
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Le rôle pivot du Maroc dans une architecture diplomatique en mutation
La tenue de la première réunion du Conseil de Paix intervient dans un contexte international marqué par une fragmentation géopolitique croissante et l’essoufflement des mécanismes classiques de régulation. Face à la paralysie fréquente des instances multilatérales, une question fondamentale émerge : ce Conseil constitue-t-il une alternative au Conseil de Sécurité des Nations Unies ?
L’analyse de cette dynamique révèle une réalité nuancée où le Maroc, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, s’impose comme un acteur de liaison indispensable entre les aspirations politiques et les réalités du terrain.
Le Conseil de Sécurité : Une autorité juridique irremplaçable
Organe central de l’ONU, le Conseil de Sécurité demeure l’unique instance dotée d’une légitimité universelle formelle. Ses prérogatives — résolutions contraignantes, sanctions et recours à la force — en font le pilier de la sécurité collective. Pourtant, l’usage du droit de veto par ses membres permanents entraîne une forme de « gel » diplomatique sur les dossiers les plus sensibles, notamment au Moyen-Orient.
C’est dans cet interstice que le Conseil de la Paix trouve sa raison d’être. Non pas comme un substitut juridique, mais comme un laboratoire politique. Agissant par l’influence, la facilitation et la production de recommandations, il offre un espace de concertation souple là où les structures officielles se figent.
Le Maroc : Une valeur ajoutée stratégique et morale
Dans cette configuration, la participation du Royaume du Maroc revêt une dimension particulière. L’expertise diplomatique marocaine ne se contente pas d’accompagner le mouvement ; elle lui insuffle une crédibilité opérationnelle.
1. La légitimité de la Présidence du Comité Al-Qods
En sa qualité de Président du Comité Al-Qods, Sa Majesté le Roi Mohammed VI incarne une autorité morale et historique unique. Le Maroc dispose d’une capacité rare de dialogue avec toutes les parties prenantes, fondée sur une diplomatie de modération. Cette posture permet de transformer le Conseil de Paix en un véritable pont entre la concertation politique et la réalité diplomatique.
2. L’Agence Bayt Mal Al-Qods : Investir dans la résilience humaine
Véritable bras exécutif du Comité Al-Qods, l’Agence Bayt Mal Al-Qods Acharif incarne le passage de la diplomatie théorique à la diplomatie de l’impact direct. L’action marocaine se concentre sur la préservation de l’identité de la Ville Sainte à travers des projets vitaux :
● Éducation et Jeunesse : Construction et restauration d’écoles, octroi de bourses universitaires et organisation de colonies de vacances au Maroc pour les enfants maqdisis, contribuant ainsi à forger une génération consciente et attachée à son identité.
● Soutien Social et Sanitaire : Équipement des hôpitaux, aide aux familles nécessiteuses et programmes de logement. Ces actions renforcent la capacité de résistance des populations sur leur terre.
Ce rôle de terrain n’est pas seulement humanitaire ; il est un investissement politique dans la stabilité, offrant un « filet de sécurité » qui prévient l’escalade du désespoir.
Une architecture plurielle pour une paix durable
En définitive, le Conseil de Paix ne remplace pas le Conseil de Sécurité ; il en est le prolongement diplomatique. Il fonctionne comme un accélérateur capable de restaurer la confiance et de préparer le terrain à des décisions internationales plus structurantes, telles que la solution à deux États.
La paix internationale est le fruit d’une articulation entre l’autorité juridique onusienne et les médiations régionales agiles. Le Maroc, fort de sa stabilité et de sa vision, illustre cette complémentarité : agir là où la diplomatie formelle hésite, maintenir le dialogue là où les tensions dominent, et préparer les conditions d’une paix juste et durable.



