
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Chaque année, le mois de Ramadan vient rappeler aux musulmans du monde entier l’importance de la piété, de la maîtrise de soi et du retour à l’essentiel. Mais si ce mois sacré est un temps de grâce du premier au dernier jour, ses dix dernières nuits possèdent une aura toute particulière. Au Maroc comme ailleurs dans le monde islamique, cette période marque l’apogée d’une quête spirituelle, où le croyant redouble d’efforts pour se rapprocher de son Créateur.
Le Ramadan est l’un des cinq piliers de l’Islam. Son rythme annuel contraste avec l’obligation quotidienne des cinq prières, offrant aux fidèles une occasion unique de réinitialiser leur relation avec Dieu. Mais dans l’imaginaire et la pratique du musulman, les dix derniers jours ne sont pas une simple fin de cycle : ils sont le summum de ce mois de purification.
C’est en effet durant cette période que les mosquées du Royaume, habituellement fréquentées par les plus assidus, se remplissent de foules venues de tous horizons. Hommes, femmes, jeunes et moins jeunes s’y pressent pour accomplir les prières surérogatoires, notamment les tarawih après la prière d’Al Icha, et le tahajoud dans le silence profond de la nuit, avant l’appel à la prière de l’aube. Ces gestes, multipliés avec ferveur, ne sont pas de simples rites : ils sont l’expression d’un désir profond de cumuler les hassanates (récompenses divines) et de purifier son cœur.
Mais ce qui donne à ces nuits leur dimension la plus mystique, c’est la recherche de la Nuit du Destin (Laylat Al-Qadr). Une nuit que le Coran décrit comme « meilleure que mille mois ». Une nuit où, selon la tradition, le sort de chaque créature est scellé pour l’année à venir, et où la prière, la lecture du Coran et l’invocation pèsent d’un poids incommensurable dans la balance des œuvres.
Aujourd’hui, alors que nous entamons ce dernier tiers du Ramadan, l’effort s’intensifie. On observe une frénésie calme et pieuse : les séances de lecture et de psalmodie du Livre sacré se multiplient. Dans les foyers, dans les quartiers, dans les mosquées, c’est une course contre la montre, mais une course spirituelle, une émulation dans le bien. Chaque musulman espère que sa foi sera assez sincère pour que l’une de ces nuits impaires, celle du 21, du 23, du 25, du 27 ou du 29e jour, soit pour lui cette nuit bénie.
Cet élan collectif est une formidable illustration de la vitalité de la foi au Maroc. Il montre que, au-delà des contraintes du quotidien, le besoin de transcendance et de sens reste profondément ancré. Les dix derniers jours du Ramadan sont ainsi bien plus qu’une tradition : ils sont une école de patience, de dévotion et de fraternité. Ils nous rappellent que l’homme a soif d’infini, et que c’est souvent dans le secret de la nuit et la fatigue du corps que l’âme trouve son repos.
Puissions-nous tous, en ces jours bénis, trouver la force de donner le meilleur de nous-mêmes. Puissions-nous atteindre cette nuit d’exception et en recueillir les fruits, pour nous-mêmes et pour ceux que nous aimons.
Heureux sont ceux qui saisissent cette occasion pour écrire les plus belles lignes de leur vie spirituelle.




