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CROISSANCE SANS EMPLOI : LE CASSE-TÊTE MAROCAIN DÉCRYPTÉ PAR LA BANQUE MONDIALE

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Des Investissements records, mais un chômage persistant. Un nouveau rapport pointe un « paradoxe marocain » et propose une thérapie de choc pour créer 1,7 million de postes d’ici 2035.

Le paradoxe en chiffres.

Le Maroc investit massivement (30 % du PIB), mais cela ne crée presque pas d’emplois. Entre 2000 et 2024, la population active a augmenté 2,5 fois plus vite que l’emploi. Conséquence : 215 000 postes manquants par an en moyenne, un déficit monté à 370 000 depuis 2020.

« J’ai un master en finance, cela fait deux ans que j’envoie des CV. Les recruteurs me disent : “Pas d’expérience, désolé.” »
— Sofia, 25 ans, Casablanca.

Jeunes et femmes sur le carreau.

Le taux de chômage des 15-24 ans atteint 38,4 %. Mais le drame est celui des femmes : seulement 19 % d’entre elles travaillent, contre 28 % en 2000.

« Après mon bac+5, j’ai postulé à 60 offres. J’ai eu 11 entretiens. À chaque fois, la dernière question : “Vous envisagez une grossesse ?” »
— Leila, 29 ans, ingénieur sans emploi à Rabat.

Les trois verrous identifiés.

La Banque mondiale pointe :

● 40 % des industries peu concurrentielles. Du coup, moins d’innovation.
● Grandes entreprises moins productives que les PME. Grave anomalie économique.
● 70 % d’emploi informel. D’où des emplois innombrables hors radars et sans protection.

La recette : 4 réformes, 1,7 million d’emplois.

Pour inverser la tendance d’ici 2035 :

1. Concurrence réelle (fin des monopoles).
2. PME dynamisées (crédit, simplification).
3. Investissement public mieux ciblé.
4. Marché du travail inclusif (garderies, mobilité, formation).

À la clef : 1,7 million d’emplois supplémentaires, salaires en hausse de 15 % et PIB majoré de 20 %.

« Les solutions existent, mais il faut oser les réformes ensemble, pas en silos. »
— Jawad, 42 ans, patron d’une PME textile à Tanger

Des secteurs « prêts à l’emploi ».

Quatre niches prometteuses à court terme : solaire décentralisé, textile bas-carbone, cosmétique à l’argan, aquaculture marine. Potentiel : 166 000 postes et 7,4 milliards $ d’investissement privé.

Une urgence sociale et économique.

Le rapport, élaboré avec les autorités marocaines, est adossé à un prêt de 500 millions de dollars de la Banque mondiale déjà débloqué.

« Les jeunes ne peuvent plus attendre. Chaque année sans réforme creuse un peu plus le fossé. »
— Mehdi, 34 ans, chercheur en économie à l’Université Mohammed VI.
◇◇◇◇◇
Cet article est adapté du rapport « Scaling the Atlas » (Banque mondiale, 28 avril 2026).

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