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Edito. Migration au Maroc : l’épreuve de la démocratie souveraine

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

La migration irrégulière n’est plus au Maroc un simple dossier technique géré dans l’urgence. Elle est devenue un test politique majeur, révélateur de la capacité de l’État marocain à concilier ses valeurs humanistes avec les impératifs de sa souveraineté nationale. Les scènes répétées de migrants aux carrefours urbains, tout comme les incidents regrettables survenus au complexe Moulay Abdellah, ont mis en lumière les limites d’une gestion conjoncturelle et imposent aujourd’hui une institutionnalisation stratégique de ce dossier sensible.

L’expérience a démontré que l’approche sécuritaire seule, bien que nécessaire, reste insuffisante. Un État engagé sur la voie d’une démocratie montante ne peut réduire la migration à une simple question de maintien de l’ordre. Mais il ne peut pas non plus laisser ce dossier ouvert aux manipulations géopolitiques, notamment dans un contexte régional marqué par des manœuvres hostiles à l’est, mêlant pression migratoire organisée et trafic de drogues chimiques visant la cohésion sociale et la jeunesse marocaine.

D’où la nécessité urgente d’organiser une grande conférence nationale sur la migration et l’asile, inclusive et pluraliste, associant partis politiques, institutions sécuritaires, société civile, universitaires et acteurs économiques. Cette concertation nationale doit constituer le socle démocratique pour la création d’un Conseil national de la migration ou d’une Haute autorité nationale, doté d’une légitimité issue du consensus et non de décisions verticales.

Cette instance devra être instituée par une loi organique votée par le Parlement, garantissant son indépendance, sa représentativité et sa reddition des comptes à travers des rapports annuels publics. Sa mission serait stratégique : élaborer une Charte marocaine de la migration et de l’asile, clarifiant les droits et devoirs des migrants, distinguant clairement le réfugié politique à protection temporaire du migrant économique, et définissant des procédures juridiques rapides, justes et individuelles d’intégration ou d’éloignement.

Le Maroc, désormais pays d’accueil et non plus seulement de transit, doit transformer ce défi en opportunité maîtrisée : intégrer ceux qui respectent la loi par la formation professionnelle et une répartition territoriale équilibrée, tout en protégeant la paix sociale par une application ferme du droit à l’encontre de toute atteinte à l’ordre public. Dans un État de droit, la loi s’applique à tous, nationaux comme étrangers, dans le respect de la dignité humaine.

Mais le véritable enjeu est politique. Les institutions, aussi bien conçues soient-elles, ne peuvent fonctionner sans volonté partisane assumée. Il est temps que les partis marocains sortent du discours creux et inscrivent la migration au cœur de leurs programmes électoraux, comme une question de souveraineté et de sécurité nationale, autant que de droits humains. C’est cette clarté politique qui permettra de protéger l’image internationale du Maroc, de neutraliser les tentatives de chantage externe et de consacrer une démocratie souveraine : respectueuse des droits, mais ferme face au désordre et à l’instrumentalisation de la vulnérabilité.

Ce que le Maroc affronte aujourd’hui n’est pas une crise migratoire passagère, mais une épreuve d’État. Une épreuve qui appelle l’anticipation, le droit et les institutions, plutôt que l’improvisation et l’émotion. Et c’est précisément là que se joue la différence entre un État qui subit et un État qui décide.

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