
La Fédération marocaine des troupes du théâtre professionnel suit avec une vive inquiétude la programmation du 26e Festival national de théâtre, organisé par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication – Département de la Culture – du 16 au 23 octobre 2026, à une date inhabituelle et antérieure aux éditions précédentes (Ndlr: la précédente édition a eu lieu du 14 au 21 novembre 2025).
La Fédération souligne que cette programmation intervient à l’approche des élections législatives prévues le 23 septembre 2026. Ce calendrier exceptionnel soulève des questions légitimes quant aux critères professionnels et organisationnels ayant conduit au choix de ces dates, et quant à la prise en compte du temps réellement nécessaire à la production théâtrale.
Bien que la Fédération prenne acte de la prolongation, par le Ministère, du délai de dépôt des candidatures du 4 au 11 septembre 2026, elle estime que cette prolongation, bien que limitée, ne résout pas le problème de fond. Elle ne laisse pas à plusieurs compagnies théâtrales, notamment celles ayant récemment bénéficié d’un financement, le temps nécessaire pour préparer et présenter leurs productions au public et satisfaire aux critères d’admissibilité à un festival censé refléter fidèlement la vitalité du mouvement théâtral national, mettant en lumière la diversité de ses expériences et ses niveaux de maturité artistique et créative.
De plus, selon les informations dont dispose la Fédération, cette programmation intervient avant la finalisation de plusieurs procédures et contrats relatifs aux projets théâtraux financés. Ces procédures visent à garantir aux compagnies les conditions juridiques, financières et organisationnelles nécessaires à la réalisation de leurs projets, conformément à leurs visions artistiques et créatives.
Ce qui nous préoccupe, c’est que certains groupes se voient contraints de raccourcir leurs délais de création et de précipiter la production de leurs spectacles, non pas en réponse aux exigences de leurs projets artistiques et de leurs processus créatifs naturels, mais simplement pour respecter une échéance fixée hors de leur contrôle et sans aucune véritable consultation des instances professionnelles représentant le secteur.
Le théâtre ne peut se créer selon la logique d’une précipitation administrative, et le calendrier des festivals ne devrait pas devenir une autorité imposant aux artistes un rythme contraire à la nature du processus créatif, ni les contraignant à présenter des œuvres qui n’ont pas encore atteint la maturité artistique et l’engagement du public nécessaires.
Cette situation révèle, une fois de plus, une faille plus profonde dans la gestion des calendriers théâtraux, due à des décisions unilatérales. Les compagnies de théâtre se trouvent contraintes d’adapter leurs projets, leurs calendriers et leurs processus de production à des décisions auxquelles elles n’ont pas participé, au lieu de s’appuyer sur des politiques publiques et des cadres institutionnels favorisant la créativité et garantissant les conditions de son développement et de sa pérennité.
Dans cette perspective, la Fédération Marocaine des Compagnies de Théâtre Professionnelles affirme que le Festival National de Théâtre, pierre angulaire du paysage théâtral marocain, ne saurait se réduire à une simple formalité administrative ou compétitive. Il doit constituer le véritable aboutissement d’une saison théâtrale complète. Par ailleurs, en amont de son organisation, les compagnies doivent bénéficier des ressources temporelles, juridiques et de production nécessaires pour finaliser, présenter, tester et peaufiner leur travail avant de participer à tout concours national.
En conséquence, la Fédération Marocaine des Compagnies de Théâtre Professionnelles sollicite auprès du Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication :
- La prolongation du délai de dépôt des candidatures pour participer au 26e Festival National de Théâtre jusqu’à fin octobre 2026 ;
- Le report du festival à fin novembre 2026, afin de respecter le calendrier des productions théâtrales et de préserver son statut de point d’orgue de la saison théâtrale nationale, et non d’événement imposé de l’extérieur
- L’accélération du traitement de toutes les procédures et contrats relatifs aux projets théâtraux bénéficiant d’un soutien, garantissant l’égalité des chances pour toutes les compagnies participantes.
- Entamer un dialogue sérieux et urgent avec les instances professionnelles et œuvrer à l’établissement d’un calendrier annuel clair et stable de festivals et de programmes de soutien, élaboré selon une approche participative qui tienne compte des besoins et du rythme opérationnel du secteur.
Défendre le Festival National de Théâtre, c’est défendre sa valeur artistique et sa crédibilité, ainsi que le droit du mouvement théâtral marocain à un festival qui reflète sa réalité et sa diversité créative, et non une réalité hâtivement remodelée pour s’adapter à un calendrier administratif prédéterminé.