
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

À l’annonce officielle de l’apparition du croissant lunaire, le Royaume du Maroc entre dans un temps singulier, différent de tous les autres mois de l’année. Le Ramadan n’y est pas seulement un rendez-vous spirituel : il constitue un fait social total où se croisent foi, traditions, identité et cohésion nationale.
Dès la première nuit, les mosquées se remplissent. Les prières de Tarawih deviennent un moment quotidien de communion collective. Dans les grandes métropoles comme dans les villages les plus reculés, les fidèles affluent pour écouter la récitation du Coran dans un climat de recueillement et d’organisation rigoureuse. La Mosquée Hassan II à Casablanca incarne ce souffle spirituel, accueillant chaque soir des milliers de fidèles, à l’image de monuments religieux historiques tels que la Mosquée Koutoubia à Marrakech ou la Mosquée des Andalous à Fès.
Meknès, une ferveur particulière durant le mois sacré
Au cœur de la capitale ismaélienne, Meknès, le Ramadan revêt une dimension singulière. L’affluence croissante vers les mosquées et les grandes salles de prière témoigne d’un attachement profond à la pratique religieuse.
La Grande Mosquée de Meknès, située dans la médina, connaît chaque soir une affluence remarquable, de la prière d’Al-Maghrib jusqu’aux longues veillées de Tarawih et de Qiyam. Les Mosquée Mohammed VI et Mosquée Al Oulfa figurent également parmi les principaux pôles spirituels de la ville, attirant des fidèles venus de différents quartiers. Cette mobilisation religieuse illustre la vitalité spirituelle de Meknès et la place centrale de la mosquée comme espace de recueillement, de transmission et de lien social.
L’affluence exceptionnelle observée durant le Ramadan soulève une question légitime : pourquoi les mosquées sont-elles bien plus fréquentées qu’au reste de l’année ? Plusieurs facteurs se conjuguent : la dimension spirituelle propre au mois sacré, la conviction d’une récompense accrue pour les actes d’adoration, et l’atmosphère générale qui imprègne la société marocaine, où le rythme de vie ralentit le jour pour s’animer intensément la nuit.
Cette ferveur ne concerne pas uniquement les personnes âgées. Jeunes, femmes et enfants participent activement à cette dynamique, faisant du Ramadan un moment de transmission intergénérationnelle des valeurs religieuses et sociales.
L’engagement des imams et des prédicateurs
Durant le mois sacré, l’activité des imams, prédicateurs et orateurs s’intensifie. Les sermons du vendredi mettent l’accent sur la solidarité, la cohésion et l’éthique sociale. Les leçons religieuses se multiplient, et certains récitants à la voix particulièrement appréciée attirent un public nombreux.
Par ailleurs, des imams marocains sont chaque année sollicités par les communautés établies en Europe, notamment dans les pays de l’Union européenne, afin d’encadrer religieusement les fidèles et de maintenir le lien avec le modèle religieux marocain, fondé sur le rite malékite, la doctrine acharite et le soufisme sunnite.
Les Causeries hassaniennes, une tradition institutionnalisée
Les Causeries hassaniennes constituent l’un des moments forts du Ramadan marocain. Instituées par le défunt Roi Hassan II et perpétuées sous le règne de Mohammed VI, elles rassemblent chaque année d’éminents savants du monde arabe et musulman. Diffusées par les médias nationaux, elles traduisent la dimension institutionnelle et académique du champ religieux au Maroc.
Ce qui distingue le Ramadan marocain.
● L’imbrication du religieux et du culturel : du « naffar » qui sillonne les ruelles avant l’aube aux tables de « liftar » collectives.
● Un encadrement religieux structuré et modéré, garant d’un islam du juste milieu.
● Une présence institutionnelle forte, incarnée par la Commanderie des croyants.
● La mosquée comme espace de spiritualité et de solidarité sociale.
Au Maroc, le Ramadan dépasse ainsi le simple acte du jeûne. Il devient un temps de régénération spirituelle, de consolidation identitaire et de cohésion nationale, où la société tout entière se retrouve autour de valeurs partagées et d’une tradition religieuse profondément enracinée.





