
Par: Marco BARATTO *

L’initiative du gouvernement de la République démocratique du Congo visant à financer la formation de 200 professionnels de santé au Royaume du Maroc constitue un signal important de transformation dans les relations intra-africaines et dans le développement des capacités sanitaires du continent. Le programme concerne 90 infirmiers, 60 médecins et 50 sages-femmes, répartis en trois groupes, avec pour objectif de renforcer les compétences en assistance préhospitalière et dans la prise en charge des urgences hospitalières. Il s’agit d’un investissement stratégique qui ne concerne pas seulement la formation technique, mais également la construction d’un système de santé plus résilient, capable de répondre rapidement aux crises et de garantir un accès plus équitable aux soins.
Ce projet s’inscrit dans le cadre plus large de l’initiative Universal Health Coverage (UHC) et du programme Blue Star, deux initiatives qui visent à améliorer la couverture sanitaire et la gestion des urgences dans le pays. Dans de nombreuses régions de la République démocratique du Congo, les difficultés logistiques, les grandes distances et le manque d’infrastructures rendent l’assistance d’urgence particulièrement complexe. Renforcer la formation des professionnels de santé signifie donc réduire les délais d’intervention, améliorer la qualité des soins et sauver davantage de vies.
L’un des aspects les plus intéressants de cette initiative est la dimension de la coopération intra-africaine. Pendant des décennies, le développement sanitaire africain a été fortement lié à la coopération avec l’Europe, l’Amérique du Nord ou les organisations internationales. Cependant, ces dernières années, un modèle différent s’affirme progressivement : les pays africains collaborent de plus en plus entre eux en partageant compétences, structures et programmes de formation. Le Maroc, qui a beaucoup investi ces dernières années dans la modernisation de son système de santé et dans la formation médicale, est devenu un pôle régional capable d’accueillir et de former des professionnels provenant d’autres pays africains. Ce type de coopération renforce l’autonomie du continent et contribue à la création de réseaux professionnels africains.
Cette évolution remet également en question certaines narrations traditionnelles sur l’Afrique. Trop souvent, le continent est présenté presque exclusivement comme un bénéficiaire d’aides internationales, incapable de faire face seul à ses défis. En réalité, des exemples comme celui de la formation sanitaire au Maroc montrent un continent en mouvement, capable de développer ses propres solutions et de renforcer ses institutions. L’Afrique n’est plus seulement un objet de coopération internationale, mais devient de plus en plus un acteur qui définit ses propres stratégies et priorités.
Cela ne signifie pas que les relations avec ce que l’on appelle le « Nord global » n’aient plus d’importance. Au contraire, des facteurs économiques, financiers et géopolitiques continuent d’influencer profondément les dynamiques de développement africaines. De nombreux pays africains dépendent encore d’investissements extérieurs, de prêts internationaux ou de l’accès aux marchés mondiaux pour financer leurs infrastructures et leurs services publics. Dans ce contexte, les intérêts économiques et politiques des pays les plus riches peuvent parfois orienter ou conditionner certaines décisions de développement. Toutefois, la coopération croissante entre pays africains représente une tentative de rééquilibrer ces rapports et de renforcer la capacité de décision du continent.
Un autre élément central de la réflexion concerne le rôle des diasporas africaines. Des millions d’Africains vivent aujourd’hui en Europe, en Amérique du Nord ou dans d’autres régions du monde. Beaucoup d’entre eux ont acquis des compétences professionnelles, des diplômes de haut niveau et une expérience de travail importante. De plus en plus de gouvernements africains considèrent cette diaspora non plus comme une perte définitive de capital humain, mais comme une ressource stratégique. À travers des programmes de coopération, des investissements ou le transfert de compétences, ces professionnels peuvent contribuer au développement des pays d’origine.
Dans ce contexte, on parle de plus en plus d’une possible « migration de retour ». Il ne s’agit pas nécessairement d’un retour massif et permanent, mais plutôt d’un phénomène progressif dans lequel des professionnels de la diaspora choisissent de revenir dans leur pays ou d’y établir des liens professionnels plus étroits. Cela peut se traduire par la création d’entreprises, la participation à des programmes de formation ou encore par le transfert de compétences dans les systèmes de santé, d’éducation ou dans les secteurs technologiques.
Si ce processus devait s’intensifier dans les prochaines décennies, il pourrait avoir des effets importants tant pour l’Afrique que pour les pays du Nord. Pour l’Afrique, cela signifierait récupérer une partie du capital humain qui avait émigré par le passé, accélérant ainsi le développement économique et institutionnel. Pour les pays du Nord, cela pourrait représenter un défi, notamment dans des secteurs où la demande de travailleurs qualifiés est déjà très forte, comme la santé ou la technologie.
Il est toutefois important d’éviter des visions trop simplistes. Les dynamiques migratoires dépendent de nombreux facteurs : les opportunités économiques, la stabilité politique, la qualité des institutions, l’accès aux services publics et les perspectives de carrière. Pour que la migration de retour devienne une réalité significative, les pays africains devront continuer à investir dans les infrastructures, la gouvernance et les opportunités professionnelles.
En conclusion, la formation de ces 200 professionnels de santé congolais au Maroc est bien plus qu’un simple programme de formation. Elle représente un exemple concret de la manière dont le continent africain construit de nouvelles formes de coopération, renforce ses capacités et redéfinit progressivement sa place dans le système international. Des initiatives comme celle-ci n’effacent pas toutes les difficultés, mais elles indiquent clairement une direction : celle d’une Afrique de plus en plus capable de développer ses propres solutions, de valoriser son capital humain et de bâtir son avenir grâce à la coopération entre ses pays et avec sa diaspora à travers le monde.
* Essayiste et analyste politique italien




