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PAM : gagner les élections est une chose, savoir gouverner en est une autre

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Après le scrutin du 23 septembre 2026, le véritable enjeu n’est plus seulement de savoir qui conduira le gouvernement, mais quelle personnalité sera capable de transformer une victoire électorale en une majorité cohérente, un programme commun et une action gouvernementale à la hauteur des attentes des Marocains.

Par Mohamed KHOUKHCHANI.

Le verdict des urnes est désormais connu. Le Parti de l’Authenticité et de la Modernité est arrivé en tête des élections législatives du 23 septembre 2026 avec 97 sièges. Il devance le Rassemblement national des indépendants, qui en obtient 66, et l’Istiqlal, avec 65. Le Parti de la justice et du développement, revenu en force, en compte 54.

Une nouvelle séquence politique s’ouvre donc.

Elle ne se résume pas à la désignation du prochain Chef du gouvernement. Elle pose une question beaucoup plus exigeante : la personnalité qui sera appelée à diriger le gouvernement disposera -t- elle des qualités politiques, institutionnelles et humaines nécessaires pour transformer la première place du PAM en une expérience gouvernementale réussie ?

Car gagner une élection et gouverner un pays sont deux exercices différents.

De la victoire électorale à la responsabilité gouvernementale.

La Constitution prévoit que le Roi nomme le Chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants.

Le principe est donc clair.

Mais une fois nommé, le Chef du gouvernement change de dimension. Il ne peut plus raisonner seulement comme responsable d’un parti. Il doit devenir le chef d’une équipe gouvernementale composée de personnalités issues de formations différentes, parfois porteuses de traditions politiques anciennes et de conceptions différentes de l’action publique.

Il devra surtout transformer plusieurs programmes électoraux en un seul programme gouvernemental.

C’est là que commence véritablement la difficulté.

Avec 97 députés sur 395, le PAM ne peut gouverner seul. Il lui faudra donc construire une majorité. Celle-ci pourrait réunir des partis disposant d’une expérience gouvernementale plus ancienne que celle du PAM.

Le futur Chef du gouvernement devra dès lors posséder une qualité essentielle : savoir négocier sans se laisser enfermer dans la négociation permanente.

Il devra écouter ses partenaires, accepter le compromis, mais aussi décider. Il devra respecter les équilibres politiques sans permettre que ces équilibres deviennent une source de paralysie.

Une question particulière se pose au PAM.

Le débat prend une dimension particulière lorsqu’on observe le mode de fonctionnement interne adopté récemment par le parti.

Le PAM a choisi une direction collective à trois.

Cette formule peut parfaitement répondre à des considérations internes de compromis, de représentation des sensibilités ou de partage des responsabilités partisanes.

Mais la logique gouvernementale est différente.

Le système constitutionnel marocain repose sur un Chef du gouvernement identifié, responsable de la conduite de l’action gouvernementale. Il ne peut y avoir, au sommet de l’Exécutif, trois centres de décision concurrents.

D’où une interrogation légitime :

Un parti qui a choisi une direction collective pour sa propre gestion est-il aujourd’hui capable de faire émerger une personnalité unique, suffisamment forte pour diriger une coalition gouvernementale sans que subsistent, à côté d’elle, des centres de décision politiques concurrents ?

La question mérite d’être posée sans procès d’intention.

Elle ne porte pas sur la légitimité de la direction collective du PAM. Elle porte sur la capacité à passer d’une culture de gestion partisane à une culture de responsabilité gouvernementale.

Le futur Chef du gouvernement devra être plus qu’un dirigeant du PAM.

Plusieurs personnalités du PAM disposent aujourd’hui d’expériences différentes.

Fatima-Zahra Mansouri possède une expérience politique, municipale, gouvernementale et partisane importante.

Fouzi Lekjaa dispose d’une expérience particulièrement marquée dans les domaines de l’administration, des finances, du budget et de la gestion publique.

Mehdi Bensaïd appartient à une génération plus jeune et possède déjà une expérience ministérielle et politique.

Il ne s’agit donc pas de désigner ici « le meilleur ».

Ce serait réduire une question institutionnelle majeure à une compétition de personnes.

La vraie question est plutôt :

Qui possède la combinaison de qualités correspondant le mieux aux exigences de la période ?

● Capacité de négociation avec les partis partenaires.

● Autorité politique sans autoritarisme.

● Connaissance des mécanismes de l’État.

● Maîtrise des dossiers économiques et sociaux.

● Capacité à arbitrer entre des intérêts divergents.

● Sens du compromis.

● Aptitude à communiquer avec les citoyens.

● Et surtout, capacité à prendre des décisions et à en assumer la responsabilité.

Une majorité gouvernementale ne se décrète pas.

Une coalition peut disposer d’une majorité confortable en sièges et manquer pourtant de cohésion politique.

C’est pourquoi la future majorité devra être davantage qu’une addition arithmétique.

Elle devra être fondée sur un contrat politique clair.

Les partis devront savoir ce qu’ils acceptent de faire ensemble, ce qu’ils renoncent à faire séparément et quels objectifs ils s’engagent collectivement à atteindre.

Le Chef du gouvernement aura ici un rôle déterminant.

Il devra empêcher que chaque ministre demeure essentiellement le représentant de son parti au sein du gouvernement.

Un ministre est évidemment issu d’une formation politique. Mais une fois nommé, il participe à la mise en œuvre de la politique du gouvernement dans le cadre de la solidarité gouvernementale.

La différence est fondamentale.

Et face à cette majorité, une opposition plus consistante.

Le nouveau Parlement constitue un autre élément de la nouvelle équation.

Le retour du PJD avec 54 sièges, la présence de l’USFP avec 26, du PPS avec 19 et de la Gauche unifiée avec 8, auxquels s’ajoutent les autres formations qui ne participeront pas nécessairement au gouvernement, donnent à l’opposition un poids politique sensiblement différent de celui de la précédente législature.

Le prochain Chef du gouvernement devra donc savoir gouverner avec une majorité et sous le contrôle d’une opposition.

Une opposition parlementaire forte ne constitue pas nécessairement une menace pour la stabilité gouvernementale.

Lorsqu’elle joue pleinement son rôle, elle peut contribuer à améliorer les projets de loi, à révéler les insuffisances des politiques publiques et à obliger le gouvernement à rendre compte de ses choix.

La majorité, de son côté, devra accepter la contradiction sans considérer toute critique comme une volonté de déstabilisation.

C’est aussi cela, la maturité démocratique.

Au bout du compte : le citoyen.

Mais derrière les calculs institutionnels, les négociations entre partis et la répartition des portefeuilles, il existe un juge beaucoup plus important : le citoyen.

Les Marocains attendent des résultats.

Ils attendent une école publique plus efficace, un système de santé plus accessible, davantage d’emplois, une amélioration du pouvoir d’achat, une administration plus proche, une réduction des inégalités territoriales et sociales, des solutions aux problèmes du transport et du logement, une gestion plus efficace de l’eau et une lutte crédible contre la corruption et les différentes formes de rente.

Le prochain gouvernement sera donc jugé moins sur la composition de sa photographie officielle que sur ses résultats.

Le véritable test historique du PAM.

Le PAM a désormais franchi une étape importante de son histoire.

Créé en 2008, il est devenu en 2026 la première force de la Chambre des représentants.

Mais devenir le premier parti électoral et devenir un parti capable de produire une véritable direction gouvernementale sont deux choses différentes.

Le véritable test commence maintenant.

Le PAM devra démontrer qu’il peut produire une personnalité capable de quitter le registre de la direction partisane pour entrer dans celui de la responsabilité nationale.

Une personnalité qui ne sera plus simplement appelée à défendre le PAM, mais à gouverner avec des partis qui ont parfois plus d’ancienneté que lui.

Une personnalité qui devra dialoguer avec une opposition plus présente.

Une personnalité qui devra surtout répondre aux attentes d’une population qui ne demande pas seulement des promesses, mais des résultats.

Le prochain Chef du gouvernement devra être le Chef du gouvernement du Maroc.

Voilà pourquoi le débat ne devrait pas se limiter aux noms qui circulent.

La question fondamentale n’est pas seulement de savoir si le prochain Chef du gouvernement sera une femme ou un homme.

Elle est de savoir quelle personnalité sera capable de faire de la diversité de la future majorité une force, de ses différences un compromis et de son programme un engagement collectif.

Le PAM a remporté la première place.

Il lui appartient désormais de transformer cette victoire électorale en capacité gouvernementale.

Et celui ou celle qui sera appelé à diriger le prochain gouvernement devra comprendre une chose essentielle : à partir du jour de sa nomination, il ne sera plus seulement le représentant d’un parti arrivé en tête ; il sera le Chef du gouvernement du Maroc.

C’est à cette aune que les citoyens, la majorité, l’opposition et, demain, l’histoire politique du pays jugeront la nouvelle expérience gouvernementale.

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