
En avril, les membres du Conseil de sécurité devraient être informés, lors de consultations à huis clos, de la MINURSO. Le Représentant spécial pour le Sahara et Chef de la MINURSO, Alexandre Ivanko, et l’Envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura, devraient être les orateurs pressentis.
Conformément à la résolution 2797 du 31 octobre 2025, qui a prolongé le mandat de la MINURSO d’un an, le Secrétaire général devrait soumettre en avril un examen STRATEGIQUE concernant le futur mandat de la MINURSO.
Sur le contexte et les enjeux de cette réunion de mi-mandat, notre confrère Abdelhakim Yamani, président fondateur de l’Institut géopolitique Horizons (IGH), nous a aimablement proposé cet éclairage édifiant.
Par: Abdelhakim YAMANI*

Une recomposition stratégique s’accumule avant le renouvellement décisif d’octobre 2026. Washington pilote ; New York enregistre.
Synthèse exécutive
La réunion d’avril 2026 au Conseil de sécurité sur la Minurso n’est pas un événement routinier. Trois signaux convergents entre le 13 et le 20 mars 2026 – la proposition de loi Cruz-Cotton-Scott, la tribune Greenblatt dans Semaafor et le témoignage de l’ambassadeur Waltz devant le Congrès – signalent une recomposition du dispositif onusien.
Depuis l’adoption de la résolution 2797 (31 octobre 2025), le dossier du Sahara occidental marocain a basculé d’une logique de statu quo onusien vers une logique de résultat pilotée depuis Washington. La réunion d’avril, formellement limitée à un briefing de mi-mandat, est en réalité une séquence de pré-positionnement tactique avant le renouvellement d’octobre 2026.
I. Cotexte post-résolution 2797
Un tournant sémantique structurant
Adoptée le 31 octobre 2025 par 11 voix pour et 3 abstentions (Russie, Chine, Pakistan), la résolution 2797 a prorogé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 en introduisant un glissement de langage décisif : l’autonomie marocaine y est qualifiée de solution pouvant représenter « a most feasible outcome » (OP4). Le référendum reste juridiquement présent dans le texte, mais se trouve politiquement neutralisé.
Ce glissement sémantique constitue la véritable rupture : il reconfigure le champ du pensable sans modifier officiellement la doctrine onusienne. Le Maroc y voit une victoire diplomatique historique, tandis qu’Alger et le Front Polisario — désormais appelé « délégation du Front Polisario » dans le cadre des pourparlers quadripartites — maintiennent leur contestation sur le terrain juridique, faute de levier diplomatique suffisant.
II. Les signaux précurseurs de la réunion d’avril
Trois événements survenus entre le 13 et le 20 mars 2026 structurent la séquence pré-réunion et constituent des indicateurs avancés majeurs.
1- Le Polisario Front Terrorist Designation Act of 2026 (13 mars)
Les sénateurs républicains Ted Cruz, Tom Cotton et Rick Scott ont déposé un texte imposant au Secrétaire d’État Marco Rubio de soumettre au Congrès un rapport sur la coopération entre la délégation du Front Polisario et les organisations liées à l’Iran. Si cette coopération est confirmée, la désignation comme organisation terroriste (FTO/SDGT) devient obligatoire. Ce texte fait suite à une version Chambre déposée dès juin 2025, qui accumule des cosignataires bipartisans.
RELEASE: Sens. Cruz, Cotton, Scott Introduce Bill Targeting Iranian Regime’s Polisario Front https://t.co/j73AyDIB5J pic.twitter.com/L3s89JpJ72
— Senator Ted Cruz (@SenTedCruz) March 13, 2026
Même sans adoption parlementaire, le texte Cruz déploie trois effets stratégiques : il déplace le dossier du terrain diplomatique vers le terrain sécuritaire ; il crée une obligation légale d’évaluation pesant sur Rubio ; il fournit un levier de pression indirect sur Alger, dont le soutien au Polisario pourrait l’exposer à des complications juridiques américaines.
2- La tribune Greenblatt dans Semafor (17 mars)
Jason D. Greenblatt — co-architecte des Accords d’Abraham incluant le volet marocain de décembre 2020 — établit dans Semafor un parallèle entre la délégation du Front Polisario et d’autres proxys régionaux de l’Iran (Hezbollah, Houthis, Hamas), alertant sur un « front oublié » en Afrique du Nord. Sa conclusion : saper le Maroc, c’est saper les intérêts américains. La convergence entre l’écosystème législatif républicain et les anciens conseillers Trump dessine une offensive coordonnée de sécurisation du dossier.
3- Le témoignage de l’ambassadeur Waltz devant le Congrès (20 mars)
L’ambassadeur américain à l’ONU Mike Waltz déclare : « We are conducting a strategic review of the peacekeeping force deployed in Western Sahara for the past 50 years. » Cette déclaration constitue la première mention officielle liant explicitement la MINURSO à l’agenda de réforme onusien de l’administration Trump.
🇺🇸🇲🇦🇩🇿#FLASH| La MINURSO bientôt démantelée ?
L’ambassadeur des États-Unis 🇺🇸 aux Nations Unies 🇺🇳, Mike Waltz, annonce au Congrès « une revue stratégique » de la MINURSO.
« Nous envisageons également de supprimer certaines missions [..] la FINUL 🇱🇧🇺🇳 n’a pas atteint ses… https://t.co/OAKDi1MUSE pic.twitter.com/z1yI4g3tM4
— Morocco Intel (@MoroccoIntel) March 22, 2026
L’utilisation du mot « stratégique » — et non administratif ou budgétaire — est délibérée. Elle signale une décision politique, pas une simple revue de coûts. Waltz a précisé que la MINURSO serait traitée en urgence parmi les missions examinées.
III- Analyse structurelle: la désynchronisation des temporalités
La crise du dispositif MINURSO ne tient pas à une décision unique, mais à une désynchronisation croissante entre trois temporalités qui coexistent sans se réconcilier.
Temporalité institutionnelle (ONU) : le cycle onusien fonctionne selon sa logique propre — renouvellement mécanique du mandat, langage consensuel, continuité procédurale. La réunion d’avril reste formellement un briefing à huis clos sans pouvoir décisionnel direct.
Temporalité diplomatique (États) : la dynamique réelle se construit hors de l’ONU. En tant que pen holder, Washington a imposé l’autonomie sous souveraineté marocaine comme base unique de négociation. L’ONU n’est plus le lieu de production de la décision politique : elle en est le lieu d’enregistrement.
Temporalité régionale : la consolidation du fait accompli diplomatique se poursuit — multiplication des consulats africains à Laâyoune et Dakhla, alignement croissant des capitales africaines sur la souveraineté marocaine, marginalisation progressive du référentiel référendaire. L’Algérie se retrouve sous pression diplomatique, sécuritaire et narrative simultanée.
La MINURSO, fondée en 1991 sur un paradigme référendaire désormais politiquement neutralisé, évolue de facto d’un outil de résolution vers un instrument de gestion du statu quo dans l’attente d’un règlement d’autonomie négociée.
IV. Prospective -Avril 2026 et l’horizon d’octobre
La réunion d’avril est une séquence de pré-positionnement, non de décision. Trois configurations analytiques sont identifiables.
S1 Continuité stabilisée
Briefing technique de Mistura. Réduction discrète des effectifs civils actée en coulisse. Préparation silencieuse du renouvellement d’octobre dans le cadre 2797. Aucun acteur n’a intérêt à une rupture visible avant octobre.
S2 Inflexion maîtrisée
Waltz annonce une révision formelle du format de la MINURSO. Réduction programmée de la composante civile signalée publiquement. Signal fort sans résolution modificative — prépare un renouvellement d’octobre avec mandat reformaté.
S3 Rupture anticipée
Waltz conditionne publiquement le soutien américain au renouvellement à des réformes structurelles du mandat. Scénario peu probable en avril, mais possible si la loi Cruz progresse rapidement ou si Rubio est contraint d’agir avant mai sur la désignation FTO.
Quelle que soit l’issue d’avril, l’enjeu réel est le renouvellement d’octobre 2026. La variable structurelle la plus déterminante reste l’abstention conjointe Russie-Chine : ni Moscou ni Pékin n’est prêt à exercer un veto pour sauver le paradigme référendaire. Cette neutralisation effective des deux contre-pouvoirs traditionnels du dossier change fondamentalement les équilibres pour octobre.
Le point d’inflexion de la MINURSO ne commence pas à New York, mais dans la convergence préalable des cadres stratégiques entre Washington et ses relais diplomatiques. New York enregistre ce qui a déjà été décidé ailleurs.
*Président fondateur de l’Institut Géopolitique Horizons (IGH).



