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Les dimanches d’Aziz DAOUDA. Mais où sont passés nos ministres et leurs départements pléthoriques ?

Quand l’État opérationnel supplée un gouvernement silencieux

Par: Aziz DAOUDA

Les récentes inondations ont offert une démonstration éclatante de l’efficacité de l’appareil sécuritaire et territorial marocain. Sur hautes instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les agents du ministère de l’Intérieur, les éléments des Forces Armées Royales et les différentes forces d’intervention ont, en quelques heures à peine, mobilisé des moyens humains et logistiques impressionnants. Près de 180.000 personnes ont été évacuées, transportées et relogées hors des zones sinistrées avec une célérité qui a forcé l’admiration, y compris à l’étranger. Au Portugal, par exemple, où certains observateurs ont salué la promptitude marocaine, des députés ont houleusement interpelé le gouvernement pour sa gestion des inondations connus par le pays, sommant  celui-ci de prendre exemple sur la gestion de crise par les Marocains.

Mais derrière cette efficacité indéniable se cache une question dérangeante : où étaient les autres ministres et leurs départements pléthoriques ? Notamment ceux en charge des questions sociales et de solidarité.

Le gouvernement marocain ne se résume pas aux départements régaliens seulement. Il compte de nombreux ministères officiellement chargés des affaires sociales, de la solidarité, de l’inclusion, de la famille, de la cohésion territoriale ou encore de la lutte contre la précarité. Or, une fois de plus, ces départements ont brillé par leur absence. Pas d’initiatives notoires. Pas de mesures visibles. Pas même une communication rassurante. Le silence comme seule réponse à l’angoisse des sinistrés et à la curiosité justifiée des citoyens.

Ce n’est pas un épisode isolé. Lors de la pandémie de la Covid-19, déjà, l’essentiel de la réponse avait reposé sur l’architecture sécuritaire et sur des mécanismes exceptionnels impulsés au plus haut niveau de l’État. Lors du séisme d’El Haouz, même scénario : mobilisation remarquable des forces de secours et de l’administration territoriale, mais mutisme inquiétant de plusieurs départements supposés incarner la solidarité nationale.

Cette répétition interroge. Elle remet en cause non seulement la performance du gouvernement actuel, mais aussi l’architecture même de nos gouvernements successifs. À quoi sert une inflation de ministères si, dans les moments critiques, ils sont invisibles ? À quoi bon multiplier secrétariats d’État, agences rattachées et départements thématiques si leur impact réel est indétectable lorsque le pays traverse une épreuve ?

Le débat n’est pas idéologique ; il est budgétaire et éthique. Chaque ministère, chaque cabinet, chaque direction centrale représente des salaires, des véhicules, des locaux, des frais de fonctionnement. Lorsque ces structures n’apportent pas de valeur ajoutée mesurable, elles deviennent budgétivores. Elles absorbent des ressources publiques sans retour tangible pour le citoyen.

Certains évoquent avec provocation la “tronçonneuse” du président argentin Javier Milei. Il ne s’agit évidemment pas de copier des modèles étrangers de manière caricaturale et particulièrement pas celui-là. Mais la question de la rationalisation de l’appareil gouvernemental mérite d’être posée avec sérieux. Un gouvernement efficace n’est pas un gouvernement hypertrophié, colossal ; c’est une formation cohérente, resserrée, responsable, efficace.

Au-delà du symbole, il y a un enjeu macroéconomique. Un fonctionnaire ou un haut responsable payé sans production mesurable contribue mécaniquement à une dépense publique improductive. Or, lorsque la dépense publique augmente sans création de richesse correspondante, elle alimente les déséquilibres, la pression fiscale et, in fine, l’inflation. Distribuer des revenus financés par l’impôt ou par la dette à des structures qui ne produisent ni services tangibles ni efficacité sociale, c’est fragiliser le pouvoir d’achat des citoyens que l’on prétend protéger. Une contradiction inacceptable, injuste. Dieu sait que le sujet est sensible. Le citoyen marocain n’est pas content des hausses des prix et de la dégradation de son pouvoir d’achat érodé.

À l’approche des élections de septembre prochain, les partis politiques ne peuvent plus se contenter de promesses sectorielles et de catalogues de programmes sociaux. Ils doivent s’engager sur une réforme de l’architecture gouvernementale elle-même : réduction du nombre de départements, clarification des compétences, obligation de résultats, évaluation publique des performances.

Le prochain chef du gouvernement, enfin tout ceux qui aspirent à le devenir, devrait annoncer clairement leurs visions : combien de ministères ? Avec quelles missions précises ? Selon quels indicateurs de performance ? Et surtout : avec quelle responsabilité politique en cas d’inaction lors des crises ?

Il est temps de rompre avec la logique de satisfaction des équilibres partisans au détriment de l’efficacité publique. Multiplier les postes pour satisfaire des coalitions ne peut plus être financé par le contribuable et impunément sans contrepartie réelle. Chaque dirham public doit être justifié.

La mobilisation exemplaire des forces d’intervention prouve que l’État marocain sait agir avec rigueur et rapidité lorsque la chaîne de commandement est claire et la responsabilité assumée. Le gouvernement, lui, doit désormais prouver qu’il peut exister autrement que par son organigramme.

Aux citoyens, enfin, revient une part de responsabilité. Voter ne devrait pas seulement être un acte d’adhésion à des slogans, mais un choix rationnel en faveur d’une gouvernance sobre, efficace et responsable. L’enjeu dépasse la conjoncture : il concerne la soutenabilité de nos finances publiques et la crédibilité de notre modèle institutionnel.

La question reste donc posée, simple et implacable : dans les moments où la nation est en face d’une grande difficulté comme c’est le cas aujourd’hui: qui agit vraiment, qui se la coule douce, se contente d’exister sur le papier et d’engranger salaires et avantages sans raison?

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