Maintien par Biden de la reconnaissance US de la marocanité du Sahara: Raisons politiques et géostratégiques

ACTUALITÉMÉDIASPOLITIQUE
1.4K
6


L’administration Biden serait sage de s’en tenir à la décision de Trump de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Agir autrement encouragera l’Iran, menacera un allié arabe ami et pourrait faire échouer l’accord de paix du Maroc avec Israël“.

D’emblée, Joel C. Rosenberg, auteur à succès du prestigieux New York Times et Réd’Chef du quotidien Allarab news, basé à New York, pose les termes du débat. Il bat en brèche les arguties avancées dans une lettre adressée la semaine dernière par 27 sénateurs -démocrates et républicains- au président Joe Biden “le pressant d’annuler la décision prise par l’administration Trump en décembre de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental”.

“La décision brusque de l’administration précédente… était à courte vue, a sapé des décennies de politique américaine cohérente et a aliéné un nombre important de pays africains. Nous vous exhortons respectueusement à revenir sur cette décision malavisée et à réengager les États-Unis à poursuivre un référendum d’autodétermination pour le peuple sahraoui du Sahara occidental”, avaient “argué” les 27 sénateurs dans leur lettre au président Biden.

“Si le président Biden revient sur cette décision, il va simultanément: enhardir le régime iranien qui hait le Maroc et veut saper sa stabilité, mettre en danger l’un des alliés arabes les plus anciens et les plus sympathiques d’Amérique et peut-être saborder le récent accord de paix et de normalisation entre le Maroc et Israël”, rétorque Joel C. Rosenberg, auteur du livre “Le pari persan”, dans un article publié dans Allarab news.

Heureusement, comme l’a rapporté le correspondant d’Axios, Barak Ravid , “rien n’indique que l’administration Biden ait l’intention de faire reculer de si tôt la reconnaissance par l’administration Trump du Sahara occidental comme faisant partie du Maroc“, se réjouit-il.

LE MAROC EST DANS LE COLLIMATEUR DE L’IRAN

Sous le radar de la plupart des médias internationaux, cependant, l’Iran et le Hezbollah – sa branche terroriste par procuration – s’efforcent d’étendre leur portée et de sécuriser leur emprise sur une région moins connue mais non moins importante: le Sahara occidental“, fait constater Joel C. Rosenberg.

Bien qu’il soit situé loin du centre des tensions politiques au Moyen-Orient, l’Iran a tenté de déstabiliser le Maroc (…) L’organisation terroriste chiite Hezbollah, soutenue par  l’Iran,  aurait soutenu l’organisation séparatiste anti-marocaine du Polisario au Sahara occidental. En conséquence, le Maroc a décidé de rompre ses liens  avec l’Iran en 2018, le rapprochant ainsi fermement de l’alliance anti-Téhéran et anti-Hezbollah du Golfe et d’Israël“, soutient M. Rosenberg.

Pour rappel, le Maroc avait rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran le 1er Mai 2018, après s’être assuré, preuves à l’appui, de l’implication avérée du régime des Mollahs d’Iran dans la livraison d’armes et l’entraînement des milices armées du polisario par le biais de son bras armé au sud-Liban, le Hezbollah chiite de Hassan Nasrallah.

ACTIVITÉS MALIGNES DE L’IRAN EN AFRIQUE DU NORD

“Rares sont ceux qui prêtent une attention particulière aux activités malveillantes de Téhéran en Afrique du Nord”, fait remarquer M. Rosenberg.  Un agent iranien du Corps des Gardiens de la Révolution Iranienne (CGRI) déguisé en diplomate a joué un rôle crucial. L’attaché culturel de l’ambassade d’Iran à Alger, Amir Moussaoui , était chargé de coordonner les livraisons d’armes et la formation militaire par l’Iran et le Hezbollah du Front Polisario en 2018″, confirme-t-il.

Initialement établi en tant que mouvement rebelle marxiste visant à prendre le contrôle du Sahara occidental, le Front Polisario s’est transformé au cours des dernières décennies en une force de promotion de la terreur et de l’instabilité dans la région“, pointe-t-il.

La quête d'”autodétermination du peuple sahraoui”: pourquoi c’est un leurre

“La quête d’autodétermination du peuple sahraoui que le Polisario soutenu par l’Algérie prétend promouvoir, est depuis longtemps devenue un instrument d’auto-enrichissement pour les dirigeants du mouvement. Le détournement systématique de l’aide humanitaire envoyée par la communauté internationale dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf (Algérie) a été épinglé dans un rapport de 2015 de l’Office antifraude de l’UE, l’OLAF”, rappelle M. Rosenberg.

Et ce n’est pas tout! “Des cas d’abus, de viol et de torture de réfugiés sahraouis ont été dénoncés par de nombreuses ONG et militants des droits humains au fil des ans”. “L’horrible pratique du Polisario consistant à forcer de jeunes enfants à devenir des enfants soldats (tout en envoyant les leurs étudier à l’étranger) a fait l’objet de nombreux rapports d’enquête (…) Avec ce profil, il n’est pas surprenant que le Front Polisario ait été une recrue volontaire de la force par procuration du régime iranien“, affirme-t-il.

Le Polisario a besoin du Hezbollah pour s’entraîner aux activités terroristes, y compris la guerre des tunnels, tandis que le Hezbollah a besoin du Polisario pour une coordination indirecte avec les autorités algériennes“, explique-t-il.

Les visées iraniennes sur le Sahara occidental devraient inquiéter tous ceux qui s’intéressent à la stabilité et à la paix régionales

Plus que tout, cela devrait inquiéter ceux qui veulent voir le peuple Sahraoui vivre dans l’autonomie et la prospérité – libre de l’emprise terroriste du Polisario. Seule l’ignorance des violations des droits de l’homme du Front Polisario et de leurs liens avec l’Iran et le Hezbollah (et de plus en plus avec d’autres groupes terroristes islamistes) peut expliquer l’opposition à la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur cette région“, relève l’expert américano-israélien. 

L’autonomie seule alternative au conflit

“Le Maroc, l’allié stratégique le plus ancien et le plus important des États-Unis, avec de nombreuses administrations américaines, a tracé une voie politique vers l’autonomie des sahraouis”, plaide-t-il.

Ce qui se dresse entre l’enfer que vivent actuellement les sahraouis et la liberté et la dignité qu’ils pourraient éprouver, ce sont ces forces déstabilisatrices de l’islamisme radical – notamment celles du CGRI et du Hezbollah – qui ont intérêt à perpétuer le conflit du Sahara occidental“, pointe-t-il.

À la lumière de tout cela, nous appelons respectueusement le président Biden à appuyer la décision de Trump de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental“, exhorte-il.

Autrement, “cela enhardirait les mollahs de Téhéran, sapera un allié arabe amical, amènera potentiellement le Maroc à rejeter son nouvel accord de normalisation avec Israël et envoyer un signal dangereux aux ayatollahs avant les futures négociations sur un accord nucléaire avec Washington“, avertit Joel C. Rosenberg.