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Du théâtre pour fabriquer de l’espoir au bord du gouffre

Par: Dr. Abdelkader GONEGAI

 

 

La Journée mondiale du théâtre est unique en son genre… c’est une commémoration du père de tous les arts… Ce jour survient alors que le monde vit dans un cauchemar troublant, sans que personne sache quelles surprises, contradictions et conflits il réserve. Nul ne peut prédire les questions que soulèveront les vents violents chargés de la puanteur de la poudre et des chars, qui étoufferont sans aucun doute les aspirations et les rêves des jeunes générations d’un avenir meilleur, empli d’amour, de générosité, d’optimisme et de joie. Le monde entier a pris les couleurs du sang et des cendres, la poussière des bâtiments démolis et les éclats d’obus de missiles usés par la traversée des continents…

Un silence terrible règne, seulement troublé par les gémissements d’enfants orphelins, les lamentations de veuves et les sanglots de mères éplorées. La scénographie est étrange, inédite, avec des effets sonores dénués d’émotion et une projection hybride qui emplit le ciel, dans une scène profonde et un vaste crépuscule… Les acteurs s’agitent, haletants, venant de toutes parts, tels des oiseaux perchés sur leurs têtes, de toutes les couleurs et de toutes les langues, vêtus de costumes couleur mousse. Une pièce sans titre, à l’intrigue fragmentée et aux scènes éparpillées, dont les événements se déroulent dans des maisons, des rues, des immeubles, des sources et des champs pétrolifères. Qu’est-ce que c’est ? Quel est ce cauchemar ?

L’auteur et le metteur en scène ont perdu le contrôle ; le dialogue s’est évanoui, car le temps du dialogue était révolu. Les lumières se sont tamisées, le public s’est précipité et s’est réfugié derrière le rideau. Tous étaient plongés dans une confusion totale, pris dans un tourbillon sans commencement ni fin. C’est un monde étrange, incarné par le drame qui se déroule dans la pièce d’aujourd’hui…

La Journée mondiale du théâtre est de retour, et le monde est dégoûté de lui-même et de sa faiblesse, fuyant la réalité de sa situation, une réalité marquée par l’avidité, l’égoïsme, la malice et la trahison. Où sont passées les valeurs d’humanité ? Les valeurs d’amour, de coexistence et de fraternité ? Où est la valeur de l’acceptation de l’autre malgré ses différences de couleur, de culture et de croyance ? Où est le rêve et l’aspiration de l’humanité à un monde de paix et de sécurité ? Autant de questions innombrables qui étouffent chacun, les larmes coulant sur les joues comme des braises ardentes…

Il ne fait aucun doute que le théâtre devra relever des défis importants pour représenter et comprendre ce nouveau monde, avec toutes ses préoccupations, ses souffrances, ses ambitions et ses aspirations, et pour aborder ses nouveaux problèmes, thèmes et concepts. Le père des arts se trouve face à un dilemme : par où commencer ? Comment progresser ? Sur quelle base ? Et dans quel cadre ?

La vie continue, et l’âme est encline au mal depuis la nuit des temps, la trahison est profondément ancrée en l’homme, et le désir de résistance, de libération et de liberté ne l’a jamais quitté, où que ce soit… Le théâtre brillera d’autant plus dans un monde divisé, dominé par la violence et l’extrémisme. Il défiera tous les obstacles et se créera un sanctuaire de résistance pour surmonter tous les arguments qui minimisent son rôle de divertissement ou qui le considèrent comme un luxe superflu. Oui, il proclamera au monde qu’il est capable, et lui seul, de créer les conditions du brassage des cultures, du rapprochement des peuples, de l’harmonie des cœurs, de la purification des âmes, du frein à notre égoïsme grandissant et de la restauration de notre humanité perdue.

Oui, le théâtre ouvrira de nouveaux horizons au dialogue, à la créativité et au plaisir. Il brisera les chaînes et les frontières, transcendera l’absurdité et les restrictions, et insufflera l’espoir dans les âmes et renforcera la volonté de bâtir un avenir radieux. Il redonnera le sourire à chaque personne tourmentée et la joie à chaque personne démunie. L’acteur chantera l’hymne de l’éternité sur une scène vierge de toute souillure, dans un théâtre qui a résisté aux bombardements. Tous ceux qui en ont besoin se souviendront que la voix de l’art et de la créativité est suprême, et que le théâtre demeurera toujours, porteur des espoirs des patients, éclairant le chemin des égarés et interrogeant les tourmentés. 

Il se libérera de ses chaînes et franchira les montagnes pour entrevoir un avenir radieux, dans un décor à couper le souffle. Les regards se tourneront de toutes parts pour contempler les drames variés de la vie, dont la beauté et la joie ne peuvent être altérées que par Dieu. Allons au théâtre rendre visite au père des arts et chantons avec lui : « La vie est douce, si seulement nous pouvions la comprendre. » Que tous vos jours soient une scène.

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