
Nasser Bourita est reconduit dans ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger dans le nouveau gouvernement marocain formé le 16 octobre 2026. Hommage.
Par : Hedi KENDIRE
Les fins de législature invitent aux bilans, invoquent la reconnaissance et le questionnement.
Parmi les départements ministériels de ces dernières années, la diplomatie est celui dont l’action se laisse le mieux mesurer, parce que ses résultats ne dépendent pas d’un commentaire bienveillant. Ils sont consignés dans des communiqués étrangers, des cartes redessinées, une résolution du Conseil de sécurité. Nasser Bourita en a été l’artisan principal, au service d’une ligne fixée par le souverain. Il serait injuste de ne pas le dire, et plus injuste encore de ne parler que des résultats en oubliant l’homme qui les a portés.
L’homme derrière la fonction
Je ne connais pas personnellement Nasser Bourita. Mais des amis communs, qui l’ont côtoyé de près, en dressent un portrait qui tranche avec l’image du négociateur inflexible que renvoient les caméras. Ils décrivent un homme chaleureux, attentif à ses interlocuteurs, d’une courtoisie sans calcul. Un travailleur acharné, qui connaît ses dossiers jusque dans leurs notes de bas de page et ne mesure pas ses heures. Un homme, surtout, qui travaille sans bruit. Dans un paysage public où l’on confond volontiers l’agitation et l’action, il a fait le choix inverse : pas de déclarations superflues, aucune mise en scène de soi, la discrétion comme règle de conduite.
La fermeté qu’on lui connaît en public n’est donc pas de la raideur ; c’est l’assurance de celui qui a préparé chaque argument. Cette assurance lui permet ce que peu de responsables s’autorisent : ne jamais craindre la contradiction. Il l’accepte chez ses collaborateurs, dit-on, et l’affronte sans détour chez ses adversaires. Il préfère l’objection franche à l’approbation polie, parce que la première fait avancer et que la seconde endort.
Un trait le résume mieux que de longs discours. Il lui arrive, après la parution d’un article, de décrocher lui-même son téléphone pour appeler le journaliste. Non pour l’intimider ni pour exiger un rectificatif, mais pour préciser un point, corriger une erreur de fait, éclairer un contexte. La conversation s’arrête là ; le journaliste reste libre d’en faire ce qu’il veut. Le geste paraît modeste. Il est rare. Il suppose qu’on prenne la presse au sérieux, qu’on accepte d’être discuté, et qu’on préfère convaincre plutôt que contraindre.
Une méthode
De ce caractère est née une méthode. Elle repose sur une idée simple, longtemps jugée imprudente : le Maroc n’a pas à s’excuser de défendre son intégrité territoriale, et ses partenaires doivent choisir. La diplomatie d’endiguement, qui consistait à éviter les reculs, a cédé la place à une diplomatie d’initiative, qui fixe les termes de l’échange.
Cette clarté a produit ses effets par étapes. Le retour à l’Union africaine en 2017 a mis fin à une absence qui profitait aux adversaires du Royaume. La reconnaissance américaine de 2020 a ouvert la voie. Les capitales européennes ont suivi, chacune à son rythme : Berlin, Madrid en 2022, Paris en 2024, Londres en 2025. L’ouverture de consulats à Laâyoune et à Dakhla a donné à ces engagements une traduction concrète. Le 31 octobre 2025, la résolution historique 2797 du Conseil de sécurité a fait du plan d’autonomie la base des négociations, sans aucune voix contre. Dix-huit ans séparent la présentation de ce plan de sa consécration. C’est la mesure de la patience qu’il a fallu. Que de tâches abattues !
Ce que disent les voisins
Il est un indicateur que l’on cite rarement et qui ne trompe guère : la place qu’occupe un ministre dans la presse de ceux qui le redoutent. À Alger, le nom de Nasser Bourita suscite une attention constante, souvent fébrile. En 2021, il relevait lui-même, non sans ironie, qu’une cinquantaine de déclarations officielles algériennes avaient visé le Maroc en deux mois. Lors du sommet arabe d’Alger, en 2022, une chaîne locale diffusait une carte amputée du Sahara, avant d’être reprise par la Ligue arabe ; des médias annonçaient le départ du ministre marocain, qui se trouvait toujours dans la salle. Durant son mandat, quatre chefs de la diplomatie algérienne se sont succédé face à lui.
En Espagne, le ton est autre, mais l’attention n’est pas moindre : chaque rencontre bilatérale y est lue au millimètre près. On ne commente avec autant d’insistance que ceux qui font bouger les lignes. Modifient l’équilibre. Et c’est tout à l’honneur de M. Bourita, maître d’œuvre d’une diplomatie royale résolument entreprenante, pragmatique et décomplexée.



