
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

L’analyse des rapports sociaux de ce printemps 2026 (et des prémices de 2025) révèle une crise profonde qui dépasse la simple revendication matérielle. Elle touche au sentiment de « déchéance de citoyenneté » et à une « exclusion systémique » de la catégorie des retraités. Alors que le dialogue social entre le gouvernement et les syndicats est censé consolider la paix sociale, le retraité se retrouve hors-jeu, pris en étau entre des pensions gelées depuis plus de 26 ans et une inflation galopante.
1. La désillusion des « résultats nuls ».
Les instances représentatives, notamment le Réseau Marocain des Instances de Retraités et la Fédération des Retraités au Maroc, s’accordent sur un constat amer : le round d’avril s’est soldé par un « bilan zéro ». Cette frustration naît d’un dialogue quasi exclusivement centré sur les actifs, reléguant le dossier des retraités au rang de « point accessoire » ou de simple « poudre aux yeux« .
● Bredouilles : L’expression « revenir les mains vides » revient de manière récurrente pour décrire l’absence de toute décision officielle d’augmentation des pensions.
● Le leurre fiscal : Les mesures de réduction fiscale sur les pensions, annoncées précédemment, sont perçues comme une « insulte à l’intelligence » puisqu’elles ne concernent que 4 % des retraités (les plus aisés), excluant la masse populaire qui vit dans la précarité.
2. Le gel chronique et l’érosion de la dignité.
Les textes soulignent une réalité brutale : les pensions subissent un gel depuis plus d’un quart de siècle. Ce statu quo n’est pas qu’un chiffre ; c’est une dégradation continue du pouvoir d’achat qui a transformé de larges pans de cette catégorie, notamment les veuves et les ayants droit, en proie à la fragilité et à l’exclusion sociale. Le retraité se retrouve incapable de subvenir à ses besoins fondamentaux, particulièrement les soins de santé, dont le coût augmente avec l’âge.
3. Une crise de confiance envers les partenaires sociaux.
L’indignation ne cible pas uniquement le gouvernement, mais s’étend aux centrales syndicales. Un sentiment de trahison prédomine : les syndicats sont accusés de placer le dossier des retraités en fin d’agenda de négociation.
Le déni du sacrifice : Les retraités dénoncent un « reniement systématique » de leurs sacrifices. Une fois à la retraite, ceux qui ont bâti le pays deviennent des « oubliés« , systématiquement exclus des accords sociaux majeurs (comme ceux de 2011 ou de 2023).
Responsabilité partagée : Le gouvernement et les syndicats sont jugés co-responsables du maintien de lois obsolètes qui bloquent toute revalorisation automatique des pensions face à la réalité économique actuelle.
4. De la négociation à la rue : « Le processus militant ».
Face à ce qu’ils qualifient de « politique d’exclusion« , les retraités n’ont d’autre choix que le retour à la protestation.
Mobilisation nationale : Les sit-in devant le Parlement sont devenus le symbole d’un « mécontentement profond« .
Revendications structurelles : Au-delà de l’aspect financier, les demandes incluent désormais :
● La reddition de comptes : La récupération des fonds spoliés des caisses de retraite et le refus de réformes se faisant aux dépens des affiliés.
● La protection sociale : L’instauration d’un « traitement préférentiel » pour l’accès aux transports, au logement et à la santé.
● Justice juridique : Une révision globale du cadre législatif pour indexer les pensions sur le coût de la vie.
Conclusion :
Le climat actuel chez les retraités marocains est un mélange de rancœur et de désespoir. Une amertume née du sentiment d’ingratitude de l’État après des décennies de service, et un désespoir face à des dialogues sociaux qui semblent ignorer ceux qui ont épuisé leur vie à construire la nation. Cette situation laisse présager une persistance de la tension sociale tant que le dossier des retraites restera prisonnier des tiroirs gouvernementaux.

