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« Kebbarha tesghar » كبرها تصغار : le soir où Rabat a repris l’horloge

Par : Hedi KENDIRE

Par : Hedi KENDIRE 

En proclamant la fin de la Minurso au soir du double veto du 30 octobre, le Maroc a transformé une impasse en décision.

Les explications de vote résonnaient encore à New York quand Rabat a tranché. Le veto russe contre le texte américain, puis le veto américain contre la riposte russe, laissaient la Minurso sans mandat pour le lendemain. Là où d’autres auraient attendu les juristes du Secrétariat, le Cabinet royal a rédigé l’acte de décès : retrait des personnels, des véhicules et des emblèmes « dans les jours qui viennent », sortie du dossier de l’agenda du Conseil, fin des rapports et des briefings. Trente-cinq ans refermés en quelques lignes, et autant de messages.

Une cause existentielle ne se marchande pas

Onze voix soutenaient le texte américain ; un seul vote russe l’a fait tomber. Moscou s’était pourtant abstenue l’an dernier. Entre-temps, rien n’a bougé dans les sables du Sud ; seuls ont bougé les comptes que le Kremlin règle avec Washington, et l’empressement d’Alger à frapper à sa porte. Le communiqué ne nomme personne, et ce silence vaut réponse. Le Sahara, condition même de l’existence du Royaume, ne servira plus de jeton dans la rivalité des puissances.

La fin du Maroc fébrile

Des décennies durant, chaque automne a eu des airs de veillée d’examen : on guettait un adjectif, on célébrait un « crédible », on redoutait une virgule. Vendredi soir, ce Maroc- là s’est effacé. Sans attendre qu’on lui explique la portée du vote, il l’a énoncée le premier. Qui donne le sens d’un événement en devient l’auteur.

Kebbarha tesghar

« Grossis-la, elle rapetissera », dit l’adage. En déclarant clos le processus onusien, Rabat porte l’enjeu à son point d’incandescence pour ramener le conflit à sa vraie taille : un différend régional dont la solution figure dans le dernier texte adopté par le Conseil, la résolution 2797, qu’aucun veto ne peut plus effacer. Les séparatistes perdent la scène annuelle qui les faisait exister ; Alger perd le paravent d’un processus qu’il prétendait servir en le paralysant.

Le tempo et le tiroir

Trente-cinq ans durant, la montre du Sahara était réglée sur New York. Le communiqué inverse la chronologie : il fixe lui-même le délai du retrait, annonce des mesures analogues dans d’autres instances onusiennes et paraît le jour de la première Fête de l’Unité. Le calendrier national supplante le calendrier onusien. Un texte aussi charpenté ne s’écrit pas dans l’heure : il dormait dans le tiroir de la diplomatie marocaine, en attendant que le statu quo coûte plus cher que la rupture. Le vote n’a fait que désigner la porte à ouvrir.

Un risque calculé, sans doute partagé

Sans le veto américain contre le texte russe, la Minurso aurait été reconduite à l’identique. Washington a fermé cette porte en connaissance de cause, jugeant la mission impossible à prolonger sans refonte. Déclaration américaine et communiqué royal s’emboîtent trop exactement pour relever du hasard : tout indique une manœuvre concertée avec les alliés. Le calcul affleure jusque dans la chute du texte, qui rompt sur le terrain politique et réaffirme l’attachement au cessez-le-feu sur le terrain militaire.

Pendant trente-cinq ans, le Sahara a vécu à l’heure d’une horloge étrangère. Depuis vendredi soir, c’est aux autres de se régler sur Rabat.

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