
Par: Mohammed EL QANDIL*

Ceux qui écrivent savent que c’est une tâche ingrate !
Plonger la main dans le noir pour en sortir des morceaux de lumière, des étoiles qui rient ou des brins de souvenirs parés de nostalgie, n’est pas de tout repos.
Il faut désobéir aux lois de la ressemblance pour réparer le tort fait aux mots de tous les jours.*
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Il écrivait toujours pour ne rien dire. Pour mettre au clair un silence qui pèse trop sur les mots. Son credo : se faufiler dans les forêts, en tirer les chansons de l’aube, savoir recueillir les premiers jets d’un soleil frère.
Il écrivait pour laisser partir l’émotion, la mettre sous la lune, la pousser à rêver l’oubli comme une passerelle dense de sens.
Jamais il n’a pensé faire plaisir au lecteur d’une nuit. Jamais cru louer les branches de l’ombre qui sertissent son visage.
Seules ses mains à elle s’interposent entre l’insignifiance des mots et la valeur des images.
Elle sait toujours l’arracher au bord de la noyade.
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A 20 ans, il a tout dit. Il a claqué la porte derrière lui. Et il est parti vaquer à ses besoins.
Rien ne justifiait cette perte incommensurable, celle d’une poésie passée par « L’enfer », ranimée par « Les illuminations » … parée d’une gloire révoltée, ayant porté l’Humain très haut, sans avoir à rougir de sa déchéance.
Qu’avait-il fait de cette beauté « assise sur les genoux et injuriée » ? De ce « je » qui ressemble à un « je » et qui est pourtant « un autre » ?
Je ne sais pas !
De ce jeu de miroir sournois et quelque peu orgueilleux, Rimbaud s’en est sorti indemne, laissant les poètes derrière récolter les fruits que seul le génie précoce peut offrir à la vie de tous les jours.
« – Il n’y a pas de mort. Il n’y a que moi qui meurt ! », dit-il à la fin de sa vie.
Seule la grandeur peut avancer de telle affirmation incorrigible.
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« – J’écris pour ne plus avoir de visage. », dit Tahar Benjelloun.
Comme si écrire supposait un visage.
Comme si écrire supposait un effacement total.
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J’écris pour comprendre pourquoi penche la fleur dans le vase, touchée par une rai de lumière.
Pour croire à l’aube le premier, avant que mes semblables ne fassent le pas dans le bruit du jour.
Pour ouvrir un livre et sentir qu’une personne me regarde depuis les lignes noires et m’invite à grandir avec les mots.
Pour traverser les mille routes qui convergent en moi, sans arrêter le nomade que j’ai couvé dès l’enfance.
Pour habiter mieux mon orphelinat dans les yeux de mes enfants.
Pour louer ceux à qui j’appartiens, sans territoire au bout des mains…
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« – Car le beau n’est que le commencement du terrible », dit Rilke.
Tout écrivain digne de ce nom écrit pour conjurer ce « terrible », rendre ce « beau » plus vivable sous le soleil.
Le rendre humain, trop humain.
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Ecrire, c’est héler ceux qui ont entrepris le voyage dans la solitude de l’être. Appelé à leur secours les nuits des temps, les cavernes profondes, les voix qui s’élèvent avec les premières gouttes de pluie.
Que naissent les prairies du sens majestueuses et loyales !
*Poète, chercheur en littérature et arts plastiques /Inspecteur pédagogique



