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Le trône et la montagne – le génie de la complémentarité et la boussole de la libération arabe

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

L’année 1947 a marqué un tournant historique majeur dans la lutte nationale et panarabe. Deux volontés se sont rencontrées pour forger la conscience de la nation et sa doctrine de libération : celle de Sa Majesté le Sultan Sidi Mohammed ben Youssef, qui proclama depuis Tanger, zone internationale, la vision d’un État légitime attaché à la souveraineté et à l’intégrité territoriale ; et celle du leader révolutionnaire Mohammed ben Abdelkrim Al-Khattabi, qui lança du Caire un appel à la lutte globale, rappelant que la liberté ne se donne pas mais s’arrache.

I. Les deux discours en bref.

Le 10 avril 1947, dans les jardins de la Mendoubia à Tanger, le Sultan Mohammed Ben Youssef déclara au monde que « les pays arabes ne forment qu’une seule nation » et que « le peuple qui s’éveille prend conscience de ses droits et suit le chemin le plus efficace pour reprendre son rang ». Un discours souverain, empreint de dignité, qui ne cita jamais la France mais posa les bases juridiques et morales de l’indépendance.

Trois mois plus tard, le 9 juillet 1947, Abdelkrim Al-Khattabi s’adressa à la foule réunie à l’Opéra du Caire, en présence du roi Farouk, de Nahhas Pacha, d’Allal Al-Fassi et de Habib Bourguiba : « Ô fils du Nil, ô petits-fils d’Amr ibn al-As, ô nos frères d’Égypte, terre de l’arabité et de l’islam… Le colonialisme est un, qu’il soit français, espagnol ou anglais. Ce qui a été pris par la force ne se rend que par la force. » Le quotidien Al-Ahram écrivit le lendemain : « Ses paroles n’étaient pas un discours, elles étaient des balles. »

II. Convergences et divergences.

Les deux hommes se rejoignent sur l’essentiel : fin du protectorat, unité territoriale (nationale pour le sultan, maghrébine pour le leader), centralité de la cause palestinienne que Abdelkrim qualifia de « blessure du Rif », et appartenance indéfectible à la nation arabe.

La divergence réside dans la méthode. Le Sultan Mohammed Ben Youssef incarne la légitimité institutionnelle et diplomatique, s’appuyant sur son statut de Commandeur des croyants. Abdelkrim, en exil, libre de toute contrainte protocolaire, incarne la légitimité insurrectionnelle et martèle que la diplomatie sans fusil est vaine.

C’est précisément cette complémentarité qu’Allal Al-Fassi résuma dix ans plus tard, en 1957, devant le Parlement marocain : « Ce jour-là au Caire, j’ai appris de l’Émir Mohammed ben Abdelkrim que la politique sans fusil est comme la prière sans ablutions. » La politique, c’est la voie du trône ; le fusil, la voie de la montagne. Leur union est la clé de la victoire.

III. La dialectique de la plume et du fusil.

Ensemble, les deux discours tracent une feuille de route claire fondée sur trois dimensions :

● Souveraineté pleine et entière : l’indépendance selon le Sultan de l’Empire chérifien est unité territoriale et symbiose trône-peuple ; selon Abdelkrim, elle est un droit qui s’obtient par la force, comme l’a prouvé la bataille d’Anwal.
● Dialectique de la plume et du fusil : « Ne laissez pas la plume vous faire oublier le fusil, ni le fusil vous faire oublier la plume », dit Abdelkrim au Caire. Pas de renaissance sans conscience et savoir, pas de souveraineté sans force qui la protège.
● Sécurité régionale étendue : Abdelkrim avertit : « Si Rabat tombe, Le Caire est menacée. » La sécurité du Maghreb est indissociable de celle du Machrek.

IV. Leçons pour le monde arabe d’aujourd’hui.

Face à l’éclatement des États, aux normalisations avec l’ancien colonisateur, aux guerres asymétriques et à l’impuissance apparente devant les tragédies palestiniennes répétées, les leçons de 1947 restent d’une brûlante actualité.

1. L’union est une nécessité existentielle, non une option politique : Abdelkrim prévenait que la France ne vainquit le Rif qu’en divisant ses tribus. Aujourd’hui, l’absence de solidarité arabe est la brèche par où s’engouffrent les ingérences étrangères.
2. Un droit désarmé se dissipe dans un monde de force : La diplomatie et le droit international (la plume) sont sans valeur sans une force de dissuasion crédible (le fusil). La leçon impose de construire des capacités défensives arabes solides.
3. Communauté de destin et centralité de la Palestine : La cause palestinienne n’a jamais été une affaire régionale. Elle est, comme le rappela le Caire, le cœur de la sécurité nationale arabe, du Golfe à l’Atlantique. Celui qui trahit la Palestine se trahit lui-même.
4. Consolider le front intérieur par la conscience et le bien-être : Comme le traça le discours de Tanger, la véritable libération commence par une société éduquée, en sécurité, jouissant de la tranquillité. Les peuples conscients et unis sont le rempart contre les tentatives de fragmentation.

Conclusion.

Convoquer à la fois la stature du Sultan Mohammed Ben Youssef, la sagesse de sa diplomatie bâtisseuse, et la force du leader Abdelkrim Al-Khattabi, sa vision révolutionnaire tournée vers l’avenir, n’est pas un simple exercice de mémoire. C’est un appel à ranimer l’esprit de dignité et de fierté dont la nation arabe a cruellement besoin aujourd’hui. C’est une invitation explicite à réunir la plume, dans les salles de planification et de construction, et le fusil, aux postes de défense et de souveraineté, afin que la nation arabe vive libre et digne, dans la quiétude et le bien-être, comme le scellait Abdelkrim : « Soit une vie qui réjouit l’ami, soit une mort qui irrite l’ennemi. »

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