
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Le passage de témoin s’est opéré avec une précision d’orfèvre. Le 7 février 2026, au centre d’exposition d’El Jadida, le Rassemblement National des Indépendants (RNI) a tourné une page majeure de son histoire. En élisant Mohamed Chouki à sa tête, le parti à la colombe ne se contente pas de changer de visage ; il installe un profil dont la maîtrise technique et l’aisance oratoire tranchent avec le style de son prédécesseur, Aziz Akhannouch. Mais au-delà de la forme, de quoi le nouveau patron du RNI est-il réellement capable face aux enjeux cruciaux de 2026 ?
L’architecte des équilibres et du verbe
La force de Mohamed Chouki réside dans son ADN de technocrate politique. Ancien président de la Commission des finances, il n’est pas un simple héritier, mais l’un des architectes des réformes budgétaires de la dernière législature. Sa capacité à dompter les chiffres et à les traduire en arguments politiques constitue son arme principale. Là où le gouvernement de la troïka a souvent péché par une communication jugée aride ou distante, Chouki apporte une fluidité verbale et une précision qui visent à redonner du souffle au discours de la majorité. Finies les hésitations linguistiques : le nouveau leader maîtrise le récit autant que le bilan.
Une machine de guerre pour septembre 2026
Le nouveau président est avant tout un stratège de terrain, forgé par son ancrage dans la province de Boulemane. Capable de tenir les rênes d’un groupe parlementaire hétéroclite, il a désormais pour mission de mobiliser la machine électorale du RNI. Ses capacités se mesureront à sa faculté de vendre la continuité comme une nouveauté. En incarnant une génération plus directe et médiatique, il tente de séduire un électorat urbain et une classe moyenne qui s’étaient éloignés de la politique traditionnelle, tout en verrouillant une structure partisane déjà en ordre de bataille pour les législatives de septembre.
Les écueils de la Troïka et le défi social
Toutefois, le chemin vers une succession à soi-même est parsemé d’embûches. Au sein même de la coalition, Mohamed Chouki devra s’imposer face à des poids lourds comme Nizar Baraka et Fatima-Zahra Mansouri, dans une fin de mandat où chaque partenaire tentera de tirer la couverture à soi. Le défi est aussi perceptuel : malgré des indicateurs macroéconomiques en amélioration, il lui faudra dissiper le ressentiment né de l’inflation persistante des années passées.
Chouki doit transformer le RNI en une force capable de répondre aux enjeux de l’emploi et de la protection sociale, au-delà des simples statistiques de croissance. Son succès dépendra de sa capacité à prouver que le parti n’est pas seulement celui des élites économiques, mais un instrument de gouvernance au service du quotidien des Marocains.
Le pari de la légitimité
En somme, Mohamed Chouki n’est pas là pour gérer une transition passive. Il est là pour transformer le bilan de la troïka en un tremplin politique, armé d’une rhétorique offensive. S’il parvient à incarner cette « rupture dans la continuité », il pourrait réussir le tour de force de maintenir le RNI au gouvernail de l’exécutif. Mais dans l’arène politique marocaine, la clarté du discours ne suffit pas toujours à apaiser la soif de changement ; il lui faudra désormais transformer l’essai par des actes politiques forts avant le rendez-vous crucial des urnes.



