Culture, entre le conjoncturel et le structurel


Dans une déclaration via ses réseaux sociaux, le jeune Ministre de la Culture, de la jeunesse et des sports a annoncé le lancement imminent d’un programme d’aide exceptionnel à la culture.
 
Celui-ci est d’une part calqué sur les appels à projets annuels dédiés au théâtre, la musique, les arts plastiques, etc. et d’autre part, la perception des droits d’auteurs de l’année précédente auprès du BMDA et un partenariat avec la Fondation Nationale des Musées.
 
Un programme globalement à la hauteur des nombreuses attentes qui prouve encore une fois que la volonté politique est une condition sine qua non d’une dynamique sectorielle, à contrario d’un immobilisme parfois dévastateur pour les professionnels ; qui n’aspirent en fin de compte qu’à pratiquer leur métier.
 
Il faut préciser que ceux-ci sont de deux catégories, stipulées dans la loi de l’artiste et professions artistiques non entièrement entrée en vigueur à ce jour, primo ceux dont c’est l’activité complémentaire et une seconde catégorie largement majoritaire dont c’est l’activité principale.
 
Ayons conscience de l’importance des industries culturelles et créatives en tant que vecteur de développement socioéconomique et leur rôle dans l’éducation si l’on pense en termes de transversalité avec cette vision que la majorité des disciplines sont porteuses de culture à degrés divers.
 
Mis à part ces aspects, parlons de ces hommes et de ces femmes qui en font leur métier, à ces artistes dont c’est l’unique activité source de revenus et qui en de rares exceptions quand ils ne sont pas starisés, sont officiellement décomptés comme des citoyens travaillant dans le secteur informel.
 
Ces professionnels qui forment nos enfants dans les ateliers artistiques, qui travaillent dans les industries de divertissement que nous cherchions désespérément lors de notre confinement, et ces acteurs culturels qui animent nos festivals où les familles sortent un moment oublier les affres du quotidien.
 
Ces comédiens qui amusent la galerie quand ils ne la meublent pas, ces écrivains qui partagent leur imaginaire avec les (trop) rares lecteurs marocains, ces cinéastes qui tentent d’innover à chaque nouvelle production, et ces artistes plasticiens dont les oeuvres décorent nos murs.
 
Aux autres travailleurs de l’ombre, techniciens, producteurs et administrateurs, qui mettent leur savoir-faire au services de projets aussi divers que l’imagination (et les moyens!) de ceux qui les créent ; et à ces musiciens qui nous parlent avec leurs instruments lors des soirées, des galas et des mariages.
 
Sans être exhaustif, il suffit de dire que la majorité de nos artistes et professionnels du secteur font partie des 4,3 millions de ménages qui ont reçu les aides monétaires directes suite à la crise du Covid19 et qu’ils n’ont ni revenu fixe ni pension retraite.
 
Loin du monde numérique, où l’on voit quelques “influençeurs” 2020 prétendre au rang d’artiste, parfois à raison quand il y a une réelle création, les travailleurs du secteur culturel sont en majorité inconnus, quand bien même les projets qu’ils portent le seraient.
 
Souhaitons que se poursuive cette dynamique du nouveau Ministre qui trois semaines après sa nomination annonça la liquidation des arriérés des fonds d’aide 2019 et qui, rappelons-le, a été nommé pour un court mandat il y a à peine deux mois et demi.
 
Nous pouvons toujours soutenir ou critiquer une action, encore faut-il qu’elle existe et nous voyons que pour l’instant c’est le cas ; mais l’heure n’est ni au bilan ni aux débats mais aux actes eu égard aux drames sociaux que vivent la majorité de ces personnes qui font la culture ; notre culture.
 

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