ACTUALITÉNOS CHRONIQUEURS

Le PPS à l’épreuve du réel : De la verticalité bureaucratique à l’urgence d’une refondation par la base

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

​I. Le Mirage du sommet : Une vitalité de façade

​À l’approche des prochaines échéances législatives, le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) semble s’être enfermé dans un paradoxe saisissant. Entre la grandiloquence de sa communication centrale et la réalité d’un terrain de plus en plus déserté, une question s’impose : quelle est la capacité réelle de l’héritage d’Ali Yata à peser sur l’échiquier politique national ?

​Le siège national du parti, majestueusement implanté dans le quartier huppé, Hay Riad à Rabat, symbolise ce décalage. Si la proximité des centres de décision est un impératif administratif, l’adresse tranche avec l’ADN d’une formation historiquement liée aux luttes populaires. Un parti de gauche ne se définit pas par son code postal ou l’agilité de ses communiqués hebdomadaires, mais par la résonance de son discours au sein des classes qu’il prétend représenter.

​II. En finir avec le fétichisme du centralisme démocratique.

​Il est temps de poser le diagnostic là où il fait mal : le PPS doit cesser de fonctionner exclusivement à partir de son sommet. Le « centralisme démocratique », autrefois outil de discipline militante, est devenu le paravent d’une gestion bureaucratique et sclérosée.

● ​Assez du commandement d’en haut : La politique ne peut plus être une série de directives descendantes.

● ​La fin de la « Parole Unique » : Les prises de position et les décisions prises dans les salons de Rabat, sans consultation réelle des sections locales, condamnent le parti à l’isolement.

● ​L’urgence de la décentralisation partisane : La gestion d’un parti vivant doit s’effectuer là où bat le pouls de la société : aux niveaux régional, provincial et communal.

​III. L’atrophie territoriale : Le diagnostic du terrain

​Le véritable talon d’Achille du PPS réside dans son effacement progressif des territoires. De Meknès à Guercif, le constat est sans appel : les structures locales sont atones. Absence de locaux permanents et raréfaction des cadres intermédiaires dessinent l’image d’un parti « hors-sol ».

​Un parti qui n’existe qu’au sommet, sans respiration à la base, se condamne à n’être qu’une structure verticale déconnectée. Les rares tournées provinciales de la direction ne sauraient remplacer une présence organique durable. Le pouvoir doit changer de camp : il est impératif de passer du pouvoir au sommet au pouvoir à la base.

​IV. Le Verdict des urnes : La sanction de l’absence

​L’efficacité d’un discours politique ne trouve sa vérité qu’au moment crucial du dépouillement. L’urne est un juge impitoyable qui ne comptabilise ni les passages télévisés, ni les likes sur les réseaux sociaux. Elle est l’écho direct du militantisme de proximité.

La capacité à mobiliser l’électeur est le fruit d’un travail cumulatif. Lorsqu’un parti déserte les quartiers et les douars durant tout un mandat, il se retrouve, le soir du scrutin, étranger à la sociologie du territoire. On ne récolte pas des voix avec des concepts abstraits, on les arrache par la confiance bâtie sur le terrain, jour après jour. Sans ce lien organique, le verdict des urnes sanctionnera inévitablement l’absence.

​CONCLUSION : La croisée des chemins

​Le PPS conserve un capital symbolique indéniable, mais l’illusion de la présence ne pourra plus masquer la réalité de l’effacement. La crédibilité électorale ne se décrète pas d’en haut, elle se construit du bas vers le haut.

​Pour redevenir une force structurante, le parti doit briser ses réflexes jacobins et redonner la parole et le pouvoir à ses militants de base. Sans cette révolution interne et un retour sans concession au militantisme de proximité, l’ambition affichée restera une posture, laissant le parti à la merci d’un réveil brutal face à l’épreuve du réel.

Bouton retour en haut de la page
Soyez le premier à lire nos articles en activant les notifications ! Activer Non Merci