
Par: Mohamed KHOUCHCHANI

Une commune prospère mais martyrisée par l’absence de routes dignes de ce nom.
Au sud-est de la cité impériale de Meknès s’étend la commune rurale de Sidi Slimane Moul Al Kifane, terre fière de la tribu des Mejjat. Cette commune, riche de ses activités agricoles et industrielles, devrait être un modèle de développement local. Pourtant, ses habitants, courageux agriculteurs et éleveurs, vivent aujourd’hui un véritable calvaire quotidien. Leurs routes, artères vitales pour l’économie et les déplacements, sont devenues des pièges mortels. Et ce n’est pas tout : l’absence criante de réseaux électriques modernes et d’éclairage public plonge la population dans une obscurité propice aux dangers et à l’insécurité.
Un réseau routier exsangue, à l’exception de quelques tronçons.
À l’exception du tronçon reliant Meknès à Haj Kadour et de la portion traversant Oued Ouislane vers l’est en direction de la route nationale Fès/Meknès, l’ensemble du réseau routier communal est dans un état déplorable. Les voies menant depuis Haj Kadour vers les communes voisines de Boufekrane, Sebaâ Ayoun et Ouislane sont pratiquement impraticables. Leur étroitesse chronique, conjuguée à l’afflux massif de poids lourds qui les empruntent quotidiennement, les transforme en véritables coupe-gorge.
Pourquoi cette densité de camions ? Parce que la commune vit de l’agriculture. Ses habitants cultivent avec labeur des légumes – oignons et pommes de terre en tête – ainsi que des arbres fruitiers : oliviers, vignes, pêchers, poiriers et pommiers. Cette prospérité agricole nécessite le transport des récoltes, mais les infrastructures n’ont jamais été conçues pour supporter un tel trafic.
La route tertiaire Haj Kadour – Ouislane : un axe saturé et dangereux.
Le tronçon reliant Haj Kadour à Ouislane subit une pression intolérable. Chaque jour, des camionnettes de transport du personnel acheminent les travailleurs de Meknès, Ouislane et Boufekrane vers les usines de la zone industrielle dit l’agropole de la commune. Ils croisent une armada de camions poids lourds transportant les récoltes ou les débris de constructions, sans oublier les innombrables véhicules particuliers des habitants ou des riverains.
La situation est d’autant plus alarmante que la partie récemment bitumée de cette route ne comporte aucun signalement, aucun marquage, aucun dispositif de ralentissement. L’absence totale de panneaux de limitation de vitesse, de ralentisseurs et de marquage au sol est une invitation à la catastrophe. Les véhicules de toutes catégories roulent à tombeau ouvert, causant des accidents graves, parfois mortels, qui endeuillent régulièrement les familles de la commune.
L’autre partie de la route : un champ de mines à ciel ouvert.
Quant aux portions non bitumées de cette même route, parsemées de nids d’ornières et de crevasses béantes, elles sont dans un état pitoyable. Ces chemins traversent de nombreux douars où les maisons d’habitation jouxtent la chaussée. Piétons, enfants jouant au bord de la route, troupeaux en transhumance – tous sont exposés à des risques permanents. Le moindre déplacement devient une épreuve de courage, surtout la nuit, en l’absence totale d’éclairage public.
Une double peine : routes défectueuses et absence d’électricité et d’éclairage public.
Le paradoxe est cruel et insupportable : ici, on produit des légumes et des fruits pour nourrir le pays, mais ceux qui cultivent ces richesses risquent leur vie chaque matin pour rejoindre leurs champs ou leurs usines ou autres lieux de travail. Les routes ne sont pas les seules à souffrir. L’absence de réseaux électriques modernes et d’éclairage public plonge des douars et quartiers entiers dans l’obscurité, favorisant les accidents de la route, les chutes, mais aussi l’insécurité. Les femmes et les enfants sont les premières victimes de cette pénombre quotidienne.
Appel solennel aux pouvoirs publics : une question de justice et de dignité.
Nous interpellons ici toutes les bonnes volontés, les élus, les autorités locales et centrales, ainsi que l’opinion publique : la commune de Sidi Slimane Moul Al Kifane, terre généreuse des Mejjat, ne demande pas la lune. Elle réclame simplement des routes sûres pour ses enfants, des éclairages publics pour sécuriser ses nuits, des liaisons électriques fiables pour développer ses activités et, enfin, des dispositifs de ralentissement sur les portions dangereuses pour sauver des vies.
Combien de drames faudra-t-il encore avant qu’une âme charitable ne vienne au secours de cette commune surpeuplée, dévouée à l’agriculture et à l’élevage, mais abandonnée par les services publics ? La vie des Mejjat n’a-t-elle pas la même valeur que celle des citadins ? Le Maroc se doit d’être présent partout, et d’abord là où la vie est dure et où les habitants, par leur travail acharné, font pourtant la richesse du pays.
Une intervention rapide pour sauver cette zone périurbaine n’est pas une faveur. C’est une question de justice, de sécurité et de dignité humaine. L’heure n’est plus aux promesses, mais aux actes concrets. Les habitants de Sidi Slimane Moul Al Kifane attendent, avec une impatience légitime, que leur souffrance soit enfin entendue et qu’il y soit mis urgemment un terme.




