
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Introduction : Un poumon agricole, industriel et laitier aux portes de Meknès.
À quelques encablures de l’effervescence urbaine de Meknès, de Ouislane, de Boufekrane, de Haj Kaddour et de Sebaa Ayoune, se niche une commune rurale qui mérite bien plus qu’une simple étiquette de « zone périphérique ». Sidi Slimane Moul Elkifane – la terre des grottes, des carrières de sable aujourd’hui silencieuses – est pourtant un territoire bouillonnant de vie, de labeur et de générosité.
Avec une population de 20 427 habitants répartis en 5 016 ménages (en hausse de 1 276 personnes par rapport au recensement de 2014), et une superficie totale avoisinant les 33,7 km², cette commune rurale concentre des enjeux démographiques et économiques majeurs pour toute la région Fès-Meknès.
C’est ici que l’École Nationale d’Agriculture (ENA), héritage prestigieux du protectorat, continue de former des ingénieurs agronomes qui façonnent l’avenir agricole du Maroc. C’est ici que la recherche scientifique prospère, que l’Agropole attire des unités industrielles, et que des centaines de travailleurs prennent chaque matin le chemin de leurs emplois, faisant la navette entre résidence et usines.
Mais Sidi Slimane Moul Elkifane, c’est surtout la corbeille à légumes de la région Fès-Meknès. Des tonnes de pommes de terre, d’oignons, de tomates, de poivrons, d’aubergines, de betteraves, de carottes, de salades, de menthe, de persil, de cerfeuil et de coriandre sortent de ses terres fertiles chaque saison. Sans oublier les centaines d’hectares de terrains agricoles « guichs » qui font vivre des familles entières, usufruitières d’un patrimoine qu’elles ne possèdent pas mais qu’elles entretiennent avec abnégation.
À cette production végétale remarquable s’ajoute un secteur d’élevage tout aussi dynamique et essentiel. La commune abrite un important cheptel ovin et bovin, avec de nombreuses vaches laitières dont le lait frais approvisionne les circuits locaux de transformation fromagère et de boisson. L’aviculture y est également florissante : des élevages de poulets de campagne destinés à la viande et à la production d’œufs participent pleinement à l’autosuffisance protéique de toute la zone. Viandes, œufs et lait complètent ainsi la palette des richesses nourricières de ce territoire.
Cette commune est un carrefour nourricier complet, un maillon essentiel de la sécurité alimentaire de toute une région, abritant une population active de plus de 20 000 âmes qui compte sur ces ressources pour survivre et prospérer. Et pourtant, elle est traitée en parent pauvre de l’infrastructure publique.
Un constat amer : des routes indignes d’une zone stratégique.
Comment justifier que des pistes aménagées à la hâte et des voies héritées du protectorat – étroites, cabossées, rapiécées – soient les seuls liens entre les douars producteurs et les marchés urbains ? Aujourd’hui, emprunter les routes de Sidi Slimane Moul Elkifane relève du parcours du combattant.
Les nids-de-poule y battent tous les records. Les véhicules de transport, qu’ils soient des camionnettes de transport des salariés, des camions de légumes ou des camions-citernes de lait, se croisent dans des conditions dangereuses sur des chaussées trop exiguës. Les accotements s’effondrent, les bas-côtés se transforment en bourbiers dès les premières pluies. Les agriculteurs et éleveurs perdent du temps, de l’argent et des produits abîmés par les secousses. Les employés des zones industrielles arrivent éreintés après des trajets chaotiques.
Et que dire de l’éclairage public ? Dans les douars comme sur les axes routiers, l’obscurité est reine dès la tombée de la nuit. Pas de lampadaires, pas de sécurité pour les piétons, pas de visibilité pour les conducteurs. Les accidents sont monnaie courante, et les riverains vivent dans la crainte de sortir après le crépuscule. La signalisation routière, quant à elle, est quasi inexistante. Pas de panneaux indicateurs, pas de balisage, pas de ralentisseurs aux abords des zones habitées. Cette incurie expose chaque jour des vies humaines, alors même que la commune accueille des centaines de travailleurs, d’étudiants et de chercheurs qui méritent le respect de leur sécurité.
Un appel incisif aux responsables : agissez maintenant !
Monsieur le Gouverneur de la province de Meknès, Messieurs les élus locaux, Mesdames et Messieurs les responsables nommés – vous ne pouvez plus ignorer cette situation.
Sidi Slimane Moul Elkifane n’est pas une commune de seconde zone. Elle est le grenier et la ferme de votre région, le berceau de l’excellence agronomique marocaine, et le poumon industriel qui fait tourner une partie de l’économie locale. Laisser ses voies publiques dans un état aussi déplorable, c’est mépriser le travail de milliers d’agriculteurs, d’éleveurs, d’ouvriers, d’ingénieurs et de familles qui font vivre ce territoire au quotidien.
Nous exigeons :
● Un plan d’urgence de réhabilitation du réseau routier, avec élargissement des voies et renforcement du revêtement, pour que les camions de légumes, de bétail et de produits laitiers puissent circuler sans perdre leur cargaison ni leur temps.
● L’installation immédiate d’un éclairage public digne de ce nom sur tous les axes principaux et dans les douars, pour garantir la sécurité des 20 427 habitants et des usagers de passage.
● Une signalisation routière complète et visible, avec des panneaux, des marquages au sol et des dispositifs de ralentissement aux points sensibles.
● Une concertation réelle avec les représentants de la société civile et les professionnels agricoles et d’élevage pour prioriser les travaux en fonction des besoins vitaux.
Le temps des promesses et des rapports oubliés dans les tiroirs est révolu. Les élections locales et les nominations ont placé entre vos mains la responsabilité du bien-être de cette commune. Les habitants de Sidi Slimane Moul Elkifane ne demandent pas l’impossible : ils réclament simplement que leurs routes ne soient plus un obstacle à leur dignité et à leur labeur.
Conclusion : La mémoire des grottes ne doit pas être celle de l’oubli.
Sidi Slimane Moul Elkifane, autrefois terre de carrières, est aujourd’hui terre de vie et d’avenir. Mais cet avenir est hypothéqué par des infrastructures du passé. La route de la prospérité ne peut pas être un chemin de croix.
Nous lançons un appel solennel à toutes les autorités provinciales et locales : sortez de vos bureaux, venez constater par vous-mêmes, et agissez. Le peuple de cette commune, qui nourrit des milliers de Marocains, mérite que l’on nourrisse aussi ses routes de bitume, de lumière et de sécurité.
Il en va de la justice sociale, du développement équilibré et de la reconnaissance de la valeur de ceux qui, chaque jour, font pousser le Maroc de demain.