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Meknès marginalisée : qui relègue la ville impériale hors de la carte du développement ?

Par: Mohamed Khoukhchani

Par: Mohamed Khoukhchani

Meknès ne se contente plus de se plaindre en silence. Elle pose désormais une question politique et territoriale directe : qui marginalise Meknès ?

Ville impériale au riche héritage historique, dotée d’un emplacement stratégique et d’un capital symbolique indéniable, elle semble pourtant aujourd’hui exclue des grandes dynamiques de développement dont ont bénéficié d’autres villes, telles que Fès, Tanger ou Marrakech.

La comparaison est sans appel. Infrastructures sportives d’envergure, équipements touristiques structurants, palais des congrès, pôles d’exposition : autant de réalisations qui ont transformé ces villes en locomotives régionales, alors que Meknès demeure en marge de ces investissements structurants. En dehors de la construction de la prison de Toulal, répondant à des normes modernes en matière de droits humains, et du nouveau tribunal de première instance à Hamria, il est difficile d’identifier des projets majeurs capables d’impulser une véritable dynamique de développement local.

Une marginalisation sans décret

La mise à l’écart de Meknès ne résulte ni d’une décision officielle, ni d’un discours politique assumé. Elle procède d’un cumul d’exclusions silencieuses : absence d’infrastructures sportives aptes à accueillir des compétitions nationales ou internationales, insuffisance criante de l’offre hôtelière, au point que la ville ne dispose pas d’établissements capables d’héberger dignement les participants officiels au Salon international de l’agriculture, fragilité chronique des infrastructures dédiées aux foires et expositions, malgré le rayonnement international de l’événement.

D’où une interrogation centrale : comment expliquer que le Maroc organise son principal salon agricole international dans une ville dépourvue d’un véritable parc d’expositions aux standards internationaux ?

Le paradoxe du Salon international de l’agriculture

Le Salon international de l’agriculture de Meknès constitue une vitrine internationale du Royaume, rassemblant des exposants venus de plusieurs continents et mobilisant des budgets conséquents. Pourtant, son organisation repose chaque année sur des installations provisoires, fondées sur la location récurrente de chapiteaux et autre matériel. Une situation qui soulève de lourdes interrogations : pourquoi aucun parc d’expositions permanent n’a-t-il été construit à ce jour ? qui tire réellement profit de la reconduction annuelle de ces contrats de location ?
pour quelle raison les fonds publics sont-ils consacrés à des solutions temporaires, plutôt qu’à un investissement durable générateur de valeur ajoutée pour la ville et la région ?

Ce choix récurrent ne peut être réduit à un simple manque de moyens. Il pose clairement la question de la gouvernance, de la hiérarchisation des priorités et, potentiellement, de conflits d’intérêts.

Absence de vision ou faiblesse du plaidoyer local ?

Les responsabilités sont ici multiples et imbriquées : une responsabilité centrale, liée à l’exclusion de Meknès des grandes cartes nationales de l’investissement public, une responsabilité régionale et locale, marquée par la faiblesse du plaidoyer politique et l’absence de pression institutionnelle efficace, et une responsabilité des élites locales, trop souvent cantonnées à la gestion du quotidien, au détriment de la défense stratégique de la place de la ville dans l’équation nationale du développement.

Meknès n’a jamais été une ville sans atouts. Elle est progressivement devenue une ville sans priorité.

Meknès n’est pas périphérique, elle est marginalisée. La nuance est essentielle. Meknès ne souffre ni d’un déficit historique, ni d’un manque de ressources humaines, ni d’une faiblesse géographique. Elle souffre d’un déficit de décision politique, d’un traitement secondaire durablement installé.

La persistance de cette situation ne nuit pas seulement à Meknès. Elle fragilise la crédibilité même des politiques territoriales et vide de leur substance les discours sur l’équité spatiale et la justice territoriale.

Conclusion

La question n’est donc plus de savoir si Meknès est marginalisée, mais jusqu’à quand cette marginalisation va perdurer, et qui aura le courage politique d’y mettre un terme. Car une ville qui accueille un salon international majeur sans disposer d’un parc d’expositions permanent, qui reçoit des délégations étrangères sans capacité hôtelière adéquate, n’est pas une ville pauvre en ressources, mais une ville victime d’un déficit de vision et de volonté.

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