
Par: Marco BARATTO

Face aux menaces sécuritaires rapides et hybrides, l’Europe se trouve aujourd’hui à un moment décisif. Terrorisme international, criminalité organisée, cybermenaces et réseaux transnationaux exigent des réponses nouvelles et plus coordonnées. Dans ce contexte, l’idée de créer une véritable intelligence européenne gagne progressivement du terrain dans les débats stratégiques.
Actuellement, la coopération entre les services de renseignement européens existe déjà, mais elle repose principalement sur des accords entre États. Chaque pays conserve ses propres structures, ses méthodes et ses priorités. Cette fragmentation limite parfois la rapidité et l’efficacité de la réponse face à des menaces qui, elles, dépassent largement les frontières nationales.
Pour de nombreux experts, la création d’une intelligence européenne ne signifie pas remplacer les services nationaux, mais plutôt construire une structure capable de coordonner les informations, d’améliorer l’analyse stratégique et de renforcer la coopération opérationnelle.
Dans cette perspective, plusieurs expériences nationales pourraient jouer un rôle déterminant dans la construction d’un tel système.
La Roumanie, par exemple, possède une longue tradition dans le domaine du renseignement et de la sécurité. Au cours de son histoire, le pays a développé des structures sophistiquées de collecte et d’analyse des informations. Cette expertise, modernisée et adaptée aux standards démocratiques actuels, pourrait contribuer à la formation d’une véritable école européenne du renseignement.
L’Espagne, quant à elle, dispose d’une expérience opérationnelle particulièrement riche dans la lutte contre le terrorisme. Pendant des décennies, les autorités espagnoles ont dû faire face au terrorisme de l’ETA, développant des méthodes avancées d’enquête, de coordination entre services et de coopération internationale.
Après les attentats de Madrid en 2004, cette expérience s’est encore renforcée. L’Espagne a investi dans l’amélioration de ses capacités de renseignement et dans la coopération avec ses partenaires européens et internationaux.
Mais l’un des exemples les plus significatifs de coopération sécuritaire reste celui qui unit l’Espagne et le Maroc. Les services de sécurité marocains ont démontré ces dernières années une grande efficacité dans la lutte contre les réseaux terroristes et criminels opérant en Afrique du Nord et en Méditerranée.
La coopération entre les services marocains et espagnols a permis de prévenir plusieurs menaces et de démanteler des réseaux terroristes transnationaux. Ce partenariat montre que la sécurité européenne ne peut être envisagée uniquement dans un cadre strictement continental.
Une intelligence européenne moderne devrait donc reposer sur plusieurs piliers complémentaires : l’expertise analytique et stratégique de certains pays d’Europe de l’Est, l’expérience opérationnelle acquise par des pays comme l’Espagne, et la coopération étroite avec des partenaires clés du voisinage méditerranéen, notamment le Maroc.
Dans un monde où les menaces évoluent rapidement et où les réseaux criminels et terroristes agissent à l’échelle globale, seule une approche fondée sur la collaboration, le partage d’informations et l’expérience commune pourra garantir une sécurité durable.
La construction d’une intelligence européenne ne serait pas seulement un projet institutionnel. Elle représenterait aussi un pas important vers une Europe plus capable de protéger ses citoyens et de défendre ses valeurs face aux défis du XXIe siècle.



