
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Penser que l’arrestation ou l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, quelles qu’en soient les dimensions politiques ou judiciaires, pourrait pousser l’Algérie à renoncer à son soutien historique au « Polisario » relève d’une lecture simpliste et illusoire des relations internationales.
La question du Sahara marocain ne constitue pas, pour l’Algérie, un dossier conjoncturel dépendant d’alliances fragiles en Amérique latine ou ailleurs. Elle s’inscrit dans une logique structurelle, profondément ancrée dans sa doctrine diplomatique depuis 1975, et intimement liée à ses équilibres internes, à la légitimité du régime et à son positionnement régional.
Comparer un événement à caractère pénal et souverain, comme l’affaire Maduro, à un conflit régional vieux de plusieurs décennies est une erreur d’analyse. Les relations internationales ne fonctionnent pas selon une logique de dominos automatiques : la chute d’un allié dans une région du monde n’entraîne pas mécaniquement un revirement stratégique dans une autre, surtout lorsqu’il s’agit d’un dossier perçu comme relevant de la sécurité nationale.
L’Algérie a déjà traversé des périodes d’isolement international bien plus sévères à savoir la guerre civile, les crises économiques majeures, les tensions aiguës avec des partenaires européens, sans jamais remettre en cause sa position sur le Sahara marocain. Il est donc illusoire d’imaginer qu’un événement survenu au Venezuela puisse provoquer un tel basculement.
Le véritable changement se situe ailleurs : dans l’évolution de l’approche onusienne, où le Conseil de sécurité privilégie désormais un règlement politique réaliste, et où l’initiative marocaine d’autonomie s’impose de plus en plus comme le cœur du processus politique, au détriment d’un référendum impraticable de l’aveu même de l’ONU.
Ces évolutions exercent certes une pression diplomatique progressive, mais elles ne contraignent pas l’Algérie à un changement immédiat. Elles ouvrent tout au plus la voie à des ajustements graduels, dépendant de calculs internes et régionaux complexes.
Le danger réel ne réside donc pas dans la position algérienne, mais dans l’illusion d’une victoire facile, fondée sur la chute de tel ou tel dirigeant.
Le Maroc ne gagne pas en pariant sur l’effondrement des autres, mais en consolidant sa légitimité, en renforçant ses alliances et en démontrant que sa proposition est à la fois légitime, réaliste et durable.
La diplomatie sérieuse se construit dans la durée, par l’accumulation patiente des acquis, et non par des événements circonstanciels.





