
Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Dans un paysage politique marocain marqué par la méfiance et la perte de confiance, où les sondages indiquent que 80 % des citoyens expriment leur mécontentement à l’égard de l’action des partis politiques, et où la crise de crédibilité s’aggrave avec l’élargissement des écarts sociaux et le recul du pouvoir d’achat, le nom de Meryem Ouhssata apparaît comme une exception notable. Elle est députée du Parti du progrès et du socialisme (PPS), présidente du conseil communal de Tizi N’Isly, dans la province de Béni Mellal, et membre de la Chambre d’agriculture. Femme issue de l’Atlas, elle conjugue engagement local, représentation nationale et action professionnelle. Sa particularité réside dans le fait qu’elle incarne la preuve concrète que l’action politique peut être exercée avec intégrité et probité, et qu’elle peut dépasser les discours de circonstance des campagnes électorales pour se traduire par un service quotidien et tangible.
Elle le dit elle-même, avec une franchise qui résume la paradoxe de la scène politique : « L’image du politicien corrompu et opportuniste a été tellement normalisée que les gens ont été surpris lorsqu’ils m’ont découverte. » C’est précisément cette normalisation qui fait de Meryem Ouhssata une preuve vivante que la condition première du rétablissement de la confiance politique n’est pas de changer les discours, mais de changer les pratiques. Elle n’a pas bâti sa réputation sur des promesses électorales chimériques, mais sur une présence quotidienne dans une commune rurale située à 1 500 mètres d’altitude, comptant environ 12 000 habitants, souffrant d’isolement et d’un déficit d’infrastructures.
Du terrain local à la représentation nationale.
La reddition de comptes de l’élite politique ne se fait pas par les discours, mais par l’impact sur le terrain. À Tizi N’Isly, Meryem Ouhssata vit l’équation difficile que connaît tout président de commune rurale pauvre. Elle explique : « Si nous voulons acheter des lampadaires pour l’éclairage public, nous devons demander le transfert de lignes budgétaires lors de la session du conseil… Nous redistribuons et nous économisons chaque dirham. » Le budget de la commune issu de la TVA s’élève à 3 millions de dirhams, dont 217 millions de centimes sont absorbés par les salaires des fonctionnaires, ne laissant qu’environ 15 millions de centimes pour l’investissement. Dans ce contexte, il ne peut être question de promesses somptueuses, mais d’une gestion réaliste et responsable. Fait révélateur : Meryem Ouhssata renonce à son indemnité de présidente de commune, qui ne dépasse pas 2 800 dirhams, signifiant ainsi que la responsabilité est chez elle un service, non un privilège.
Cela ne s’arrête pas aux limites de la commune. Elle est députée, élue pour la première fois en 2016 via la liste nationale des jeunes, puis réélue en 2021 pour le PPS dans une circonscription locale, ce qui lui confère une double légitimité : celle du suffrage direct et celle du travail de terrain. Au Parlement, elle a mis cette légitimité au service de la justice territoriale. Elle a adressé une question écrite au ministre de l’Intérieur sur la nécessité de réviser les quotes-parts de la TVA allouées aux collectivités territoriales, critiquant le fait que les critères retenus — nombre d’habitants, superficie et revenus — soient appliqués de manière injuste à des communes pauvres comme Tizi N’Isly. Ce type de travail parlementaire, loin du bruit médiatique, constitue le cœur de la véritable reddition de comptes.
Une représentation qui dépasse les frontières du Maroc.
L’empreinte de Meryem Ouhssata ne se limite pas au niveau national. Après le retour du Maroc au sein de l’Union africaine en 2017, elle a été l’une des cinq parlementaires à rejoindre le Parlement panafricain, devenant la première femme marocaine à y siéger. En 2018, elle a été élue rapporteure de la Commission des affaires juridiques et des droits de l’homme du Parlement panafricain, battant la candidate du Polisario par 11 voix contre 2. Cette victoire n’était pas seulement un gain diplomatique ; elle confirmait que la compétence et l’intégrité peuvent s’imposer dans les instances internationales, indépendamment des origines.
En 2022, elle a été intégrée à la liste « The New Africa », qui a sélectionné 110 femmes exceptionnelles du continent, aux côtés de cinq autres Marocaines. Cette reconnaissance continentale n’est accordée qu’à celles et ceux qui ont prouvé un impact réel au-delà de leurs frontières.
Un modèle féminin qui défie les stéréotypes.
L’expérience de Meryem Ouhssata offre une leçon d’autonomisation politique des femmes, mais elle ne s’exprime pas par des slogans. Dans l’émission « Sanaa et les gens » sur la deuxième chaîne, elle a affirmé que la participation des femmes à la scène politique marocaine « reste encore souvent régie par la dimension formelle », où les femmes sont traitées comme un moyen d’« meubler la scène politique » et d’augmenter les taux de participation, sans véritable investissement dans les compétences féminines. Elle considère qu’il s’agit d’une erreur portée par les partis qui n’ont pas suffisamment œuvré pour qualifier et autonomiser les femmes ayant accumulé une expérience de terrain.
Mais elle ne se contente pas de critiquer. Elle raconte comment elle a réussi dans les élections locales grâce à la confiance des électeurs masculins, obtenant 99 % de leur soutien à la Chambre d’agriculture. Ce chiffre, ajouté au fait qu’elle préside une commune rurale dans une région montagneuse conservatrice, prouve que la société marocaine peut dépasser les stéréotypes lorsque la compétence et la volonté sont au rendez-vous. En même temps, elle ne cache pas avoir été la cible d’attaques et de critiques sur les réseaux sociaux simplement parce qu’elle est une femme, considérant que ces comportements « perpétuent les stéréotypes négatifs ».
Pourquoi les élections de 2026 comptent.
Dans le contexte de la campagne électorale actuelle, la question n’est plus de savoir qui gagnera le 23 septembre 2026, mais si l’électeur trouvera des candidats dignes de sa confiance. Meryem Ouhssata n’est pas une simple candidate ; elle est un test pratique d’une question plus large : les élections peuvent-elles produire une élite politique différente, ou le système partisan continuera-t-il à produire les mêmes modèles qui ont vidé la politique de son contenu ?
L’expérience de Meryem Ouhssata dit que l’alternative est possible. Non parce qu’elle serait une personne exceptionnelle, mais parce qu’elle pratique la politique autrement : en descendant sur le terrain, en faisant preuve de transparence dans la gestion de ressources rares, en défendant la justice territoriale au Parlement, en représentant le Maroc dans les instances continentales avec compétence. Elle ne demande pas à l’électeur de lui faire confiance parce qu’elle appartient à un parti donné, mais parce qu’elle a fourni des preuves concrètes que la confiance peut être bien placée.
Dans des élections où 27 partis rivalisent pour 395 sièges, avec la participation d’environ 16 millions d’électeurs inscrits, choisir des candidats comme Meryem Ouhssata n’est pas un simple choix électoral. C’est une décision sur la question de savoir si la politique marocaine continuera à produire des désillusions, ou si elle fera enfin place à des modèles où l’intégrité, la compétence et l’engagement pour l’intérêt général constituent de véritables critères de représentation. Elle n’est pas « une candidate comme les autres » ; elle est la preuve que la politique marocaine peut être autre chose que ce à quoi les citoyens ont été habitués.

