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Yennayer au Maroc : la preuve qu’un État arabo-musulman peut assumer sa diversité

Par: Marco BARATTO

Par: Marco BARATTO *

La décision du Maroc de proclamer Yennayer, le Nouvel An amazigh, fête nationale officielle et rémunérée constitue un événement politique et culturel majeur dans le monde arabo-musulman. Elle démontre qu’un État peut affirmer son identité islamique et arabe tout en reconnaissant pleinement la pluralité culturelle qui le compose.

Par le décret royal désignant le 14 janvier comme jour férié, le Maroc consacre l’amazighité comme un pilier fondamental de la nation. Cette reconnaissance ne surgit pas de nulle part : elle s’inscrit dans une trajectoire claire, amorcée par le discours royal d’Ajdir en 2001 et consolidée par la Constitution de 2011, qui érige l’amazigh au rang de langue officielle.

Dans une région marquée par des tensions identitaires, cette décision tranche avec des décennies de marginalisation vécues par les populations amazighes dans plusieurs pays nord-africains. En Algérie, le Printemps berbère de 1980, suivi du Printemps noir de 2001, a montré combien le refus de reconnaître une identité culturelle peut conduire à la violence et à la rupture entre l’État et la société.

Le Maroc a choisi une autre voie. Celle de l’intégration plutôt que de la négation. Celle du dialogue institutionnel plutôt que de la répression. Reconnaître Yennayer, ce n’est pas fragmenter la nation, mais l’unifier autour d’une mémoire partagée et assumée.

Ce choix envoie également un message fort au monde musulman : l’islam n’est pas incompatible avec la diversité culturelle. L’arabité n’exclut pas l’amazighité. Au contraire, ces dimensions se complètent et se renforcent mutuellement. Le modèle marocain montre que l’identité nationale peut être plurielle sans être conflictuelle.

Yennayer est porteur d’une symbolique profonde. Il rappelle le lien intime entre l’homme, la terre et le temps, au cœur de la civilisation amazighe depuis des millénaires. En le reconnaissant officiellement, le Maroc valorise un héritage vivant, transmis par les rites, la langue, la musique et les traditions populaires.

Cette reconnaissance a également une portée internationale. La diaspora amazighe en Europe représente un pont culturel précieux, capable de nourrir le dialogue interculturel et de renforcer la cohésion sociale dans les sociétés d’accueil. En ce sens, l’expérience marocaine pourrait inspirer d’autres États confrontés à la gestion de la diversité.

Dans un monde globalisé, où les identités sont souvent instrumentalisées ou niées, le Maroc fait le pari de la reconnaissance comme facteur de stabilité. Yennayer fête nationale n’est pas un aboutissement, mais une étape supplémentaire dans la construction d’un État moderne, inclusif et confiant dans sa pluralité.

* Essayiste et analyste politique italien

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