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Les lundis de KHOUKHCHANI. Fuite des cerveaux marocains: la saignée continue

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Le Maroc est aujourd’hui confronté à une réalité silencieuse mais lourde de conséquences : le départ croissant de ses jeunes diplômés vers l’étranger. Ingénieurs, médecins, chercheurs, experts en nouvelles technologies, mais aussi jeunes non diplômés tentés par la migration irrégulière, quittent le pays en nombre de plus en plus important. Ce phénomène n’est plus marginal. Il s’installe dans la durée et s’accélère.

Chaque année, des centaines de jeunes brillants formés dans les universités publiques marocaines ou dans les établissements privés et les missions étrangères poursuivent leurs études à l’étranger. Beaucoup choisissent des destinations comme le Canada, les États-Unis, l’Allemagne ou la France. Une fois diplômés, ils s’y installent professionnellement et refusent, pour une majorité d’entre eux, de revenir exercer au Maroc.

Pourquoi cette dynamique s’intensifie-t-elle ?

Les causes sont multiples. Elles sont d’abord économiques : salaires plus attractifs, meilleures conditions de travail, perspectives d’évolution plus claires. Elles sont aussi professionnelles : accès à la recherche, environnement structuré, reconnaissance du mérite. Elles sont enfin psychologiques et sociales : quête de stabilité, recherche d’un système plus transparent, sentiment de blocage dans l’ascension sociale.

Parallèlement, les pays développés mènent des politiques actives de recrutement des compétences étrangères. Ils simplifient les procédures d’immigration qualifiée, facilitent l’équivalence des diplômes et proposent des incitations fiscales. Dans certains secteurs, notamment la santé et l’ingénierie, la demande est telle que les jeunes cadres marocains deviennent une cible privilégiée.

Le non-retour des étudiants partis à l’étranger s’explique également par un phénomène d’intégration progressive. Stage, premier emploi, réseau professionnel : au fil des années, les attaches se déplacent. Le retour devient risqué, parfois perçu comme une régression.

Les conséquences pour le Maroc sont préoccupantes. Il s’agit d’une perte nette de capital humain. L’État investit massivement dans la formation, mais le rendement de cet investissement bénéficie à d’autres économies. Les secteurs stratégiques, notamment la santé et l’industrie technologique, subissent une pression croissante. À long terme, ce déficit de compétences pourrait freiner l’élan de modernisation et compromettre la compétitivité du pays.

Cependant, cette situation n’est pas irréversible. Elle appelle des réponses courageuses : amélioration des conditions salariales dans les secteurs clés, promotion fondée sur le mérite, soutien réel à la recherche et à l’innovation, dispositifs incitatifs pour le retour des compétences expatriées.

Plus encore que les salaires, c’est la confiance qui déterminera l’avenir. Les jeunes resteront s’ils perçoivent des perspectives crédibles, un climat d’équité et une reconnaissance à la hauteur de leurs efforts.

La fuite des cerveaux n’est pas seulement un problème migratoire. Elle est le miroir d’un défi national : offrir à sa jeunesse non seulement des diplômes, mais un horizon.

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