
Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Le discours d’ouverture de la session d’automne du Parlement marocain pour l’année 2026 intervient peu après la fin des élections législatives, et porte en son essence un message politique clair : la phase de « consolidation des acquis » est achevée, et celle de « la preuve de la capacité d’exécution » a commencé. Le roi Mohammed VI s’est adressé directement au nouveau Parlement et au nouveau gouvernement, leur demandant de traduire les acquis économiques en résultats concrets, ressentis par les citoyens.
LES AXES PRINCIPAUX DU DISCOURS.
1. La régionalisation et la déconcentration : un message ferme contre les retards.
Le discours a accordé une place importante au dossier de la régionalisation avancée et de la déconcentration administrative, le roi ayant souligné que « les retards et les dysfonctionnements qui entravent encore la mise en œuvre de la décentralisation et de la déconcentration administratives se répercutent négativement sur les programmes de développement économique et social ». Il a explicitement appelé à « mettre un terme aux obstacles qui entravent encore le fonctionnement des institutions de la région », à travers :
● Une définition plus claire des compétences entre le centre, les régions et les provinces
● L’augmentation des ressources humaines et matérielles mises à la disposition des régions
● L’organisation des relations entre l’État et les régions, et la mise en place de mécanismes de coordination et de contractualisation
● L’activation complète de la charte de la déconcentration, avec le transfert des compétences et des ressources nécessaires du centre vers les provinces et les régions
2. Les questions de la jeunesse au premier rang des priorités.
Le discours a appelé à placer « les questions de la jeunesse au premier rang des politiques publiques et des préoccupations des instances de gouvernance », à travers une vision intégrée garantissant l’égalité des chances et couvrant l’éducation, la qualification et l’insertion économique. L’objectif annoncé est de renforcer la confiance des jeunes dans leur capacité de promotion sociale et dans les institutions de leur pays, afin de bâtir un avenir « dans la liberté, la dignité et la stabilité ».
3. Une nouvelle génération de stratégies économiques.
Le roi a appelé au lancement d’« une nouvelle génération de grandes stratégies » dans les domaines de la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire, de l’émergence industrielle, de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle, ainsi qu’au développement des réserves stratégiques et à la sécurisation de l’approvisionnement en produits de base. Il a également adressé un appel clair au secteur privé national pour qu’il s’élève au rang d’« acteur stratégique » de la transformation développementale, plus entreprenant, plus innovant et plus capable de créer des opportunités d’emploi, d’investissement et d’exportation.
4. Le dossier de la migration et la relation avec l’Espagne.
Le discours a affirmé que « le modèle actuel de coopération dans le domaine de la migration est dépassé », critiquant « les dispositions juridiques dépassées et les décisions judiciaires éloignées de la réalité » qui empêchent le renvoi des mineurs et de ceux qui usurpent le statut de réfugié. Le roi a insisté sur le fait que « le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, et ne saurait en aucun cas faire l’objet de pressions, de menaces ou de chantage », annonçant que le Maroc présentera à ses partenaires un document stratégique clair établissant une nouvelle orientation.
5. Un message direct aux parlementaires.
Le roi s’est adressé aux nouveaux parlementaires dans des termes clairs : « Le mandat parlementaire est un engagement politique et un contrat moral qui vous lie aux citoyens. Soyez donc à la hauteur de cette responsabilité nationale devant Dieu, devant les citoyens et devant l’Histoire. » Le message est que remporter les élections ne signifie pas s’approprier le pouvoir, mais assumer la responsabilité de l’exécution.
LES DIMENSIONS DU DISCOURS APRÈS LES ÉLECTIONS.
Ce discours intervient moins d’un mois après les élections législatives et porte de multiples significations politiques :
● Un test pour le nouveau gouvernement : le discours place le gouvernement et le Parlement devant « l’épreuve de l’exécution » ; il ne suffit plus de lancer des projets et des stratégies, il faut désormais mesurer leur impact sur la vie des citoyens.
● Lier l’ambition économique à la justice sociale : le discours relie explicitement la poursuite de la croissance économique à la réalisation de « la justice sociale et spatiale », ce qui signifie que le succès ne se mesurera pas uniquement aux chiffres globaux, mais à la réduction des disparités entre les régions, à l’amélioration des services et à la création d’emplois.
● Un message aux acteurs extérieurs : dans le dossier migratoire, le Maroc passe du statut de récepteur de pressions à celui d’acteur prenant l’initiative, en annonçant une nouvelle stratégie qu’il présentera à ses partenaires, tout en affirmant que la souveraineté est une ligne rouge.
SYNTHÈSE DES MESSAGES ADRESSÉS AUX PARTIES CONCERNÉES.
On peut résumer les messages portés par le discours royal en ce qu’ils s’adressent à chaque partie en ce qui la concerne. Les parlementaires sont appelés à garder à l’esprit que le mandat est une responsabilité morale devant Dieu, les citoyens et l’Histoire, et non un simple poste politique à occuper. Quant au gouvernement, son message est clair : plus de retard dans la mise en œuvre de la déconcentration administrative et dans le transfert des compétences aux régions. En contrepartie, les régions et les provinces sont appelées à un travail de terrain qui résout les problèmes réels des citoyens, et non à des programmes théoriques qui restent enfermés dans les tiroirs. Le secteur privé est, lui, appelé à s’élever au rang d’acteur stratégique du développement, en assumant pleinement sa responsabilité dans la création d’emplois. Les jeunes, enfin, constituent la priorité déclarée des politiques publiques, à travers la garantie de l’éducation, de la qualification et de l’insertion économique. Enfin, le message s’adresse également aux partenaires extérieurs, au premier rang desquels l’Espagne et l’Europe : le partenariat est bienvenu, mais la pression et le chantage ne sont pas acceptables, et le Maroc présentera une nouvelle stratégie définissant le cadre de la coopération à venir.
Il apparaît ainsi que la signification politique la plus profonde du discours est que la phase à venir au Maroc ne se mesurera pas au nombre de projets annoncés, mais à la capacité des institutions à les exécuter et à en faire parvenir l’impact au citoyen. Tel est le message central que porte le discours au Parlement et au gouvernement au début de leur nouveau mandat.



