
Le journaliste et chercheur saoudien Abdulaziz Alkhamis, spécialiste de la politique arabe et des affaires du Moyen-Orient, a déclaré sur son compte de la plateforme X que « la finesse de la diplomatie marocaine mérite d’être enseignée après les événements de ces deux derniers jours ». L’expert saoudien a résumé le sens de la diplomatie royale marocaine par une phrase d’une grande portée : « Comment gagner une bataille sans la livrer ? »
Voici le texte intégral de l’analyse perspicace et pertinente que le chercheur saoudien a eu l’amabilité de fournir :
كيف تكسب المعركة دون أن تخوضها؟!
#المغرب #الجزائر https://t.co/XcO6In7l2K— عبد العزيز الخميس (@alkhames) November 1, 2026
« Lors de la dernière session du Conseil de sécurité, Rabat, sous l’égide du roi Mohammed VI, a habilement géré la divergence des positions américaine et russe. Rabat a su tirer profit de cette divergence avec brio, démontrant une profonde compréhension de la diplomatie internationale, du fonctionnement du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale de l’ONU, ainsi que des rouages internes de l’organisation. Le Maroc a transformé le désaccord entre les deux superpuissances en une opportunité de renforcer sa position sur la question du Sahara occidental. Ceci témoigne de la perspicacité d’une nation qui sait exploiter les échecs et les désaccords d’autrui.
Washington cherchait à modifier le mandat de la MINURSO et à renforcer le cadre d’autonomie du Sahara occidental. Moscou, elle, rejeta cette modification et opposa son veto. Elle proposa ensuite à la hâte un projet de résolution visant à maintenir la mission sous sa forme initiale, mais ce projet ne recueillit pas les votes nécessaires. La Russie avait le pouvoir d’empêcher tout changement, mais ne parvint pas à garantir le maintien du statu quo. C’est là que le sens tactique du Maroc se révéla pleinement, une tactique d’une grande efficacité qui constitue un exemple pour tous les acteurs de la politique internationale. (…) Nasser Bourita déclara que Rabat était conscient de la position russe, mais n’avait pas cherché à persuader Moscou de la modifier. Le Maroc y vit plutôt une occasion de repenser les règles régissant la gestion du dossier. Rabat avait anticipé les conséquences du veto. (…) Le Maroc agit avec célérité, détermination et intelligence pour tirer profit de la position russe. Loin de se laisser gagner par la colère, le Maroc géra la situation avec une perspicacité exceptionnelle.
Considérons la situation : si la proposition américaine avait été adoptée, le plan d’autonomie aurait été renforcé et le mandat de la mission aurait été modifié. Mais le Maroc a su tirer profiter du veto russe pour changer les règles du jeu. Désormais, aucune présence internationale n’est assurée au Sahara et la question est entièrement marocaine, tant sur le plan politique qu’en matière de représentation internationale. Le mandat ayant expiré, la présence de l’ONU sur le terrain a pris fin et le processus de démantèlement de la mission onusienne a commencé. Rabat a ainsi bénéficié d’un résultat que ses adversaires espéraient embarrassant. Cette diplomatie témoigne d’une réelle capacité d’adaptation à de multiples éventualités : une diplomatie intelligente, fondée sur la patience, des objectifs clairs et l’aptitude à transformer le soutien politique en influence au sein des institutions internationales. C’est une diplomatie puissante et sophistiquée.
En tant qu’expert politique, je l’interprète ainsi : comment un État gère- t -il intelligemment le jeu international et sait-il obtenir des résultats. Il n’attend pas, ne se lamente pas, ne pleure pas, ne fait pas de vagues, ne profère pas d’insultes ni n’invoque la Palestine, comme ce fut le cas avec le délégué algérien. Non, au contraire, il frappe avec détermination au moment opportun, en ciblant un objectif précis. C’est cela, l’intelligence diplomatique. L’intelligence diplomatique, c’est la capacité de défendre ses intérêts en tant qu’État, et non de brandir des slogans et de déplorer des problèmes qui ne sont pas les siens. L’intelligence consiste à identifier la faille, à l’exploiter et à en tirer profit.
Je conseille aux responsables du dossier Algérie-Polisario de garder une calculatrice à portée de main. Trois voix, aussi bruyantes soient les applaudissements, ne deviendront jamais neuf, comme ce fut le cas pour le dossier américain. Leur problème, c’est qu’ils sont obnubilés par l’obstruction de l’initiative marocaine. Ils croient freiner le Maroc, pour ensuite s’étonner de constater que le Maroc a déjà préparé sa prochaine action. Ils peuvent se réjouir de l’échec du projet, mais la célébration ne relance pas la mission.
J’imagine que vous avez désormais cédé le poste à l’ONU au Maroc, privant ainsi le « Polisario » d’un atout majeur : la présence de cette force (la MINURSO), cette force corrompue, comme l’ont confirmé les déclarations de certains de ses officiers, totalement hostiles aux droits des populations du Sud marocain. Bien sûr, la bataille politique se poursuit et la situation juridique n’est pas encore tranchée, mais ce qui a retenu notre attention, c’est que le Maroc a su tirer profit de la paralysie du Conseil.
Avant de crier victoire, je suggère aux adversaires du Maroc de lire l’intégralité du compte rendu de la séance, car le veto n’est pas une fin en soi. La véritable fin, c’est l’élimination définitive de la MINURSO et la victoire du Maroc.



