
Par: Agence France-Presse
Le candidat de gauche Roberto Sanchez a pris lundi la tête du dépouillement du second tour de l’élection présidentielle au Pérou, dépassant de peu la candidate conservatrice Keiko Fujimori, dans un scrutin dont l’issue reste incertaine.
Après dépouillement de près de 95% des bulletins, Roberto Sanchez recueillait en fin d’après-midi 50,1% des voix, contre 49,9% pour Keiko Fujimori, selon les chiffres de l’Office national des processus électoraux (ONPE). Pour qu’un vainqueur soit proclamé, il faudra examiner des procès-verbaux contestés représentant quelque 450 000 votes, ce qui pourrait prendre plusieurs jours.
«Nous sommes très confiants et optimistes», a déclaré Roberto Sanchez à des journalistes lundi, soulignant toutefois attendre que l’intégralité des bulletins soient décomptés.
Peu avant, Keiko Fujimori avait également appelé au calme. «Nous devons attendre jusqu’à la fin», a estimé la fille de l’ancien président autocrate Alberto Fujimori (1990-2000). Elle a appelé à «la patience et la sérénité» et promis de «respecter le résultat, quel qu’il soit».
Fracture entre la côte et le sud andin rural
Face à l’insécurité devenue une grande préoccupation nationale, la candidate de droite a promis de déployer l’armée en soutien à la police, de démanteler les réseaux d’extorsion et d’expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits.
Son rival de gauche, qui a fait campagne la tête coiffée d’un chapeau paysan offert par l’ancien président emprisonné Pedro Castillo, prône le rétablissement de la confiance dans les institutions, le renforcement de la justice et une réforme de la police.
Beaucoup d’électeurs espéraient que le scrutin permettrait de ramener une forme de concorde dans un pays marqué par une instabilité politique chronique avec huit présidents qui se sont déjà succédé depuis 2016. Or, l’élection a une fois de plus fait apparaître la fracture entre la côte, plutôt acquise à Keiko Fujimori, et le sud andin rural et indigène, bastion de Roberto Sanchez.
Quel qu’il soit, le vainqueur de l’élection devra relever le défi de l’insécurité et de la crise politique persistante. Le parlement, doté de larges pouvoirs, a contribué à la chute de plusieurs chefs de l’Etat. Aucun des deux candidats n’y a la majorité au parlement. Le futur président devra donc nouer des alliances pour aller au terme de son mandat. Il ou elle prendra ses fonctions le 28 juillet.
Un pays divisé
Dimanche soir, plusieurs milliers de partisans des deux camps s’étaient rassemblés dans différents quartiers de la capitale, agitant drapeaux et pancartes aux couleurs de leur candidat.
«Nous voulons un changement parce que nous sommes fatigués de la corruption du fujimorisme, qui gère le pays comme sa propriété privée», avait confié Marlene Veramendi, une sympathisante de Roberto Sanchez âgée de 46 ans.
Dans un autre quartier de Lima, les partisans de Keiko Fujimori avaient affiché le même optimisme. «Je suis heureuse parce que je sais qu’elle sera une bonne présidente», a dit Gladys Silva, femme au foyer de 56 ans.
Près de 27 millions de Péruviens avaient été appelés aux urnes dimanche. Le vote est obligatoire et la journée s’est déroulée sans incident majeur, contrairement au premier tour le 12 avril, marqué par un record de 35 candidatures, des dysfonctionnements et des accusations de fraude.
Cette élection «traduit la division du pays (…). Quiconque l’emportera aura la moitié du pays contre lui», souligne auprès de l’AFP l’analyste Paulo Vilca, de l’Institut d’études péruviennes (IEP).







