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« صافي » : ASSEZ! ou comment le Maroc cesse de se considérer comme un invité chez lui…

Par : Hedi KENDIRE

Par : Hedi KENDIRE 

En laissant tomber la MINURSO sans ciller, Rabat a fait plus que tourner une page onusienne : il a affranchi sa décision des humeurs des puissances.

La Russie, et derrière l’Algérie, a tiré un veto dans le pied. À minuit, heure de New York, la MINURSO a perdu son mandat après trente-cinq ans d’existence. Avec elle s’éteint un rituel : deux séances par an, un rapport, une prorogation, et le même conflit remis en conserve jusqu’à l’automne suivant.

Rabat n’a pas tremblé. Rabat n’a même pas plaidé, Rabat a laissé faire parce qu’il sait faire.

Sur 2M, Nasser Bourita l’a dit avec la sérénité de celui qui a déjà joué le coup suivant (on a tous admiré le sourire malicieux qui trahit souvent les grandes satisfactions) : Moscou avait prévenu, le Maroc n’a rien tenté pour l’en dissuader. Le texte gardait l’essentiel, l’autonomie comme seule base et le « R » du référendum rayé du nom de la mission, et sur ces deux points le Royaume n’a rien cédé. Adopté, il consacrait l’autonomie ; rejeté, il congédiait la MINURSO. « C’est la Russie qui a, en quelque sorte, mis fin à son mandat », a glissé le ministre. Le trait est fin. Il est aussi cruel.

 

 

Ce qui s’est joué dépasse le sort d’une mission de quelques centaines de personnes. C’est la décision marocaine qui vient de franchir un seuil. Pendant des décennies, le Royaume a attendu l’aval d’un Conseil, l’humeur d’une capitale, la bienveillance d’un membre permanent. Le 30 octobre, il a laissé le ring des puissants se bloquer sans monter sur le ring. L’ONU demeure un cadre ; elle a cessé d’être un tuteur.

خالتي وخالتك وتفارقو الخالات.

Le proverbe dit mieux qu’un traité la fin d’une parenté de façade. La MINURSO était devenue مسمار جحا, ce clou planté dans la maison d’autrui pour justifier qu’on y revienne sans cesse. Que surveillait- elle encore ? Ses observateurs à l’est du mur ne pouvaient même pas circuler librement, et le cessez-le-feu, les séparatistes l’avaient eux-mêmes dénoncé il y a six ans. Le Maroc, lui, s’y tient, fidèle à l’engagement du 6 septembre 1991. On ne chasse pas la mission : on lui ouvre la porte, on lui donne les moyens et le temps de partir. La fermeté n’a pas besoin de claquer les portes.

Le message tient en deux adresses. À ceux qui veulent avancer : le plan d’autonomie reste la référence, et l’envoyé personnel est le bienvenu, avec de nouvelles règles. Aux autres : « c’est le moment du sérieux, pas de la manœuvre ». Quatre-vingts pour cent des Sahraouis vivent chez eux, au Maroc, élisent leurs représentants, voient sortir de terre ports, routes et universités. Les autres attendent à Tindouf, dans le plus ancien camp géré par le HCR, où l’on « naît réfugié et meurt réfugié ». Voilà ce qu’Alger appelle, depuis un demi-siècle, défendre un peuple.

Car le statu quo a ses rentiers. Un pouvoir militaire qui consacre 25,4 milliards de dollars à ses armées, près de 9 % de sa richesse nationale, a besoin d’un ennemi à l’ouest pour justifier la dépense et d’un conflit sans fin pour détourner les regards de ses propres fractures. Le Sahara n’est pas sa cause. C’est sa rente de substitution, la seule qui ne dépende pas du prix du baril.

Reste une dernière anomalie : la Quatrième Commission. Le 15 octobre, elle a adopté son texte annuel par 152 voix en y inscrivant, pour la première fois, la résolution 2797 qui consacre l’autonomie sous souveraineté marocaine. La commission de la décolonisation reconnaît donc le cadre de ce qu’elle prétend encore décoloniser. Qu’elle en tire la conséquence. Il n’y a plus de puissance administrante ni de référendum à organiser, seulement une région marocaine en chantier. Les capitales acquises à l’autonomie doivent désormais peser dans ce dernier sanctuaire de l’inertie, jusqu’à ce que le Sahara quitte une liste où il n’a plus rien à faire.

Le Maroc a d’autres priorités. Comme dirait Kebbour : مامساليش. Pas le temps pour le théâtre new-yorkais quand Dakhla attend son port atlantique et Laâyoune ses investisseurs. صافي. Le Royaume ne demande plus la permission d’être souverain chez lui. Il ne ferme aucune porte, n’en force aucune. Il a simplement cessé d’attendre derrière celles des autres.

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