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El Mansouri, une nomination forte sur un socle fragile

Par : Hedi KENDIRE

Par : Hedi KENDIRE 

La nouvelle cheffe du gouvernement dirige le premier parti d’un pays qui a largement boudé les urnes. Les 97 sièges du PAM représentent 24,6 % de la Chambre, loin des 198 nécessaires pour gouverner seul, et la participation n’a pas dépassé 38,08 %. Sa légitimité est constitutionnellement complète et politiquement étroite. Tout le reste découle de là.

Un choix qui désavoue

La Constitution impose au Roi de choisir le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête, pas de désigner une personne. Trois noms circulaient : El Mansouri, Lekjaa, Bensaïd. Écarter Lekjaa, entré officiellement au PAM en juillet 2026, revient à refuser qu’un parti serve de véhicule de dernière minute à un profil issu de l’appareil d’État. Le vote se porte sur un parti, et ce parti a une direction : le rappel vaut pour toute la classe politique.

Il vaut surtout pour la majorité sortante. Les relations entre partenaires de la coalition étaient devenues ouvertement concurrentielles, en particulier entre le RNI et le PAM, sur fond d’accusations de débauchage. Pendant ce temps, le chef du gouvernement restait silencieux au plus fort de la crise de Sebta. Le RNI tombe de 102 à 66 sièges. Les électeurs n’ont pas seulement sanctionné un bilan. Ils ont sanctionné des dirigeants qui ont confondu la conquête du pouvoir avec son exercice. Nommer une femme dans ce contexte n’est pas une concession : c’est un désaveu.

Lekjaa, renfort ou tuteur ?

Il ne faut pas surestimer son apport électoral. Le recul du RNI a aussi contribué à la première place du PAM, et les résultats traduisent une progression réelle, pas un plébiscite. Le PAM gagne dix sièges ; le RNI en perd trente-six. La victoire doit autant à l’effondrement du concurrent qu’au renfort.

Le danger n’est pas une tutelle masculine, c’est un exécutif bicéphale : la légitimité d’un côté, les instruments de l’autre. Quel que soit le chef du gouvernement, c’est Lekjaa qui pilotera le PLF 2027 jusqu’à mi-décembre. S’il cumule le Budget et le Mondial 2030, il deviendra le centre de gravité du gouvernement et elle en sera la façade. Mansouri a affirmé que Lekjaa n’était pas venu au PAM pour prendre la place de qui que ce soit. La répartition des portefeuilles dira si cette phrase décrivait un fait ou exprimait un vœu.

Gouverner ou relayer

Dans le système marocain, le chef du gouvernement ne fixe pas les grandes orientations. Sa marge tient dans la méthode, l’arbitrage et la traduction budgétaire. Mansouri connaît la gestion : elle a présidé le Conseil communal de Marrakech de 2009 à 2015 et gère l’habitat depuis 2021. Mais elle hérite d’un parti traversé par des remous et de promesses difficiles à concilier. Le PAM s’est engagé à la fois sur une croissance moyenne de 5 %, un doublement de l’aide sociale et une baisse sensible de l’impôt sur le revenu. Tenir les trois est improbable. Si elle ne tranche pas elle-même, quelqu’un d’autre le fera à sa place, et son autorité s’arrêtera là.

La coalition

Le trio PAM–RNI–Istiqlal réunirait 228 députés, trente de plus que la majorité ; une formule PAM–Istiqlal–MP–UC n’en compterait que 208. La reconduction du trio est probable, avec une hiérarchie inversée. Mansouri a déjà relativisé son refus de campagne de s’allier au RNI, en le liant à une victoire de ce dernier. Le RNI négociera sa survie, et l’Istiqlal, à un siège de lui, fera payer son rôle d’arbitre en portefeuilles. Avec 54 sièges, le PJD reste dans l’opposition, et c’est tant mieux : il est la seule opposition capable de faire vivre le Parlement.

Après le symbole

Le gouvernement ne sera investi qu’après avoir obtenu la confiance de la Chambre à la majorité absolue, et la session s’ouvre le 9 octobre. Le symbole a une durée de vie de quelques semaines. Ensuite, Mansouri sera jugée sur ses arbitrages, pas sur ce qu’elle représente. Sa nomination ne deviendra irréversible que lorsque son statut de femme cessera d’être le premier angle d’analyse de son action.

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