne doivent pas être ignorés, mais ils ne sauraient masquer les difficultés liées à la disponibilité des enseignants, à la continuité des apprentissages, aux ressources pédagogiques et à l’extension de l’enseignement au-delà du primaire.

Les chiffres annoncés pour l’année scolaire 2024-2025 faisaient état d’environ 650 936 élèves bénéficiant de cours d’amazighe dans quelque 3 400 écoles primaires, soit une couverture estimée à 40 % des établissements concernés. Des objectifs de progression avaient également été annoncés pour les années suivantes.

Ces données doivent être actualisées et confrontées aux résultats effectivement obtenus. Mais elles soulignent déjà l’ampleur du travail restant à accomplir pour que le droit à l’apprentissage de l’amazighe devienne une réalité accessible à chaque élève.

Car une langue officielle ne peut se satisfaire d’une présence inégale selon les régions, les établissements ou les disponibilités en personnel enseignant. Son statut constitutionnel appelle une politique publique cohérente, dotée de moyens humains, pédagogiques et financiers suffisants.

De l’INALCO au Maroc : une expérience qui invite à la réflexion.

Le parcours universitaire de Nabil Benabdellah à l’INALCO donne à sa nomination une dimension particulière.

L’établissement parisien est consacré à l’étude des langues et des civilisations. Il associe l’apprentissage linguistique à l’histoire, aux cultures et à la compréhension des sociétés. Il accueille des étudiants qui souhaitent acquérir une expertise sur des espaces géographiques et culturels parfois insuffisamment représentés dans les cursus universitaires généralistes.

Il ne s’agit évidemment pas de transposer mécaniquement le modèle de l’INALCO au système éducatif marocain. Les deux institutions n’ont ni les mêmes missions ni les mêmes publics. Mais une interrogation s’impose : si une institution française a pu développer une offre universitaire spécialisée dans la diversité des langues et des civilisations du monde, pourquoi le Maroc ne ferait-il pas de la valorisation de sa propre diversité linguistique un axe prioritaire de sa politique éducative ?

L’amazighe n’est pas une langue étrangère dans son propre pays. Il appartient à l’histoire, à la mémoire, à la littérature et à la culture du Maroc. Ses différentes expressions linguistiques et culturelles constituent une composante de l’identité nationale, telle que la Constitution la définit dans sa diversité.

Le défi consiste donc à passer de la reconnaissance de cette richesse à sa transmission organisée, notamment à l’école, là où se construisent les savoirs, les références culturelles et le sentiment d’appartenance à une communauté nationale.

Le PPS face à ses responsabilités gouvernementales.

Le retour du PPS au gouvernement soulève également une question de cohérence politique.

Parti se réclamant du progrès, de la justice sociale et de l’émancipation, il est désormais appelé à traduire ses principes en politiques publiques. Sa participation à la majorité dirigée par Fatima Ezzahra El Mansouri ne saurait être appréciée uniquement à travers le nombre de portefeuilles obtenus ou la place occupée par ses dirigeants.

Elle devra aussi être évaluée à partir des transformations concrètes auxquelles ses représentants contribueront.

Dans le domaine éducatif, la justice sociale ne se limite pas à l’amélioration des infrastructures, à la réduction des inégalités territoriales ou à l’accès aux nouvelles technologies. Elle suppose également que les élèves puissent accéder aux différentes composantes du patrimoine linguistique et culturel national.

L’égalité entre les citoyennes et les citoyens implique que l’apprentissage de l’amazighe ne dépende pas du lieu de résidence, de l’établissement fréquenté ou de la disponibilité aléatoire d’un enseignant spécialisé.

Le PPS, et particulièrement son secrétaire général devenu ministre, dispose désormais d’une responsabilité politique qui dépasse les déclarations de principe : contribuer à faire de l’officialisation constitutionnelle de l’amazighe une réalité scolaire mesurable.

Quels remèdes pour sortir de l’immobilisme ?

La généralisation de l’enseignement de l’amazighe ne pourra être obtenue par des circulaires isolées ou par la multiplication d’annonces sans calendrier contraignant.

Elle nécessite un programme national structuré, dont les objectifs, les moyens et les résultats seraient rendus publics.

Première priorité : généraliser progressivement l’enseignement dans toutes les écoles.

Le ministère devrait publier une feuille de route annuelle précisant le nombre d’établissements concernés, les régions prioritaires, les effectifs d’élèves bénéficiaires et les objectifs à atteindre jusqu’à la généralisation. Chaque étape devrait faire l’objet d’un bilan public.

Deuxième priorité : recruter et former suffisamment d’enseignants spécialisés.

Aucune généralisation ne sera crédible sans une politique de recrutement adaptée, une formation initiale solide et un dispositif de formation continue. Il convient également de renforcer l’encadrement pédagogique et les moyens mis à la disposition des enseignants.

Troisième priorité : assurer la continuité des apprentissages.

L’enseignement de l’amazighe ne doit pas se limiter à une présence partielle au primaire. Il faut préparer son développement au collège et au lycée, avec des programmes cohérents, des manuels adaptés et des modalités d’évaluation appropriées.

Quatrième priorité : réhabiliter pleinement la culture amazighe dans les programmes.

La langue ne peut être enseignée indépendamment de son univers culturel. La littérature orale et écrite, les traditions, les expressions artistiques, l’histoire et les contributions des populations amazighes à la civilisation marocaine méritent une place structurée dans les contenus pédagogiques.

Cette valorisation doit s’appuyer sur les travaux scientifiques, les compétences des chercheurs et les ressources des institutions culturelles concernées, dans le respect de la diversité des expressions amazighes.

Cinquième priorité : garantir les moyens budgétaires nécessaires.

Les objectifs de généralisation doivent être accompagnés d’une programmation financière transparente. Il faut pouvoir identifier les crédits consacrés aux recrutements, aux manuels, à la formation, aux ressources numériques et à l’encadrement pédagogique.

Sixième priorité : associer les acteurs concernés.

Les enseignants, les chercheurs, les associations culturelles, les représentants des familles et les institutions chargées de la promotion de la langue amazighe doivent pouvoir contribuer à l’évaluation et à l’amélioration des politiques mises en œuvre.

Enfin, le ministère devrait publier régulièrement des indicateurs permettant de vérifier les progrès accomplis. La réussite d’une réforme linguistique ne se mesure pas seulement au nombre d’établissements inscrits dans un programme, mais aussi à la qualité des apprentissages et à la capacité des élèves à acquérir des compétences effectives.

Quelle ambition progressiste pour le nouveau ministre ?

La nomination de Nabil Benabdellah ne permet pas, à elle seule, de préjuger des orientations qu’il adoptera. Aucun programme spécifique nouveau en faveur de l’enseignement de l’amazighe ne doit lui être attribué avant qu’il ne l’ait officiellement annoncé.

Mais sa responsabilité est désormais clairement engagée par les fonctions qu’il exerce.

L’expérience acquise à l’INALCO peut nourrir une réflexion sur la place des langues et des civilisations dans l’enseignement. Son engagement politique au sein du PPS l’expose, de son côté, à une exigence de cohérence entre les valeurs progressistes revendiquées par son parti et les politiques publiques conduites sous son autorité.

Il lui appartient de préciser ses priorités, de présenter son calendrier et d’expliquer comment il entend dépasser les difficultés qui ont jusqu’ici ralenti la généralisation de l’amazighe.

Le débat ne porte donc pas sur les intentions supposées du ministre, mais sur les décisions qu’il prendra et les résultats qu’il sera en mesure de présenter.

De la reconnaissance à l’égalité effective.

L’amazighe n’a pas besoin d’une reconnaissance constitutionnelle supplémentaire. Il a besoin que les droits déjà reconnus soient pleinement mis en œuvre.

Le Maroc dispose d’un cadre constitutionnel et juridique qui engage l’État. La question est désormais celle des moyens, de la volonté institutionnelle, de la coordination entre les acteurs et de la capacité à transformer les textes en résultats tangibles.

La participation du PPS au gouvernement El Mansouri et la nomination de son secrétaire général à la tête du ministère de l’Éducation nationale constituent, à ce titre, une occasion de mesurer la portée concrète d’un discours politique progressiste.

Nabil Benabdellah est aujourd’hui placé devant une responsabilité qui concerne des millions d’élèves et touche à l’un des fondements de la diversité nationale.

Sa réussite ne se mesurera ni à son parcours universitaire ni à son appartenance politique, mais à la capacité de son ministère à garantir à chaque élève marocain un accès effectif à l’apprentissage de l’amazighe, à sa langue et à sa culture.

L’enjeu est simple dans son principe, mais considérable dans ses conséquences : faire en sorte que l’amazighe cesse d’être une langue officiellement reconnue mais inégalement enseignée, pour devenir une composante pleinement assumée de l’école marocaine.

C’est à cette transformation, et non aux seules déclarations d’intention, que pourra se mesurer l’ambition progressiste du nouveau ministre et la contribution réelle du PPS au gouvernement El Mansouri.

 

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