
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Au Maroc, les efforts consentis depuis plusieurs années pour s’extraire du cercle des pays de même gabarit et rivaliser avec des États développés sont indéniables. Cette ambition se manifeste dans plusieurs domaines stratégiques, mais elle trouve dans le sport, et plus particulièrement dans le football, une illustration éclatante. Toutes catégories d’âge confondues, le Maroc a fait le choix d’un projet structuré, fondé sur la formation, la discipline, l’investissement et la vision à long terme.
Les résultats sont là. Sur les pelouses internationales, les sélections marocaines ne se contentent plus de participer : elles s’imposent. Lors de la Coupe du monde organisée au Qatar, le Maroc a battu des nations historiquement dominantes telles que l’Espagne, le Portugal ou la Belgique. Dans les catégories de jeunes, les victoires face à des équipes comme celles des États-Unis ou du Brésil (U20) confirment que la performance marocaine n’est ni accidentelle ni conjoncturelle.
Lors de la CAN 2025, le Maroc a atteint la finale face au Sénégal. Un match décisif marqué, selon de nombreux observateurs, par des pratiques et des décisions controversées, contraires à l’esprit et parfois à la lettre des règlements, sous le regard des responsables de la CAF et de dirigeants de la FIFA. Sur le plan sportif, les Lions de l’Atlas ont livré une prestation honorable, disciplinée et combative. Sur le plan extra-sportif, en revanche, le Maroc a subi un revers majeur : l’échec médiatique.
Le sport comme champ géopolitique
Le football moderne n’est plus un simple jeu. Il est devenu un instrument de soft power, un espace d’affrontement symbolique entre États, fédérations et sphères d’influence. Les grandes compétitions africaines et internationales sont aussi des terrains où se jouent des rapports de force politiques, économiques et médiatiques.
Dans ce contexte, certains pays et leurs relais médiatiques maîtrisent parfaitement les codes de la communication offensive : construction de récits favorables, banalisation des décisions contestables, diabolisation de l’adversaire, répétition de contre-vérités jusqu’à leur transformation en « vérité médiatique ». Le Maroc, lui, reste trop souvent prisonnier d’une communication défensive, fragmentée et tardive.
Le vrai échec : l’absence d’un front médiatique national
Le véritable revers marocain ne réside ni dans la qualité de l’organisation, ni dans la performance des joueurs, ni dans le comportement exemplaire des supporters. Il se situe dans l’incapacité des médias nationaux à mener un combat médiatique à la hauteur des enjeux.
Les médias marocains n’ont pas su opposer un discours structuré, argumenté et audible aux attaques, parfois malveillantes, de la presse des détracteurs, des adversaires sportifs et, dans certains cas, des ennemis politiques du Maroc. Ils n’ont ni imposé un narratif alternatif ni défendu efficacement la légitimité des performances marocaines.
Or, les trophées ne se gagnent plus uniquement par la maîtrise technique sur le terrain. Ils se consolident aussi dans l’opinion publique, dans les salles de rédaction, sur les plateaux télévisés et les réseaux d’influence. À ce niveau, la responsabilité des médias nationaux est centrale.
Un rendez-vous manqué avec l’Histoire sportive africaine
Le Maroc a gagné son pari footballistique : infrastructures modernes, gouvernance fédérale renforcée, entraîneurs compétents, joueurs disciplinés et combativité reconnue. Il a également gagné le soutien populaire et le respect de nombreux observateurs internationaux.
Mais il a manqué un rendez-vous crucial avec l’Histoire : celui de l’affirmation médiatique dans le sport africain et mondial. Cette tribune se veut moins une condamnation qu’un appel lucide à une refondation du paysage médiatique sportif marocain.
Sans une stratégie médiatique nationale cohérente, offensive et professionnelle, les succès sportifs resteront vulnérables aux récits hostiles et aux manipulations.



