
Par : Mohamed KHOUKHCHANI

En Tunisie, cinq ans après le « coup de force » du 25 juillet 2021, une question s’impose. Le pays qui fut le berceau des Printemps arabes est-il en train de sombrer dans l’autoritarisme, comme le redoutent ses opposants ? La colère gronde dans les rues, confrontée à une réponse sécuritaire et à des crispations géopolitiques inédites.
Le démantèlement des institutions.
Le 25 juillet 2021, le président Kaïs Saïed a déclenché ce que ses opposants qualifient de « coup d’État constitutionnel ». Invoquant l’urgence, il a limogé son Premier ministre, suspendu le Parlement, puis abrogé la Constitution de 2014 et dissous le Conseil supérieur de la magistrature. L’opposition, désunie, peine à s’organiser face à un président qui s’est arrogé les pleins pouvoirs. Le Front de salut national et d’autres formations progressistes sont incapables de présenter un front commun.
Une répression tous azimuts et une économie exsangue.
Depuis 2021, le régime de Kaïs Saïed a emprisonné des dizaines d’opposants, d’avocats et de journalistes, étouffant méthodiquement les voix critiques. Si le président a été réélu en 2024 avec 90% des voix, ce scrutin a été marqué par une participation inférieure à 30%, une performance qui interroge sur sa légitimité populaire réelle.
Sur le plan économique, la situation est catastrophique. La dette publique avoisine les 100% du PIB. Le chômage des jeunes atteint 35%. Les coupures d’électricité et d’eau se multiplient, alimentant la colère sociale. Les libertés, acquises de haute lutte après 2011, ne cessent de reculer. La Tunisie n’est plus l’exception démocratique, mais un régime qui contrôle, réprime et échoue à offrir des perspectives à sa jeunesse.
Le spectre du « protectorat » algérien.
L’isolement international de Kaïs Saïed l’a poussé dans les bras du régime algérien. Des analyses suggèrent qu’Abdelmadjid Tebboune a imposé un véritable protectorat sur la Tunisie. La crainte d’une ingérence algérienne dans les affaires tunisiennes est palpable, notamment après des rumeurs de présence militaire algérienne sur le sol tunisien. Pour l’Algérie, la Tunisie est un « satellite » nécessaire pour maintenir son influence régionale.
Le rapprochement entre Tebboune et Saïed cristallise les critiques. Des manifestations récentes à Tunis dénoncent à la fois le régime et la mainmise algérienne. De nombreux Tunisiens refusent de voir leur souveraineté sacrifiée. La contestation, bien que réprimée, pourrait annoncer un nouveau cycle de soulèvements populaires, rappelant l’esprit de 2011.
Une lueur d’espoir ?
Malgré les sombres perspectives, une opposition, bien que fragmentée, persiste. La jeunesse et la société civile restent vigilantes. L’histoire politique tunisienne, marquée par la résilience et l’aspiration à la liberté, pourrait bien surprendre. Cette mobilisation, si elle se structure, pourrait relancer l’idée d’un avenir démocratique, comme les « Printemps arabes » l’avaient jadis escompté. La route est longue, mais l’étincelle n’est pas encore éteinte.



