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Meknès… une ville riche en histoire, pauvre en visiteurs

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Meknès n’est ni une ville pauvre en mémoire, ni avare en témoignages architecturaux, ni marginale dans l’histoire de l’État marocain. Ville impériale par excellence, elle est née du pouvoir et de la souveraineté, entourée de remparts majestueux, ornée de Bab Mansour, de greniers monumentaux, de palais, et située à proximité immédiate de Volubilis et de Moulay Idriss Zerhoun.

Et pourtant, une question s’impose avec insistance : pourquoi Meknès demeure-t-elle faiblement fréquentée et structurellement fragile sur le plan du séjour touristique ?

Le paradoxe est saisissant : un patrimoine exceptionnel, mais un flux touristique limité.

Ce dysfonctionnement ne saurait être réduit à une cause unique. Il résulte d’un enchevêtrement de déséquilibres structurels dans la conception même du tourisme et dans la manière de gérer la ville comme destination et non comme simple lieu de passage.

Quand les chiffres parlent… par leur silence.

En l’absence de données officielles récentes et détaillées propres à la ville de Meknès, plusieurs indicateurs disponibles suggèrent que le taux moyen d’occupation des établissements hôteliers ne dépasse guère 30 à 35 % sur l’ensemble de l’année, avec une légère hausse au printemps et une forte contraction hors saison.

Plus préoccupant encore, la majorité des visiteurs de Meknès sont :

● soit des touristes de passage, en provenance de Fès ou en route vers Volubilis ;

● soit des visiteurs à la journée, sans nuitée, privant ainsi la ville de la véritable valeur ajoutée économique du tourisme.

À l’inverse, d’autres villes historiques enregistrent des durées moyennes de séjour comprises entre deux et quatre nuitées, un écart décisif entre une ville touristique vivante et une ville-musée silencieuse.

Où se situe le dysfonctionnement ?

Le problème ne réside pas dans le patrimoine. Meknès ne manque pas d’histoire ; elle souffre plutôt de l’incapacité à transformer cette histoire en expérience touristique intégrée.

Une offre hôtelière qualitative insuffisante

La ville pâtit d’un déficit en hôtels de catégorie intermédiaire et supérieure, ainsi que d’un manque de riads correctement structurés. Résultat : le visiteur, notamment étranger, préfère séjourner à Fès et effectuer une excursion à Meknès.

Une expérience touristique fragmentée

Absence de parcours clairement définis, manque de narration unifiée, quasi-inexistence d’animations nocturnes ou culturelles capables de retenir le visiteur une nuit supplémentaire.

Un déficit chronique de promotion

Meknès est faiblement visible dans les campagnes internationales, discrète sur les plateformes numériques, comme si elle n’avait pas encore trouvé sa voix dans un marché touristique hautement concurrentiel.

L’absence d’événements structurants

Une ville sans festival de référence, sans saison touristique clairement identifiée, est une ville condamnée à l’atonie en dehors de périodes ponctuelles.

De ville de passage à destination de séjour

L’enjeu n’est pas tant d’augmenter le nombre de visiteurs que de prolonger leur durée de séjour. Cela passe nécessairement par :

● le renforcement de l’offre d’hébergement de qualité ;

● la création de parcours thématiques (Meknès ismaélienne, Meknès spirituelle, Meknès agricole) ;

● l’intégration de Volubilis et de Zerhoun dans une offre territoriale cohérente ;

● le développement d’animations nocturnes et d’événements culturels réguliers ;

● l’amélioration globale de l’accueil, des services et de la médiation culturelle.

Conclusion

Meknès n’a pas besoin d’une nouvelle découverte, mais d’une nouvelle volonté politique et stratégique. Une volonté capable de transformer son patrimoine en levier économique durable, et non en simple capital symbolique.

Car une ville qui ne retient pas ses visiteurs se condamne elle-même à rester en marge de la carte touristique, aussi prestigieuse que soit son histoire.

Meknès possède tout… sauf la décision ferme d’être une véritable destination touristique. Et c’est là que réside le véritable défi.

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