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Entre le marteau des équilibres macroéconomiques et l’enclume de la paix sociale : Droit du travail et réforme des retraites au Maroc… Quel avenir pour la protection des droits des salariés ?

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

La classe ouvrière marocaine, toutes catégories confondues (ouvriers, employés, fonctionnaires), traverse une phase législative et sociale délicate, peut-être la plus critique de l’histoire récente du Royaume. Après la vive polémique ayant accompagné l’adoption de la loi organique n° 97.15 relative à la grève, le rythme gouvernemental s’est accéléré pour ouvrir deux dossiers tout aussi sensibles : le projet de loi n° 24.19 relatif aux syndicats et le plan de réforme des caisses de retraite. Si les approches officielles partent souvent des impératifs de « bonne gouvernance et d’ajustement des équilibres financiers », l’intérêt supérieur des salariés exige quant à lui la formulation d’un nouveau contrat social qui place « l’être humain au travail » au cœur du développement et protège ses acquis historiques de l’érosion.

Premièrement : Loi sur les syndicats (projet 24.19) – Entre institutionnalisation de la gouvernance et craintes de restriction

Le projet de loi n° 24.19 vient remplacer un dahir vétuste datant de 1957, visant à organiser le champ syndical à travers des dispositions relatives à la transparence financière, à la démocratisation des instances dirigeantes et à la définition des critères de représentativité.

Bien que l’instauration de la transparence soit une exigence positive pour débarrasser l’action syndicale de l’émiettement, la version actuelle du projet a suscité de grandes inquiétudes parmi les centrales syndicales. Le ministre de l’Emploi, Younes Sekkouri, a récemment laissé entendre la possibilité d’un passage par le gouvernement vers le lancement des discussions sur ce projet après son gel, considérant que « la dynamique créée par la loi sur la grève aura des répercussions sur les autres projets de loi ». Les craintes des salariés se concentrent sur :

· L’indépendance des finances syndicales : Les syndicats rejettent toute disposition permettant à la Cour des comptes d’auditer les cotisations internes d’adhésion, estimant que le contrôle doit se limiter exclusivement au « soutien public direct » accordé par l’État. L’audit des fonds syndicaux est considéré, de leur point de vue, comme une atteinte aux libertés internes.
· L’approche répressive : Les salariés craignent une répétition du scénario de la loi sur la grève, qui a imposé des amendes et des sanctions, estimant que la nouvelle loi sur les syndicats deviendrait un outil de restriction si elle inclut des sanctions pénales pour les infractions administratives.

Deuxièmement : La bataille du sauvetage des caisses de retraite – La protection de la dignité est une ligne rouge

Si la loi sur les syndicats organise le mécanisme de défense des droits, le dossier de la réforme des retraites (notamment la CMR – Caisse marocaine des retraites) touche directement à la dignité vitale du fonctionnaire et du salarié après des décennies de dévouement. Le gouvernement justifie son plan urgent par le net recul de l’indice démographique de la caisse. Selon le rapport sur les ressources humaines, près de 68 418 fonctionnaires seront mis à la retraite entre 2025 et 2029, soit 13,4 % de l’ensemble des effectifs du secteur public. Face à cette accélération du nombre de retraités, un déficit financier apparaît, menaçant la mise en œuvre des « trois paramètres » (relèvement de l’âge, augmentation des cotisations, réduction des pensions).

Selon les dernières actualités de septembre 2025, la commission technique chargée de la réforme des systèmes de retraite a entamé ses réunions. Des sources syndicales ont souligné que « la position des syndicats est constante et ne changera pas […] s’il y a ce qu’on appelle des réformes, les fonctionnaires et les salariés ne doivent pas supporter seuls les conséquences de ces décisions ». Les lignes rouges des salariés sont les suivantes :

1. Le caractère optionnel de l’âge de départ à la retraite : Le relèvement à 65 ans doit rester volontaire, en tenant compte des métiers pénibles. Les syndicats rejettent la transformation de « l’âge de la retraite » en un élément obligatoire mettant à la retraite les seniors dès 60 ou 63 ans sous la pression des « équilibres financiers ».
2. Le rejet des ponctions excessives : Toute augmentation du taux des cotisations mensuelles est considérée comme une atteinte au pouvoir d’achat qui souffre déjà de l’inflation. Les syndicats exigent de financer le déficit par un impôt sur la richesse et les bénéfices exceptionnels des grandes entreprises, plutôt que de ponctionner les salaires.
3. La préservation de la base de calcul de la pension : Les salariés rejettent les propositions de réduction du taux de calcul (de 2 % à 1,5 %) ou l’adoption du salaire moyen des dernières années, car cela « brade la valeur de la pension » et appauvrit le retraité.

Troisièmement : Réalités économiques et droits – Des chiffres accablants pour la situation actuelle

Le débat sur les lois ne peut être dissocié de la réalité vécue. Selon les rapports de l’UNTM (Union nationale du travail au Maroc), 82,2 % des familles marocaines ont déclaré une détérioration de leur niveau de vie à cause de l’inflation. Dans ce contexte, le débat sur « l’augmentation des salaires » et la « réforme des retraites » cesse d’être un simple détail technique pour devenir une question de survie.

Alors que le gouvernement exige « la prise en charge des conséquences » (c’est-à-dire l’assumer le coût de la réforme), les centrales syndicales affirment qu’une véritable réforme commence par une « augmentation générale des salaires » pour absorber les effets de l’inflation, et par l’élaboration de systèmes fondamentaux justes mettant fin à l’injustice subie par de larges catégories comme les ingénieurs et les médecins. Le mépris de ces revendications a porté la tension sociale à des niveaux sans précédent, le message du 1er Mai 2026 (anticipé) décrivant la scène comme un « déséquilibre flagrant de l’équation sociale ».

En guise de conclusion : Vers un nouveau contrat social

L’intégration des dossiers de la loi sur les syndicats et de la réforme des retraites dans un même processus de négociation révèle que la paix sociale ne peut être achetée par des décisions unilatérales. L’État est appelé à assumer sa responsabilité dans la gestion des réserves des caisses de retraite, loin des poches des fonctionnaires, tout comme il est appelé à traiter les syndicats comme un partenaire social indépendant, et non comme un appareil à contraindre.

Toute réforme véritable doit partir de la philosophie de « l’État social » proclamée par la Constitution de 2011. Une philosophie qui voit dans le travailleur et le fonctionnaire le pilier fondamental de la production, et non un simple chiffre financier dans une équation de déficit ou d’excédent. La protection des acquis des salariés et la préservation de leur dignité au travail et à la retraite sont le véritable garant de la stabilité du pays, surtout face aux chiffres alarmants faisant état d’environ 13 % de chômage général et près de 37 % de chômage parmi les jeunes diplômés.

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