CRISE DE GOUVERNANCE À CASABLANCA. DÉJÀ EN 2013, UN DIAGNOSTIC ROYAL A IDENTIFIÉ LES DYSFONCTIONNEMENTS ET L’INADAPTATION DU CADRE JURIDIQUE

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*Le Diagnostic Royal de 2013: la gestion défectueuse de Casablanca.

Onze ans après la Charte communale 00-78 du 3 octobre 2002 qui a instauré l’unité de la ville… Sa Majesté le Roi a acté sévèrement le “déficit de gouvernance” à Casablanca, lors de l’ ouverture du Parlement, le vendredi 11 octobre 2013.

“En effet, si de nombreuses collectivités territoriales bénéficient d’un modèle de gestion raisonnable, il en existe malheureusement d’autres qui pâtissent d’une gestion défectueuse de la part des instances élues”, a souligné le Souverain.

“Je pense ici aux problèmes que subissent certaines villes, comme Casablanca par exemple que je connais bien et aux habitants de laquelle me lient des sentiments d’empathie, d’affection et de fidélité, que je porte naturellement à tous les Marocains”.

Il a également précisé que “Cette situation complexe nécessite d’urgence un diagnostic qui permette d’identifier les origines du mal et les moyens d’y remédier”.

Il s’ est aussi interrogé : “Est-il raisonnable que Casablanca reste à ce point un espace des grandes contradictions, jusqu’à devenir l’un des modèles les plus faibles en matière de gestion territoriale ?”

Le Roi a aussi acté que les “projets structurants” n’auraient aucun sens si les “prestations de base” déterminant un espace de vie de qualité ne sont pas assurées”.

“L’essor des villes ne se mesure pas uniquement à l’aune de la hauteur de leurs tours et de la largeur de leurs avenues, mais on l’évalue essentiellement en fonction des infrastructures et des services publics disponibles, et à la lumière de la qualité de vie dans ces villes”, a expliqué le Roi.

Il a appelé à la “consolidation des règles de bonne gouvernance” et à la mise en place d’un “CADRE JURIDIQUE APPROPRIÉ”.

Le cadre juridique “inappropriée” évoqué dans ce discours royal est bien l’ancienne Charte communale 00-78 du 3 octobre 2002.

Cette loi disposait que lorsqu’il s’agit d’ une commune de plus de 500 000 habitants,  on “FUSIONNE” toutes les structures décentralisées existantes.

On installe un CONSEIL MUNICIPAL UNIQUE “de plein exercice” et des conseils d’arrondissement aux “attributions réduites”.

Casablanca, Rabat, Salé, Tanger, Fès et Marrakech ont été concernées.

*La réforme “improductive” de 2015

L’ ancienne Charte de 2002 a été effectivement abrogée et remplacée par la “loi organique n°113-14 du 7 juillet 2015 relative aux Communes”.

La nouvelle loi a essayé de remédier à la crise de gouvernance en introduisant notamment… les “Sociétés de développement local “Articles 130 à 132.

Les SDL ont été certes utiles (pas toutes!!) pour certains aspects de gestion… mais leur création et leur multiplication n’ont pas du tout constitué la solution à la crise de gouvernance de Casablanca.

Les SDL ont une vision et une approche “macro territoriales”… elles sont inadaptées pour l’action de proximité.

L’équilibre entre les “projets structurants” et les “prestations de base… de proximité”, tel que cela a été voulu par le Roi n’a jamais été trouvé dans la plus grande ville du Royaume et du Maghreb.

Tout montre que “l’action de proximité” a été sacrifiée au bénéfice de ce qu’on a appelé les “projets structurants”.

Or, les inondations ont fait planer un doute et mis a très rude épreuve de coûteuses infrastructures.

***Le dogme de “l’unité de la ville” et ses dérives

La réforme de 2015 n’a pas abouti à une amélioration de gouvernance. Le résultat est consternant aujourd’hui.

Le législateur a maintenu tout simplement le principe… devenu un dogme intouchable chez certains… de “l’ unité de la ville”… pour une métropole géante étalée sur 38 400 hectares.

Ce principe qui n’a jamais été sérieusement interrogé, ni évalué a transformé l’immense superficie casablancaise de 384 km2 (plus de 3,5 millions d’habitants) en une seule “commune”.

Une seule “collectivité territoriale” déconcentrée et décentralisée ??!!

Quant à l’agglomération Casablancaise, elle est de 1615 km2 et plus de 4 millions d’habitants.

La gestion du “gigantisme” est passée entre les mains d’un seul représentant de l’État et d’un seul maire. Ce dernier s’est retrouvé ordonnateur de ressources financières colossales…

Tout remonte au maire et au wali. Les 8 préfectures d’arrondissements et les 16 conseils d’arrondissement n’ayant ni prérogatives affirmées, ni moyens.

Face aux dernières inondations, les deux responsables, le wali Said Ahmidouch et le maire PJD Abdelaziz El Omari ont été complètement dépassés et débordés.

Au-delà de leur responsabilité évidente dans le manque d’anticipation, le cadre juridique qui régit la ville ne pouvait que les mettre dans une situation compliquée et intenable.

Il n’ y a pas de structures intermédiaires, efficaces, fortes et responsabilisées (ni décentralisées, ni déconcentrées) pour aider à gérer cet immense territoire.

Il faut bien admettre qu’ à Casablanca la démocratie locale et la décentralisation… ont dérivé vers une “HYPER CENTRALISATION ” et aussi une ” RECONCENTRATION ADMNISTRATIVE ” inouïes.

On s’est privé de structures de proximité agissant et œuvrant au plus près des besoins des divers territoires casablancais. Ainsi que des attentes des différentes catégories de populations.

* L’Unite de la ville a verrouillé le champ politique

L’unité de la ville a mis des entraves certaines au pluralisme.

Quelle majorité partisane… PJD ou autre… voudrait lâcher “l’unité de la ville” ? À travers le Conseil de la Ville unifié doté de ressources énormes… elle offre sur un plateau en or la gestion “quasi exclusive” des affaires d’un immense territoire peuplé de millions d’habitants.

Le problème se complique à Casablanca par l’irresponsabilité de la majorité actuelle du Conseil de la ville.

Elle concentre toute son énergie pour un deuxième mandat communal 2021- 2027 et pour le retour au Parlement des 19 députés PJD de Casablanca.

Cette majorité mène une “action de proximité intéressée”… selon sa vision et selon ses intérêts… à coups de subventions et d’aides parfois dérisoires aux électeurs des quartiers périphériques qui constituent sa “réserve électorale” pour toutes les élections.

Pour cette majorité populiste, la bonne gouvernance de Casablanca passe au second plan.

Les Casablancais ont ainsi été indignés et heurtés lorsque le maire s’est défaussé de toute responsabilité en affirmant qu’il se chargera de transmettre les doléances et requêtes des habitants à la Lydec… qui évidemment elle aussi a une part de responsabilité.

Ce rôle et ce statut de “boîte à lettres” revendiqué par le maire Abdelaziz El Omari… n’honore ni sa personne, ni son parti.

Pourtant, de grandes “agglomérations mondiales” ( Madrid, Chicago, Tokyo ou Barcelone…) dont certaines moins étendues que Casablanca… ont toutes des “subdivisions” dotées de pouvoirs et moyens conséquents leur permettant de mener des actions efficaces de proximité… On reviendra sur le sujet.


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