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Le Maroc, artisan discret mais décisif de la paix au Moyen-Orient

Par: Marco Baratto

Par: Marco BARATTO *

Au Moyen-Orient, région marquée par des conflits prolongés et des équilibres fragiles, le Maroc s’est imposé comme un acteur singulier, capable de concilier principes fermes et pragmatisme diplomatique. L’invitation adressée à Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour rejoindre, en tant que membre fondateur, le futur Conseil de Paix initié par les États-Unis vient consacrer un rôle que Rabat joue depuis longtemps, souvent loin des projecteurs.

Le Royaume du Maroc a toujours affirmé que la cause palestinienne est une cause nationale. Cette position, constante et sans ambiguïté, s’est traduite par un soutien politique, humanitaire et institutionnel au peuple palestinien, ainsi que par l’engagement personnel du Souverain en tant que Président du Comité Al-Qods. La défense du statut de Jérusalem et la protection de ses lieux saints constituent des piliers de la diplomatie marocaine.

Cependant, le Maroc a refusé de se limiter à une approche purement déclarative. Conscient que les populations civiles paient le prix le plus lourd des conflits, Rabat a privilégié l’action concrète. C’est dans cet esprit que des aides humanitaires marocaines ont pu transiter par l’aéroport Ben Gourion pour atteindre les territoires palestiniens. Une initiative hautement symbolique et politiquement sensible, rendue possible grâce à la crédibilité et à la confiance dont jouit le Maroc auprès de toutes les parties concernées.

Parallèlement, le Royaume s’est illustré par une diplomatie discrète mais efficace dans la gestion de crises régionales. L’exemple du pont Allenby, également appelé pont Roi Hussein, est révélateur. Unique point de passage direct entre la Jordanie et la Cisjordanie, ce pont est un enjeu stratégique et humain majeur. À plusieurs reprises, des tensions entre Israël, la Jordanie et les autorités palestiniennes ont menacé son fonctionnement, avec des conséquences immédiates pour des milliers de personnes.

Dans ces moments critiques, le Maroc est intervenu en facilitateur silencieux. Grâce à ses relations équilibrées avec Israël, la Jordanie et l’Autorité palestinienne, Rabat a contribué à désamorcer les tensions et à favoriser des solutions pratiques, permettant le maintien ou la reprise du passage. Ces interventions n’ont pas fait la une des médias, mais leur impact sur la stabilité locale a été réel et durable.

Cette capacité d’action repose sur un atout rare : la confiance multilatérale. Le Maroc n’est perçu ni comme une puissance imposant ses vues ni comme un acteur idéologiquement aligné. Il est reconnu comme un partenaire fiable, animé par une vision à long terme de la paix et de la stabilité régionales.

L’engagement du Maroc dans le futur Conseil de Paix s’inscrit dans cette continuité. Il traduit la reconnaissance internationale d’un modèle diplomatique fondé sur la coopération pratique, l’action effective et la recherche de résultats tangibles. Dans un contexte où les initiatives de paix échouent souvent faute de crédibilité ou de suivi, l’expérience marocaine offre une alternative crédible.

En combinant soutien indéfectible à la cause palestinienne, dialogue avec Israël et médiation discrète dans les crises régionales, le Maroc s’affirme comme un artisan de paix incontournable. Une paix construite non pas dans le bruit des déclarations, mais dans la constance des actes et la sagesse d’une diplomatie tournée vers l’avenir.

* Essayiste et analyste politique italien

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