LE RÉGIME ALGÉRIEN ET LE CHOC DE DEUX “ILLÉGITIMITÉS”


**Les dissensions Tebboune/Chengriha

Deux types d’illégitimités se disputent le pouvoir en Algérie.

D’un côté, un président, 75 ans, “nommé et installé” par les militaires. Il essaie de s’émanciper de leur emprise… une tentative vaine et dépourvue de sens. Une volonté d’affranchissement problématique ! D’où sort-il ? Au nom de qui parle-t-il ?

De l’autre côté, des militaires, brutaux et incompétents, qui ont confisqué le pouvoir, depuis 1962, après avoir écarté ou neutralisé les leaders civils de la révolution algérienne.

Usant de tous les moyens, ils refusent de céder la gestion à des civils, éclairés et démocrates. Leurs clans se relaient sur le pouvoir, animés par une féroce stratégie de rente. Ils sont représentés, aujourd’hui, par le général Saïd Chengriha (75 ans) chef de l’Etat-major.

Le déficit de légitimité est encore plus accentué parce que – contrairement aux dinosaures et apparatchiks du FLN – ni Tebboune, ni Chengriha n’ont participé à la lutte de libération. Ils n’ont pas le statut moujahid.

Ils ont du mal à “refonder” une nouvelle légitimité. Tebboune tente avec la révision de la Constitution (la “consultation populaire” est prévue le 1er novembre) de faire émerger une “Algérie Nouvelle”, dit-il ! Cela ne changera rien au “verrouillage” du pays par les généraux… La constitution algérienne ayant été changée ou révisée plus de 10 fois.

Le jeune peuple algérien (54% ont moins de de 30 ans) observe en spectateur ces agitations au sein d’une gérontocratie déconnectée de son époque.

Le Hirak a été stoppé net par la pandémie ainsi que par une féroce répression. Et la mémoire populaire reste encore traumatisée, voire terrorisée, par la décennie noire. Le régime est connu pour n’hésiter devant rien afin de se maintenir.

**Au-delà des dissensions dévoilées par la presse internationale

Dans un article intitulé “Algérie: de l’eau dans le gaz entre Tebboune et Chengriha”, le dernier numéro de Jeune Afrique a pointé les dissensions entre les 2 “pôles” de ce pouvoir.

Divergences sur la réforme de la constitution, sur les prérogatives du président et de l’armée, sur la politique extérieure, sur les nominations à la tête des organismes de sécurité et de défense…

Selon Jeune Afrique, c’est la décision prise par Tebboune de mettre fin à la mission du général Abdelaziz Medjahed auprès de la présidence (en tant que conseiller coordinateur avec l’armée pour les questions de sécurité et de défense) qui a irrité Saïd Chengriha dont il est très proche.

Mais, au-delà de cet article de l’hebdomadaire, c’est surtout la visite du président Tebboune au ministère de la Défense, le samedi 10 octobre, qui a alerté des observateurs algériens et internationaux sur cette crise de confiance.

**La sémiologie d’une visite “insolite” au siège du ministère de la défense de Tebboune… président de la République et ministre de la Défense nationale.

Plusieurs signes relevant de l’ “erreur de protocole” ou d’autres motifs encore plus obscurs ont surpris. Ils ont été analysés à la loupe et ont conforté l’idée d’un élargissement du fossé entre Tebboune et l’Armée.

Le premier signe intrigant est ce cérémonial d’accueil étrangement “fastueux” réservé à Tebboune lors de sa visite au ministère de la Défense.

Il a beaucoup plus ressemblé à celui dédié à une personnalité invitée “extérieure” à l’armée. Selon les observateurs, les généraux auraient agi de telle sorte pour que Tebboune – malgré son titre de ministre de la Défense nationale – se sente “étranger” à l’institution militaire.

Et pourtant, Tebboune reste bien le ministre de la Défense… donc un responsable rendant visite au siège de son ministère. Une précédente visite a été beaucoup plus discrète et sans cérémonial excessif ? Tebboune s’était réuni avec les généraux pour une séance de travail… dans son “bureau” !!

Le deuxième signe qui a intrigué les observateurs est la présence du garde du corps du président, portant une mallette multifonction dépliable de protection. Il était debout derrière le président dans la salle de réunion… au siège du ministère de la défense nationale. Un espace sécurisé et protégé ! Est-ce une erreur de protocole ou un signe de méfiance ou de prudence ??

Le troisième signe intrigant est cette signature du “Livre d’or” par le ministre de la Défense ? Il a donné l’impression d’être une personnalité extérieure de passage qui a consigné un témoignage. Là aussi erreur de protocole ou volonté de distanciation ??

Le quatrième signe intrigant est le fait que le général Benali Benali, commandant de la garde républicaine… ait accueilli le président à son arrivée. Il a été observé que le commandant de la garde républicaine – en charge de la protection du président – a vocation à être à ses côtés, à l’accompagner et non pas à le devancer pour l’accueillir.

**Le jeu et les enjeux entre “grades” et “fonctions”

Il faut également rappeler que Benali Benali (80 ans), très proche de Tebboune, a été élevé, le 5 juillet dernier, au grade de “général d’armée” (plus haut grade de l’armée algérienne). Quant à Chengriha, il a été élevé lui aussi le même jour au grade de “général de corps d’armée” et nommé chef d’Etat-major.

Cet équilibre aurait été pesé et calculé par Tebboune. Le plus haut grade de l’armée (attribué au commandant de la garde républicaine) n’a pas été donné à celui qui exerce la plus haute fonction dans l’armée (chef d’Etat-major). Cela a été compris comme un message envoyé à Chengriha qui dorénavant doit compter avec le général d’armée Benali Benali.

Bref, avec tous ces “signes” qui montrent une grande fébrilité et défiance entre ceux qui prétendent diriger l’Algérie… ce pays semble encore avoir devant lui de grands soucis de gouvernance politique, économique et sociale et diplomatique. Seuls des civils compétents, démocrates et éclairés pourraient sortir l’Algérie de cette impasse.

Il est malheureux de constater que la seule “option” qui unit ces clans rivaux, c’est la haine de leur voisin. Alors là c’est l’unanimité… Hélas pour l’Algérie, son peuple et pour le Maghreb !!


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