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Le silence assourdissant des urnes

Le Maroc qui bâtit des stades, des ports et des lignes à grande vitesse mérite une classe politique à sa hauteur

Par : Hedi KENDIRE 

Législatives du 23 septembre 2026 : à 17 heures, 28 % de participation. Un verdict cinglant !

À 17 heures, 28 %. Ce chiffre n’est pas une statistique, c’est une sanction, un bras d’honneur.

Des millions de Marocains ont regardé ce mercredi passer sans daigner se déplacer. Ils ne se sentent pas concernés par cet exercice citoyen.

Il ne s’agit pas de paresse civique : c’est une réponse, un cri. Et cette réponse mérite d’être entendue plutôt que commentée.

Qu’a-t-on offert à l’électeur ? Des programmes interchangeables, des promesses recyclées de 2021, des slogans sans chiffrage. Deux partis gouvernant ensemble depuis cinq ans se sont découvert, à trois semaines du scrutin, des griefs irréconciliables. On a vu des alliés de la veille se jeter à la figure le prix de la viande et le bilan des communes, comme si ce bilan n’était pas le leur. Le citoyen a compris la leçon : le scénario était écrit d’avance, seuls les rôles avaient changé.

Aucun grand face-à-face n’a confronté les chefs de parti devant le pays. On s’est évités, on s’est interpellés par meetings interposés, on a préféré l’invective à l’argument. Ceux qui craignent le débat avouent qu’ils n’ont rien à défendre.

Puis il y a la part qui nous revient. Des enregistrements d’achat de voix circulent, des enquêtes s’ouvrent, et une partie de l’électorat attend son billet comme on attend un dû. Tant que le vote se négociera au prix d’un repas, le Parlement ressemblera à ceux qui l’achètent.

Le plus grave n’est pas l’abstention. C’est ce qu’elle dit à la jeunesse qui a rempli les rues en 2025 et tenté la mer à Sebta en juillet : que l’urne n’est pas un chemin. Chaque scrutin rejoué à l’identique décourage un peu plus ceux qui voulaient changer les choses de l’intérieur.

Le Maroc qui bâtit des stades, des ports et des lignes à grande vitesse mérite une classe politique à sa hauteur : des bâtisseurs plutôt que des gestionnaires de carrière, des adversaires qui débattent plutôt que des alliés qui se déchirent, des partis qui recrutent des idées plutôt que des notables.

Reste la question qui dérange : la démocratie plus transparente que l’on nous promet est-elle réellement portée par ceux qui décident ? Ou bien le faible taux arrange-t-il, au fond, ceux qui préfèrent un électorat restreint et prévisible ? Tant que cette question restera sans réponse, les urnes continueront de se taire.

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