
Edgar Morin, figure intellectuelle emblématique de la France, ancien résistant durant la Seconde Guerre mondiale qui a consacré sa vie à la promotion de l’esprit critique et à la lutte contre l’intolérance, est décédé à l’âge de 104 ans, a annoncé la sociologue marocaine Sabah Abouessalam, sa dernière épouse. C’est à Marrakech -« où il vivait quelques mois par an »-, qu’il avait fêté en juillet 2025 ses 103 ans et qu’il avait présenté son nouveau livre, « Y a-t-il des leçons de l’histoire ? ». Pour lui, le Maroc était « le pays de cœur « où il fait si doux et où la lumière est si belle » (voir ci-dessous son entretien à LCI où il parle de son lien avec sa douce moitié, Sabah Abouessalam).
Samedi matin, le président français Emmanuel Macron a salué, sur X, la mémoire de cet « esprit universel » et humanisme fait personne ».
Soldat de la Résistance, militant et affranchi, écrivain et penseur du siècle, défenseur de la nature et des peuples, Edgar Morin était l’humanisme fait personne. Avec sa bienveillance, sa curiosité, il ne cessait de nous éclairer. Pensée complexe, vie féconde, esprit universel.… pic.twitter.com/3VuBBIzY9y
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) May 30, 2026
Citoyen du monde…
Né Edgar Nahoum à Paris, le 8 juillet 1921, il était le fils de parents juifs immigrés de Grèce. Il a toujours refusé d’être défini par son identité juive, insistant sur le fait qu’il était aussi « Français, Méditerranéen et citoyen du monde ». Il a suivi une formation de sociologue, mais se considérait plutôt comme un « humaniste », mêlant philosophie, psychologie, ethnographie et biologie pour tenter de comprendre la nature humaine.
Pour les Français, Morin était avant tout un guide intellectuel, qui a développé une approche holistique et transdisciplinaire des grandes questions de notre époque.
« Qu’est-ce qu’être humain ? Qu’est-ce que la mondialisation ? Qu’est-ce que la vie ? Ces questions nous obligent à relier des connaissances actuellement dispersées dans différents champs de recherche », expliquait-il à TV5 Monde en 2020.
Bien après son centième anniversaire, il continuait de commenter l’actualité, partageant ses réflexions avec ses 220 000 abonnés sur X, notamment sur la canicule de 2022, lorsqu’il publiait : « Paris, 18 h, 40 °C : Debout, tempête tant attendue !» à la guerre en Ukraine, lorsqu’il écrivit : « La guerre est une leçon de haine ».
« Jusqu’à ses derniers jours, Edgar Morin est resté attentif au monde, aux autres et aux grandes questions humaines qui nourrissaient sa pensée », a déclaré son épouse, Sabah Abouessalam Morin, dans un communiqué transmis à l’AFP samedi.
Quelques grandes citations d’Edgard Morin
– « J’ai fait la chasse aux sorcelleries, moi pour qui le monde est sorcier ». (« Le Vif du sujet », 1969)
– « Il faut cesser de disjoindre nature et culture: la clé de la culture est dans notre nature et la clé de notre nature est dans la culture ». (« Le Paradigme perdu: la nature humaine », 1973)
– « La conscience n’est jamais assurée de surmonter l’ambiguïté et l’incertitude ». (« Le Paradigme perdu: la nature humaine, 1973)
– « Alors, qu’est-ce que l’amour? C’est le comble de l’union de la folie et de la sagesse ». (« Amour, poésie, sagesse », 1997)
– « Si nous savons comprendre avant de condamner, nous serons sur la voie de l’humanisation des relations humaines ». (« Les Sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur », 2000)
– « Je crois profondément que, dans toute foi, il y a un doute, profond, plus ou moins refoulé ». (« Nul ne connaît le jour qui naîtra », 2000)
– « Le renoncement au meilleur des mondes n’est nullement le renoncement à un monde meilleur ». (« Les Sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur », 2000)
– « A force de sacrifier l’essentiel à l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel ». (« La Méthode », sixième et dernier volume « L’Ethique », 2004)
– « L’histoire des grandes sociétés est l’histoire des guerres ininterrompues ». (« Culture et barbarie européennes », 2005)
– « Je suis un droitier gauchiste: droitier parce que j’ai un sens très aigu du respect des libertés, mais en même temps gauchiste, dans le sens où j’ai la conviction que notre société requiert des transformations profondes et radicales. Je suis devenu un conservateur révolutionnaire. Il faut tout révolutionner, mais en conservant les trésors de notre culture ». (« Ma gauche », 2010)
– « Plus je lis sur (le) virus (du Covid-19), sur les stratégies de lutte, sur le confinement et ses conséquences à terme, plus je trouve la controverse et plus je suis dans l’incertitude. Alors, il faut supporter toniquement l’incertitude. L’incertitude contient en elle le danger et aussi l’espoir ». (sur X/Twitter, 2020)





