
Par: ALLAL KHEIREDDINE

Houston suffoquait sous cette chaleur qui colle aux maillots. Pendant quarante-cinq minutes, le Canada a imposé son tempo, sa discipline, cette rudesse des équipes qui n’ont rien à perdre. Et le Maroc, contre toute attente, semblait chercher son souffle plutôt que son jeu. On a vu, l’espace d’une mi-temps, ce que craignent tous les peuples qui ont goûté à la gloire : que la légende se referme sur elle-même, que 2022 devienne un souvenir qu’on ressasse plutôt qu’un socle qu’on prolonge.
Puis il y a eu ce coup franc, cette remise de Hakimi, et Ounahi qui débloque tout d’un geste sec. Le stade a basculé avant même que le ballon touche le fond des filets. Trente-deux minutes plus tard, le même Ounahi, servi par Brahim Diaz, enfonçait le clou. Rahimi, dans les brumes du temps additionnel, refermait la parenthèse. Trois buts qui disent, en creux, une vérité que peu de nations osent assumer : on peut trembler sans se briser.
Car voilà le tour de force marocain, non pas d’ignorer la fragilité, mais de l’habiter comme on habite une maison ancienne, avec ses failles et ses courants d’air, en sachant qu’elle tient debout depuis plus longtemps que ceux qui doutent d’elle. D’autres, sommés de choisir entre l’humilité et la puissance, s’y perdent. Le Maroc a fait de cette tension son style de jeu, et peut-être, plus largement, son style de nation. Il souffre mais ne cède jamais.
Et pendant que Houston exultait, une autre scène se jouait, ailleurs, plus triste qu’hostile. La télévision d’État algérienne n’a rien trouvé de mieux à évoquer que la prétendue misère du voisin reportage après reportage, comme on gratte une plaie pour se convaincre qu’elle saigne encore chez l’autre. Il y a quelque chose de vertigineux dans cette obsession : ne plus avoir d’équipe à célébrer, et choisir, à défaut, de scruter le bonheur d’à côté pour tenter de le ternir. Ce n’est pas de l’hostilité. C’est de la peine, la vraie, celle qu’inspirent les nations qui n’arrivent plus à se raconter que par le prisme du voisin qu’elles jalousent.
Le Maroc, lui, n’a pas de temps pour ce genre de miroir. Il y a quelque chose de plus vaste qui se joue derrière ce score. Un continent entier regarde, et pas seulement pour applaudir un but. L’Afrique, trop souvent sommée d’attendre son tour, trouve dans ces Lions une preuve tangible que la grandeur ne se demande pas, elle se construit, match après match, doute après doute. Le Maroc n’exporte pas un miracle ; il propose un destin, une méthode. Et cette méthode, aujourd’hui, éclaire au-delà de ses propres frontières, pour tous ceux qui cherchent encore la sortie du tunnel.
Que les envieux ressassent leurs vieilles litanies devant leurs caméras. Le temps ne les attend plus. Les Lions, eux, avancent déjà vers Boston et vers cette France ou ce Paraguay qu’ils affronteront, samedi prochain, sans trembler davantage que nécessaire.



