
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Mesdames, Messieurs, supporters des Lions de l’Atlas :
Nous ne sommes pas ici pour juger un simple entraîneur ayant perdu une finale, mais pour interroger notre propre capacité de gratitude. Comment est-il possible que l’épopée historique du Qatar, les exploits de la Coupe Arabe et une gloire que nous n’avions pas touchée depuis des décennies puissent être effacés par un penalty manqué ou par un chaos organisationnel dont Walid n’est ni l’auteur, ni le complice ?
Un palmarès qui défie l’oubli : Du Qatar à l’Afrique
Avant de condamner l’homme pour la soirée du 18 janvier 2026, rappelons les faits que l’histoire a déjà gravés dans le marbre :
1. Le Miracle de Doha (2022) : Walid est celui qui a mené la « Brigade du Niyya » à travers le plus périlleux des chemins. Sous ses ordres, le Maroc a terminé premier du « groupe de la mort », terrassant la Belgique (2-0). Il a ensuite réalisé l’impossible : éliminer l’Espagne en huitièmes, puis la Portugal de Cristiano Ronaldo en quarts, faisant du Maroc la première nation arabe et africaine à atteindre le dernier carré d’une Coupe du Monde.
2. L’Hégémonie Régionale : Sous sa direction, le Maroc a retrouvé une suprématie incontestée, s’imposant face à des nations arabes de longue tradition footballistique avec une intelligence tactique rare.
3. La Marche vers la Finale 2026 : Avant d’atteindre le complexe Moulay Abdellah, Walid a orchestré l’élimination des plus grands géants du continent (Nigeria, Égypte, Côte d’Ivoire). S’il n’a pas triomphé lors de l’ultime étape face au Sénégal, c’est au terme d’un match de haute voltige tactique, trahi par des circonstances extra-sportives.
Le procès de l’ingratitude
Pourquoi insulter l’homme dans les cafés ou les rues alors qu’il est la victime de sa propre exigence ? Est-ce lui qui a demandé aux supporters sénégalais d’envahir la pelouse pour briser l’élan de son équipe ? Est-ce lui qui a dirigé le pied de Brahim Diaz lors de ce penalty fatidique ? Non. L’entraîneur trace le chemin, mais il ne peut contrôler les caprices du destin.
Traiter Walid avec mépris aujourd’hui, c’est oublier qu’il est l’architecte qui a redonné au Maroc sa fierté mondiale. C’est oublier que celui qui nous a fait pleurer de joie hier est le même qui s’est vu « voler » cette Coupe d’Afrique par une conjoncture surréaliste.
Verdict : Le pardon est le propre des Grands
Le football est ingrat, mais nous ne devrions pas l’être. On juge un bâtisseur à la solidité de l’édifice, pas à une tuile tombée lors d’une tempête. Walid Regragui a construit une identité, une âme et une équipe.
Il est temps de cesser ces attaques indignes. Celui qui a fait tomber la Belgique, l’Espagne et le Portugal mérite le respect, même dans la défaite. Car au-delà du score, il y a l’homme qui a fait rêver 40 millions de Marocains.
»Le pardon est le propre des grands », dit-on. Walid est grand par ses actes ; soyons-le par notre reconnaissance. Cessons de harceler celui qui a porté nos espoirs si haut, car aucune finale perdue ne pourra effacer le soleil qu’il a fait lever sur le football marocain.



