
Par: Marco BARATTO *

Dans un contexte de crise énergétique mondiale, l’Italie a adopté une approche résolument pragmatique : garantir ses intérêts nationaux tout en redéfinissant son rôle diplomatique. Le renforcement des relations avec l’Algérie illustre parfaitement cette stratégie, qui repose sur un double objectif : sécuriser les approvisionnements en gaz et accroître l’influence de Rome en Méditerranée.
L’accord énergétique entre les deux pays ne se limite pas à une augmentation des flux. Il s’inscrit dans une vision structurelle, fondée notamment sur le développement du gaz de schiste et l’exploration offshore. L’Algérie dispose de réserves considérables, capables de transformer durablement les équilibres énergétiques européens.
Mais au-delà de l’énergie, c’est sur le plan diplomatique que l’évolution italienne est la plus significative. Sur la question du Sahara occidental, Rome adopte une position différente de celle de plusieurs partenaires européens. Là où certains pays ont pris parti, l’Italie privilégie une approche plus nuancée.
Les déclarations de Giorgia Meloni, évoquant une solution “durable, soutenable et mutuellement acceptable”, traduisent cette volonté. En s’appuyant sur l’“acquis des Nations Unies”, l’Italie inscrit sa position dans le cadre du droit international, tout en évitant un alignement explicite.
Cette stratégie émerge également à travers des canaux diplomatiques moins visibles. L’ambassade italienne à Rabat, par exemple, maintient un dialogue constant avec le Maroc. Emblématique est la déclaration, non démentie, de soutien à la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Il s’agit d’un signal subtil mais significatif, typique de la diplomatie, où les ambassades jouent souvent un rôle d’avant-garde, laissant aux gouvernements une marge de flexibilité.
Cette posture peut être définie comme une “neutralité active”. Il ne s’agit pas d’une simple absence de position, mais d’une stratégie qui permet à l’Italie de dialoguer avec toutes les parties concernées. Cette flexibilité est essentielle dans une région marquée par des tensions géopolitiques complexes.
En définitive, l’Italie cherche à concilier ses besoins énergétiques avec une ambition géopolitique plus large. La neutralité active devient ainsi un outil stratégique, permettant à Rome de renforcer sa crédibilité internationale tout en préservant ses intérêts.
* Marco Baratto, essayiste italien, auteur du livre « Le défi de l’Islam en Italie »





