
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Après 41 jours de guerre qui n’ont pas atteint leurs objectifs militaires, il est devenu clair qu’aucune des parties ne peut imposer sa volonté par la force. C’est dans ce contexte qu’ont eu lieu, à Islamabad sous médiation pakistanaise, des négociations indirectes – une reconnaissance implicite que l’option militaire a épuisé ses effets. Mais la négociation peut‑elle obtenir ce que les missiles et les raids n’ont pas su conquérir ?
De la guerre à la table : les gains de la négociation.
Ce que la guerre n’a pas réussi à arracher, la négociation peut l’offrir, mais sous une forme différente pour chaque camp. Pour l’Iran, les pourparlers ont constitué une reconnaissance internationale de son poids négociateur et lui ont permis de transformer la carte du « détroit d’Ormuz » en levier diplomatique. Pour les États‑Unis, le dialogue est une issue à une impasse militaire non résolue, et une occasion de réagencer leurs positions régionales sans perdre leurs alliés.
En bref : la guerre a donné à l’Iran l’influence sur le terrain ; la négociation lui donne une légitimité diplomatique. La guerre a coûté cher aux Américains ; la négociation leur offre une couverture diplomatique pour l’après‑escalade.
Priorités des parties, points de convergence et de divergence.
Lors de ces pourparlers, qui ont duré plus de vingt heures, les priorités sont apparues très éloignées :
■ Washington a tracé des lignes rouges claires : démantèlement complet du programme nucléaire iranien, engagements contraignants de non‑armement, et lien avec de nouveaux arrangements sécuritaires régionaux.
■ Téhéran a réaffirmé son droit à l’enrichissement à des fins pacifiques, refusé d’abandonner ses capacités nucléaires, et posé comme condition préalable à tout accord l’arrêt de l’agression israélienne contre le Liban.
Le seul point de convergence a été la volonté commune de prolonger de deux semaines le fragile cessez‑le‑feu, sans accord sur ses modalités. Le point de divergence fondamental demeure entier : démantèlement total du programme nucléaire d’un côté, droit à l’enrichissement de l’autre.
Israël : hors de la table, dans la guerre.
Israël n’est pas partie aux négociations, mais il a montré sa capacité à les compliquer considérablement. Alors que les frappes aériennes se poursuivent sur le Liban en réponse aux roquettes du Hezbollah, Tel‑Aviv cherche à priver l’Iran de la carte du « front libanais » et à faire échouer tout accord qui ne prévoirait pas le démantèlement des capacités de l’axe de la résistance. Israël veut une guerre qui affaiblisse l’Iran avant tout accord, tandis que Washington cherche une détente régionale. Cette contradiction tactique entre alliés pourrait être le principal obstacle à toute percée diplomatique.
Les pays du Golfe : entre l’enclume iranienne et le marteau américain.
Les pays du Golfe se sont retrouvés en première ligne, après avoir été visés par plus de 6 400 missiles et drones ayant touché sept pays arabes. Ce choc sécuritaire les a poussés à revoir leurs calculs : rapprochement discret avec Israël à des fins défensives, alignement sécuritaire plus étroit avec Washington, mais sans abandonner leur indépendance stratégique pour ne pas provoquer Téhéran. Le Golfe veut une sécurité américaine, mais refuse d’en payer le prix par le feu iranien. C’est ce qui explique son positionnement hésitant, entre soutien aux négociations et prudence militaire.
Le monde attend : le Pakistan médiateur, le pétrole otage.
La communauté internationale suit ces pourparlers avec inquiétude, non seulement pour arrêter la guerre, mais aussi pour garantir la sécurité énergétique et la stabilité des marchés. Le Pakistan a réussi à rapprocher les points de vue et s’est imposé comme un médiateur incontournable. Le monde est face à deux options : soutenir la poursuite de la voie diplomatique, ou se préparer à une nouvelle phase de sanctions et de conflit ouvert – ce qui aurait des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale.
Les pourparlers d’Islamabad ont‑t‑il échoué ?
Objectivement, ces pourparlers n’ont pas abouti à une percée, mais il n’a pas été déclaré un échec officiel. Il s’est achevé sans accord, la délégation américaine ayant quitté Islamabad sans obtenir l’engagement iranien de démanteler son programme nucléaire. Cependant, le maintien des canaux ouverts et la disponibilité du Pakistan à poursuivre la médiation signifient que la porte n’est pas fermée. L’échec véritable serait que le vide négociateur se transforme en une nouvelle guerre.
Perspectives d’un retour à la table plutôt que d’une reprise de la guerre.
La situation actuelle est sur le fil du rasoir :
● Scénario d’un retour aux négociations : il est réel, d’autant que le Pakistan reste déterminé à jouer son rôle et que Washington attend la réponse de Téhéran à son « offre finale ». Les chances d’un nouveau cycle ne sont pas faibles.
● Scénario d’une reprise de la guerre : lui aussi est plausible. L’Iran menace de revenir à la guerre si les États‑Unis persistent dans leurs exigences jugées irréalistes, tandis que Washington agite la menace d’un blocus naval et d’options militaires.
En définitive, la région se trouve à un carrefour : soit un accord imparfait mais qui stoppe l’hémorragie, soit une guerre plus large dont personne ne maîtrise l’ampleur. La première option semble la plus rationnelle, mais la rationalité n’est pas toujours maîtresse des conflits au Moyen‑Orient.
