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[PLAIDOYER] Afrique du Nord : Une identité amazighe authentique qui n’a pas besoin d’être « tamazighisée ».

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

L’Afrique du Nord, ou « Tamazgha » comme l’appellent les Amazighs, n’est pas une simple région géographique, mais une entité civilisationnelle enracinée et ancrée au plus profond de l’histoire. Les Amazighs ne sont pas des habitants de passage ou des arrivants récents, ils sont les peuples autochtones de cette terre depuis l’aube des temps. Parler de « tamazighisation » de l’Afrique du Nord par quelque partie étrangère que ce soit – qu’il s’agisse d’Israël ou d’un autre pays – n’est pas seulement inutile, c’est aussi une ignorance de la vérité historique et anthropologique solidement établie.

I. Les racines historiques des Amazighs en Afrique du Nord.

● Preuves archéologiques et anthropologiques.

Les découvertes archéologiques prouvent que la présence humaine en Afrique du Nord remonte à des milliers d’années avant notre ère. Des restes humains ont été trouvés dans la région d’Irhoud (Adrar Irhoud), près de la ville de Youssoufia (Région Marrakech-Safi) au Maroc, datant d’environ 300 000 ans, faisant des Amazighs un prolongement naturel de ces racines profondes. De même, les peintures rupestres des montagnes du Tassili (Algérie) et les anciennes civilisations amazighes (Numides, Maures, Gétules) montrent que l’Afrique du Nord était habitée par les Amazighs avant toute migration étrangère.

● Continuité linguistique et culturelle.

La langue amazighe, avec ses différents dialectes (Tarifit, Tachelhit, Taqbaylit, Tamazight, etc.), est une langue africaine authentique appartenant à la famille des langues afro-asiatiques. Des inscriptions en libyque ancien (Tifinagh) datant du premier millénaire avant notre ère ont été découvertes, ce qui prouve que les Amazighs possédaient un système d’écriture développé avant les Phéniciens et les Romains. Cela démontre qu’ils ne sont pas de simples « récepteurs » de civilisations, mais bien les porteurs d’une civilisation indépendante.

II. L’accueil des arrivants par les Amazighs : une hospitalité qui n’est pas une assimilation.

● Les Juifs en Afrique du Nord

Les Juifs sont venus en Afrique du Nord en provenance d’Égypte après la destruction du Premier Temple, et les Amazighs les ont accueillis comme des hôtes. Certains se sont intégrés au point que des tribus amazighes juives sont apparues, comme les « Ourtyion » et les « Ouchtit ». Mais cette intégration n’a pas fait perdre à la région son identité amazighe. Bien au contraire, les Juifs amazighs eux-mêmes sont devenus une composante du peuple amazigh.

● Les Arabes et l’Islam

Quand les Arabes sont venus avec l’Islam au VIIe siècle de notre ère, les Amazighs les ont également accueillis, mais ils n’ont pas perdu leur identité. Bien plus, les Amazighs ont joué un rôle de premier plan dans la diffusion de l’Islam et de la pensée – de Tariq ibn Ziyad à Ibn Battouta en passant par Sénoussi – et ils étaient souvent plus savants que de nombreux arrivants. Les Amazighs ont fondé de grands États islamiques tels que les Almoravides et les Almohades, et ils en étaient les leaders et les propagateurs.

● Les Phéniciens, les Romains, les Vandales et les Byzantins.

Avant le judaïsme et l’islam, l’Afrique du Nord a accueilli les Phéniciens qui fondèrent Carthage, puis les Romains qui restèrent des siècles, mais les Amazighs sont toujours restés la majorité démographique et culturelle. Ils se sont soulevés contre ces empires (comme la révolte de Takfarinas). Même lorsque certains Amazighs ont adopté le latin ou la langue punique, leur conscience amazighe est restée présente, comme elle l’est aujourd’hui.

III. Pourquoi l’Afrique du Nord n’a-t-elle pas besoin de « tamazighisation » ?

Premièrement : Parce qu’elle est originellement amazighe.

La tamazighisation signifie importer une identité de l’extérieur, mais l’Afrique du Nord est elle-même la source de l’identité amazighe. Des îles Canaries (Tikânarin) à l’oasis de Siwa en Égypte, toute cette région était culturellement et linguistiquement amazighe. Si certains ont besoin d’une tamazighisation, ce sont les Amazighs qui ont perdu la langue dans certaines régions, et non cette terre qui est la mère de la terre amazighe.

Deuxièmement : La tamazighisation par Israël ou d’autres est une mise en doute de la légitimité des Amazighs.

Le discours sur une tamazighisation de l’Afrique du Nord par Israël – qui prend parfois la forme d’un soutien aux « Juifs amazighs » comme groupe séparé – est une tentative de créer des identités antagonistes ou d’affaiblir les liens nationaux dans les pays du Maghreb. Mais la réalité est que l’amazighité n’est pas une identité religieuse mais culturelle, linguistique et historique. Un Juif amazigh est un Amazigh tout comme son cousin musulman ou chrétien.

Troisièmement : L’identité amazighe n’a pas besoin d’intermédiaire.

Les Amazighs d’aujourd’hui – au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye, en Mauritanie, au Mali, au Niger et dans les autres pays du Sahel et du Sahara – sont en train de raviver leur langue et leur culture par eux-mêmes. Ils écrivent, enseignent et revendiquent leurs droits sans avoir besoin d’être « tamazighisés » de l’extérieur. Cette renaissance est intrinsèque, elle émane de la terre amazighe elle-même.

Conclusion.

L’Afrique du Nord n’est pas une région vide qui aurait accueilli des peuples successifs pour façonner son identité. C’est la patrie des Amazighs qui étaient ici avant toutes les migrations. Les hôtes – quelle que soit la durée de leur séjour – restent des hôtes, et les Amazighs sont restés les maîtres de cette terre. Par conséquent, Tamazgha n’a besoin d’une tamazighisation ni par Israël, ni par aucun autre pays, car elle est elle-même la source de la tamazighisation pour des générations et des générations. Que celui qui veut vivre en Afrique du Nord respecte cette vérité historique : la terre est amazighe, l’identité est amazighe, l’histoire ne se falsifie pas, et les Amazighs n’ont pas besoin qu’on « leur donne » leur identité, car ils ne l’ont jamais perdue.

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