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Gouvernement : ce que nous dit le casting El Mansouri

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Lecture politique préliminaire du gouvernement du 16 octobre 2026 : la composition de l’équipe gouvernementale reflète-t-elle l’esprit du discours royal devant le Parlement et les orientations du communiqué publié à l’issue de la seconde audience accordée à la cheffe du gouvernement ?

Le vendredi 16 octobre 2026, le roi Mohammed VI a présidé la cérémonie de nomination des membres du nouveau gouvernement dirigé par Fatima Zahra El Mansouri, à l’issue des consultations politiques ayant abouti à la constitution d’une coalition quadripartite réunissant le Parti authenticité et modernité (PAM), le Parti de l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS).

Cette équipe gouvernementale comprend 32 membres, dont des ministres et des ministres délégués. Elle compte sept femmes et associe des responsables ayant déjà exercé des fonctions gouvernementales à de nouvelles figures appelées à prendre en charge différents secteurs.

Mais la véritable question politique ne réside pas uniquement dans l’identité des ministres, le nombre de femmes ou la répartition des portefeuilles entre les partis de la majorité. Elle porte surtout sur la capacité de cette composition à traduire les attentes exprimées par le roi dans son discours devant le Parlement, ainsi que les orientations rappelées dans le communiqué du Cabinet royal publié le 14 octobre, à la suite de la seconde audience accordée à la cheffe du gouvernement désignée.

Entre la désignation de la cheffe du gouvernement, les consultations politiques, la présentation de la composition gouvernementale au souverain et la nomination officielle de ses membres, trois dimensions doivent être distinguées : les orientations royales, les arbitrages politiques de la majorité et la capacité effective du gouvernement à transformer ses engagements en résultats tangibles.

I. Que nous apprennent les chiffres et les choix de personnes ?

La nouvelle équipe compte 32 membres, dont sept femmes, et réunit quatre formations politiques aux parcours et aux sensibilités différents.

La présence de ministres reconduits témoigne d’un choix de continuité dans certains secteurs, tandis que les changements opérés dans d’autres départements traduisent une volonté de renouvellement partiel.

Ces données soulèvent plusieurs interrogations :

– La représentation féminine permettra-t-elle une participation accrue des femmes aux centres de décision ?
– La reconduction de certains ministres répond-elle à une logique de continuité des politiques publiques ou risque-t-elle de prolonger des difficultés antérieures ?
– Les nouvelles nominations correspondent-elles à des compétences et à des missions clairement définies ?
– La répartition des portefeuilles entre les quatre partis traduit-elle une véritable cohérence programmatique ou reflète-t-elle principalement les équilibres négociés au cours des consultations ?

Les réponses ne peuvent être déduites des seuls intitulés ministériels. Elles nécessitent l’examen du programme gouvernemental, des compétences attribuées à chaque département et des engagements qui seront effectivement pris.

II. Dans quelle mesure la composition gouvernementale répond-elle au discours royal ?

Dans son discours devant le Parlement, le 9 octobre 2026, le roi Mohammed VI a mis l’accent sur plusieurs priorités stratégiques, notamment l’équilibre entre croissance économique et justice sociale et territoriale, la sécurité hydrique et alimentaire, l’énergie, l’industrie, la transformation numérique, l’intelligence artificielle, la place des jeunes dans les politiques publiques ainsi que l’accélération de la régionalisation avancée et de la déconcentration administrative.

La comparaison entre ces orientations et les choix gouvernementaux permet de dégager plusieurs correspondances.

1. La sécurité hydrique et alimentaire

La continuité de certains responsables dans les secteurs de l’équipement, de l’eau et des forêts, ainsi que les choix opérés dans les domaines de l’agriculture, de la pêche maritime et de la souveraineté alimentaire, témoignent de l’importance accordée à ces enjeux.

La question essentielle sera de savoir si les politiques engagées permettront de mieux préserver les ressources hydriques, de renforcer la résilience agricole et de réduire la vulnérabilité des territoires face aux changements climatiques.

2. La transformation numérique et l’intelligence artificielle

L’organisation d’un département consacré à l’intelligence artificielle, à la transformation numérique et à la réforme de l’administration traduit une volonté de faire de ces domaines des leviers de modernisation.

Encore faudra-t-il que cette orientation se traduise par des projets concrets, une amélioration des services publics, une réduction des disparités numériques et une meilleure adaptation de la formation aux évolutions technologiques.

3. L’emploi et l’insertion économique

L’emploi, le dialogue social, l’investissement et l’inclusion économique constituent des enjeux déterminants dans un contexte marqué par les attentes des jeunes et les préoccupations liées au pouvoir d’achat.

L’efficacité de la nouvelle équipe dépendra notamment de sa capacité à articuler les politiques d’investissement avec la création d’emplois durables, l’amélioration des conditions de travail et l’accès des jeunes à des perspectives professionnelles.

4. L’éducation et la formation

La place accordée au système éducatif et à la formation professionnelle devra être appréciée à l’aune de résultats mesurables : amélioration des apprentissages, réduction des inégalités scolaires, lutte contre le décrochage et rapprochement entre formation et besoins de l’économie.

5. La justice sociale et territoriale

Les politiques relatives à la famille, au développement social, au logement, à l’aménagement du territoire et à l’inclusion devront contribuer à réduire les écarts entre les régions, les provinces, les villes et les campagnes.

Il convient néanmoins de souligner une distinction fondamentale : la correspondance entre les secteurs ministériels et les priorités royales constitue un premier indicateur, mais elle ne suffit pas à démontrer que toutes les orientations ont été traduites en politiques publiques cohérentes et financées.

Cela suppose d’examiner le programme gouvernemental, les budgets alloués, les objectifs fixés, les échéances retenues et les mécanismes de suivi et d’évaluation.

III. Que faut-il comprendre du communiqué du 14 octobre ?

Le communiqué du Cabinet royal publié à l’issue de la seconde audience accordée à la cheffe du gouvernement désignée a rappelé les exigences d’une mobilisation générale et d’une action gouvernementale sérieuse et responsable, compte tenu de l’importance des défis et des attentes.

Ce rappel place le nouveau gouvernement devant une responsabilité qui dépasse le simple partage des portefeuilles et la recherche d’équilibres entre les formations politiques.

Il invite à apprécier la future action gouvernementale à partir de critères concrets : la qualité de la coordination entre les ministères, la cohérence des politiques publiques, la capacité d’exécution et l’obligation de rendre compte des résultats obtenus.

Il convient toutefois de ne pas tirer de conclusions hâtives du seul fait qu’une seconde audience royale ait eu lieu avant l’annonce de la composition gouvernementale. En l’absence d’informations officielles détaillées sur les échanges, il serait hasardeux d’affirmer que cette audience aurait traduit un désaccord sur des noms précis, imposé des changements particuliers ou entraîné une révision déterminée de la liste des ministres.

Le constat objectivement établi est celui d’une seconde audience, suivie de la nomination du gouvernement, dans un contexte où les exigences de responsabilité et d’efficacité ont été rappelées.

IV. Continuité ou renouvellement : quel choix pour quelle politique ?

La composition du gouvernement associe reconduction de responsables et changement dans plusieurs départements. Cette configuration soulève une question classique, mais essentielle : la continuité constitue-t-elle une garantie de stabilité et de maîtrise des dossiers, ou risque-t-elle de limiter le renouvellement des méthodes et des pratiques ?

La réponse ne saurait être apportée sur la seule base des noms.

La continuité peut favoriser l’achèvement des projets engagés, préserver l’expérience acquise et éviter des ruptures administratives. Mais elle doit aussi s’accompagner d’une évaluation des résultats antérieurs et, lorsque cela s’impose, d’une correction des politiques qui n’ont pas atteint leurs objectifs.

De leur côté, les nouveaux responsables devront démontrer leur capacité à définir des priorités, à mobiliser les ressources nécessaires et à respecter des échéances précises.

La représentation des femmes mérite également une attention particulière. La présence de sept femmes, dont une femme à la tête du gouvernement, constitue un élément important de la représentation politique. Mais l’appréciation de sa portée doit également prendre en considération la répartition effective des responsabilités, l’accès aux centres de décision et les politiques menées en faveur de l’égalité.

La question n’est donc pas seulement celle de la représentation, mais aussi celle du pouvoir d’action et des résultats.

V. Trois épreuves décisives attendent le gouvernement El Mansouri

Au-delà de la composition de l’équipe, trois tests permettront d’apprécier la traduction des orientations annoncées en action publique.

Première épreuve : la réponse sociale.

Quelles mesures concrètes seront prises pour améliorer l’emploi, l’éducation, la santé, le pouvoir d’achat et les conditions de vie des catégories les plus vulnérables ? Quels objectifs seront fixés pour réduire les inégalités sociales et territoriales ?

Deuxième épreuve : la gouvernance territoriale et institutionnelle.

La régionalisation avancée et la déconcentration administrative se traduiront-elles par un véritable transfert de compétences et de moyens vers les territoires ? Les collectivités territoriales disposeront-elles des capacités nécessaires pour répondre plus efficacement aux besoins des citoyens ?

Troisième épreuve : la transparence et la reddition des comptes.

Le programme gouvernemental comportera-t-il des objectifs quantifiables, des calendriers d’exécution, des indicateurs publics et des mécanismes permettant au Parlement et aux citoyens d’évaluer les résultats ?

Ces questions sont d’autant plus importantes que la coalition rassemble quatre partis dont les histoires et les sensibilités politiques ne sont pas identiques. Sa capacité à fonctionner dépendra de la qualité de la coordination entre ses composantes et de leur aptitude à transformer un accord politique en programme commun cohérent.

La stabilité de la coalition ne constitue donc pas une fin en soi : elle doit permettre la mise en œuvre des engagements pris devant les citoyens.

Conclusion : au-delà des portefeuilles, l’obligation de résultats

Le gouvernement du 16 octobre 2026 présente des éléments de continuité et de renouvellement. Plusieurs de ses choix sectoriels rejoignent les priorités stratégiques exprimées dans le discours royal devant le Parlement.

Le communiqué du 14 octobre a, pour sa part, rappelé l’exigence d’une mobilisation et d’une action gouvernementale sérieuse et responsable. La nouvelle équipe dispose désormais de la responsabilité de traduire ces orientations en décisions, en moyens budgétaires et en réformes effectives.

Mais une distinction demeure essentielle : la concordance entre les intitulés ministériels et les orientations royales ne signifie pas automatiquement que les politiques publiques et les résultats seront à la hauteur des attentes.

Le jugement sur le gouvernement El Mansouri serait prématuré avant l’examen de son programme détaillé et de ses engagements opérationnels. Il est néanmoins légitime de lui demander, dès son entrée en fonction, des réponses précises sur l’emploi, la justice sociale et territoriale, la qualité des services publics, la transparence et la reddition des comptes.

Au fond, la question centrale n’est ni le nombre de ministres, ni la répartition des portefeuilles entre les partis, ni même l’équilibre politique de la coalition.

Le véritable critère sera la capacité du gouvernement à honorer ses engagements et à produire des améliorations concrètes dans la vie quotidienne des citoyennes et des citoyens.

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