Aziz Akhannouch: Les dessous d’une irrésistible ascension

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Les dirigeants et les militants du RNI sont euphoriques et croient dur comme fer qu’ils vont remporter les élections législatives après avoir fait une razzia sur les chambres professionnelles. Le patron du parti Aziz Akhannouch est convaincu, lui aussi, qu’il sera le prochain chef du gouvernement. Il ne le dit pas explicitement dans ses meetings mais quand il affirme, avec force conviction, à chacune de ses sorties, que le RNI remportera la mise, il se voit déjà à la tête de la primature.

En tout cas, le nom du ministre et de l’homme d’affaires est sur toutes les langues, avant et pendant cette campagne électorale, où le fait de l’attaquer a suppléé le programme électoral de certains partis, notamment le PJD et le PAM. La réputation d’Akhannouch a même dépassé nos frontières quand l’ex-Premier ministre français Manuel Valls l’encense dans une tribune du JDD (le journal du dimanche).

L’homme est donné favori par tout le monde pour occuper le poste de chef du gouvernement quand on sait que toutes les « prévisions » donnent le RNI victorieux pour arriver en tête des législatives. C’est vrai que ces prévisions ne reposent pas sur des sondages mais il existe des facteurs tout aussi objectifs que subjectifs qui appuient cette hypothèse.

D’abord l’homme d’affaires est connu par ses réussites entrepreneuriales notamment dans le domaine des hydrocarbures. Ensuite sa longévité à la tête du ministère de l’Agriculture n’est pas sans enjoliver davantage sa réputation d’homme entrepreneur et dynamique. En tous cas, le ministre dresse un bilan positif du « Plan Maroc Vert 2008-2018 » avec des chiffres à l’appui en matière de PIB agricole, d’exportation et d’investissement.

Un bilan qui semble crédible puisque le ministre a réussi à faire passer une autre stratégie agricole qui s’étale de 2020 à 2030 en l’occurrence « Génération green ». Ceci étant, même si ses adversaires le taxent d’être « un piètre politique », il n’en demeure pas moins que c’est son parti le RNI qui a bien préparé les élections de 2021.

Le programme « 100 jours, 100 villes » reste, quand même, une idée originale qui a permis aux dirigeants du RNI d’aller vers les citoyens pour écouter leurs propositions et leurs priorités. Autant dire que le patron du RNI a commencé subtilement sa campagne électorale dès novembre 2019 même si ce programme a été, quelque peu, perturbé par la propagation du Covid-19. Cette initiative n’a pas tardé à donner ses fruits puisque le RNI a remporté une victoire éclatante dans les élections des chambres professionnelles.

Cela dit, il ne faut oublier qu’Akhannouch a connu une longue période de disgrâce après l’affaire de la libéralisation des hydrocarbures où il a été taxé, en compagnie des autres pétroliers, d’avoir réalisé des recettes additionnelles de l’ordre 17 milliards de dirhams. Il a fallu trois ans au patron d’Afriquia pour réagir au rapport de la commission parlementaire en le qualifiant d’être politisé, voire de comporter des fake news.

C’est d’autant plus tardif que la grogne s’est propagée au sein de la population qui avait lancé une campagne de boycott à l’encontre des stations-services Afriquia. L’image d’Akhannouch a été aussi ternie par la colère royale provoquée par les infractions à la loi sur l’urbanisme constatée dans la station touristique de Taghazout où fut impliquée sa société Sud Partners.

On sait que le Roi avait ordonné la destruction de plusieurs villas et autres parties d’hôtels qui ont été construites indûment. Le patron du RNI avait alors connu une longue hibernation politique qui a poussé ses adversaires à le déclarer mort politiquement. Mais il ne fallait pas sous-estimer la carapace « politique » de cet homme d’affaires qui, certes, n’est pas un excellent orateur mais demeure un redoutable stratège.

A preuve, il s’est essayé à la charité ramadanesque, comme le fait le PJD, via la fondation Joud sans se soucier des critiques que cette initiative avait suscitées. Il a été accusé de faire une campagne préélectorale par les autres partis politiques mais cela n’a pas empêché le RNI de rafler la mise pendant les élections des chambres professionnelles.

Et cerise sur le gâteau, Akhnnouch bénéficie d’un soutien inattendu de la part de l’ex-premier ministre français, Manuel Valls, qui ne tarit pas d’éloges sur lui: « Aziz Akhannouch devient un candidat privilégié pour le poste du Premier ministre (Chef du gouvernement). Nous aurions tout à gagner que le gouvernement du Maroc soit dirigé par un stratège, un entrepreneur moderne avec une véritable vision économique et sociale capable de relever les défis du Maroc… ».

C’est vrai que Manuel Valls a quitté la politique et que ces propos sont ceux d’un chroniqueur mais cela risque de donner d’autres arguments au PJD et au PAM qui se sont alliés contre lui pour l’attaquer davantage.